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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100294

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100294

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantDUNIKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 janvier 2021 et 13 juin 2022, M. A C, représenté par Me Dunikowski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification de la décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, à l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France et à sa situation professionnelle ;

- la société FBR Renov, qui l'employait jusqu'en juillet 2019, atteste ne pas avoir reçu la demande de document prétendument adressée par la préfecture dans le cadre de l'instruction de sa demande de régularisation au titre du travail ; au demeurant, il a changé d'employeur en juillet 2019, ce dont il a informé l'administration lors de l'émission du dernier récépissé qui lui a été remis au guichet et la société Serba a fourni l'ensemble des documents nécessaires à sa régularisation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a obtenu récemment un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, de sorte qu'il convient de s'interroger sur l'intention de l'administration d'abroger la décision contestée et de rendre le recours sans objet.

Une mise en demeure a été adressée le 27 mai 2021 au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Par ordonnance du 27 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ukrainien, né le 17 janvier 1988, déclare être entré en France au cours de l'année 2011, après avoir quitté son pays d'origine en possession d'un visa Schengen de type " D " à entrées multiples, délivré par les autorités consulaires polonaises en poste à Lviv (Ukraine), valable du 22 novembre 2011 au 9 novembre 2012. Par une demande déposée en préfecture le 19 novembre 2018, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 décembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis, lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 27 mai 2021 par le greffe du tribunal au moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative dite " Télérecours ", et dont il a accusé réception le 28 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.

Sur l'étendue du litige :

4. Le 3 juin 2022, le préfet de l'Essonne a délivré à M. C une autorisation provisoire de séjour. Cette autorisation, portée à la connaissance de l'intéressé postérieurement à l'introduction de la requête, a, implicitement mais nécessairement, emporté abrogation de la mesure d'éloignement et de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé était susceptible d'être reconduit d'office, lesquelles décisions n'avaient pas reçu exécution. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

5. En revanche, la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour mentionnée ci-dessus n'a eu, ni pour objet ni pour effet, de retirer la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour formée par M. C. Par suite, et alors que l'autorité préfectorale n'a pas délivré au requérant le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé, les conclusions relatives à cette décision portant refus de titre de séjour conservent leur objet.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu depuis l'article L. 435-1, dans sa rédaction applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 alors applicable par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. En revanche, la demande présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 n'a pas à être instruite selon les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 de ce code. Il s'ensuit que pour refuser de délivrer une telle carte de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14, le préfet ne peut se fonder sur les éléments d'appréciation énoncés par les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail relatives à l'examen des demandes d'autorisation de travail.

8. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser à M. C la délivrance de la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, au titre de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que " sa situation, tant personnelle que professionnelle, ne permet pas, au regard des motifs exceptionnels et/ou humanitaires qu'il avance, son admission au séjour ", avant de préciser que " l'intéressé qui exerce le métier de façadier, ne peut se prévaloir de l'article L. 313-10 du CESEDA " dès lors que " le 15 septembre 2020, la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi d'Ile de France a émis un avis défavorable à [sa] demande d'admission exceptionnelle au séjour () au motif que l'employeur, la société F.B.R RENOV n'a pas fourni les documents demandés par lettre simple en date du 24 juin 2020 ".

9. M. C fait néanmoins valoir que cette société n'a jamais reçu un tel courrier, ainsi qu'elle l'expose dans l'attestation du 21 décembre 2020 versée aux débats. Le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures, comme cela a été mentionné aux points 2 et 3. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'inexactitude matérielle. Il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité administrative aurait pris la même décision à l'égard de l'intéressé si elle s'était fondée sur des faits matériellement exacts, alors que le préfet s'est borné à refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'avis défavorable émis par la DIRECCTE, sans se prononcer par ailleurs ni sur la qualification, l'expérience et les diplômes de M C, ni sur les caractéristiques de l'emploi qu'il occupe.

10. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus et au fait qu'aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à justifier le prononcé de l'injonction demandée, le présent jugement implique seulement que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. C dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. C d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 2 décembre 2020 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Article 2 : La décision du 2 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. C est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience publique du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Bonhomme, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- M. Lacaze, premier conseiller.

Lu en audience publique le 11 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. BLe président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

B. BICHAOUI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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