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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100669

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100669

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 janvier 2021 et 10 novembre 2021, M.A, représenté par Me Cohen demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 12 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 8 août 2019, 20 janvier 2018, 3 août 2017 et 7 août 2017 ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

3°) dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2022.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la requête est tardive dès lors qu'elle a été enregistrée le 18 janvier 2021 soit plus de deux mois après que le ministre ait implicitement rejeté le recours administratif de M. A et que la décision référencée "48 SI", constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, doit être regardée, sauf preuve contraire, comme conforme au modèle qui sert de base à son édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des délais et voies de recours.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 17 mars 2023, M. A soutient que la requête n'est pas tardive.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 20 janvier 2018 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables dès lors qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le 19 décembre 2018, le permis de conduire de M. A a été crédité d'un point en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, à l'expiration du délai de six mois visé par ces dispositions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision " 48 SI " du 12 février 2020, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble des décisions de retrait de points affectant le capital du permis de conduire de M. A, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision, des décisions portant retrait de points de son permis de conduire consécutives aux infractions des 8 août 2019, 20 janvier 2018, 3 août 2017 et 7 août 2017 ainsi que de la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral du 6 avril 2021 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. A a été crédité d'un point le 19 décembre 2018 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, à l'expiration du délai de six mois visé par ces dispositions. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 20 janvier 2018 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables.

Sur le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

En ce qui concerne l'infraction du 8 août 2019 :

5. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28 que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire le verso de l'avis, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Il résulte de l'instruction, et notamment de la production par M. A du recto de l'avis d'amende forfaitaire majorée relative à l'infraction du 8 août 2019, que cet avis a été reçu par l'intéressé sans que celui-ci n'établisse avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté en ce qui concerne l'infraction du 8 août 2019.

En ce qui concerne l'infraction du 3 août 2017 :

6. Le ministre de l'intérieur fait valoir que l'infraction du 3 août 2017 a été constatée par procès-verbal électronique, qu'un avis de contravention a été adressé à l'intéressé le 11 août 2017 et que celui-ci a formé la requête en exonération prévue par l'article 529-2 du code de procédure pénale qui a été reçue le 23 mars 2018. Pour justifier de ces circonstances, le ministre produit le relevé intégral d'information de M. A, le procès-verbal d'infraction ainsi qu'un document daté du 30 mars 2018 intitulé " dossier transmis à Monsieur l'officier du ministère public " à Bobigny faisant apparaître que celui-ci a été saisi de la requête en exonération de l'intéressé et précisant que cette requête a été formée au moyen du formulaire attaché à l'avis de contravention. Si M. A fait valoir que le formulaire de requête en exonération n'est pas produit à l'instance par le ministre, il ne conteste pas avoir formé une requête en exonération, ce dont il résulte qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention, sans qu'il n'établisse que cet avis aurait été incorrect ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté en ce qui concerne l'infraction du 3 août 2017.

Sur la réalité des infractions :

7. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

8. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Il appartient à l'officier du ministère public d'apprécier la recevabilité de la réclamation, sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne l'infraction du 8 août 2019 :

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 8 août 2019 a été émis, sans que M. A justifie avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. En outre, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'imputabilité de l'infraction commise le 8 août 2019, qui constitue une contravention de la quatrième classe et relève de la compétence du juge judiciaire en application de l'article 521 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réalité de cette infraction doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction du 3 août 2017 :

10. Il résulte de l'instruction que l'infraction au code de la route commise le 3 août 2017 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. A. Si, à l'appui de son recours, l'intéressé indique avoir formé le 22 mars 2019 une réclamation contre ce titre exécutoire auprès de l'officier du ministère public compétent, il ne produit aucun document permettant d'établir que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et aurait, par suite, entraîné l'annulation du titre. Le moyen tiré de l'absence de réalité de l'infraction commise le 3 août 2017 doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'infraction du 7 août 2017 :

11. Il résulte de l'instruction que l'infraction au code de la route commise le 7 août 2017 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. A. A l'appui de son recours, l'intéressé indique avoir formé le 22 mars 2019 une réclamation contre ce titre exécutoire auprès de l'officier du ministère public compétent et produit l'ordonnance pénale du 19 novembre 2020 par laquelle l'action publique est déclarée éteinte sans aucune peine principale et aucune peine complémentaire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de réalité de l'infraction commise le 7 août 2017 doit être accueilli.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de trois points intervenue à la suite de l'infraction commise le 7 août 2017 ensemble la décision " 48 SI " en date du 12 février 2020 et la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté.

Sur l'injonction :

13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. A le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction constatée le 7 août 2017, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des trois points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur portant retrait de trois points affectés au permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction commise le 7 août 2017, la décision " 48 SI " du 12 février 2020 ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des trois points visés à l'article 1er, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

N. Syndique

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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