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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100880

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100880

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2021 et le 18 janvier 2022, M. A, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de deux ans et l'a informé de son signalement dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de 8 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

2 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 1er septembre 1981 à Yaprakli (Turquie), déclare être entré en France le 15 juillet 2013. Le 20 octobre 2020, M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par un arrêté du

4 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pouvait être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une période de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, s'agissant du refus de titre de séjour, l'arrêté vise les articles

L. 313-10, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et relève que sa situation personnelle et professionnelle ne permet pas son admission exceptionnelle au séjour, compte tenu notamment de son ancienneté de présence, qu'il ne justifie ni de la qualification ni de l'acquisition d'une expérience professionnelle ni d'une présence en France suffisamment ancienne pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail et qu'il ne justifie pas de ses liens familiaux et de son insertion dans la société française, en relevant que son enfant mineur et son épouse résident en Turquie. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire, l'arrêté vise l'article L. 511-1 I 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, en application des dispositions du dixième alinéa du même article, alors en vigueur, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, dont il a été dit précédemment qu'elle était suffisamment motivée. S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire, l'arrêté vise l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et relève que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente obligation. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté attaqué vise les articles L. 513-1 à L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, la décision en litige mentionne, en droit, le premier alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Elle précise, en fait, l'examen de la situation de l'intéressé au regard du huitième alinéa de ce même article, lequel mentionne les quatre critères dont l'autorité compétente doit tenir compte pour décider de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions précitées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. A produit une copie d'un visa Schengen valable du

10 octobre 2013 au 8 novembre 2013, il ne ressort pas pour autant des pièces du dossier qu'il serait entré régulièrement en France. De plus, la circonstance que M. A aurait seulement sollicité un titre de séjour portant la mention " salarié " et non " vie privée et familiale " est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans erreur de droit, examiner le droit au séjour de l'intéressé sur ces deux fondements. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de M. A, serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

5. Si, ainsi que le soutient M. A, le préfet ne pouvait sans entacher sa décision d'erreur de droit estimer qu'il ne pouvait, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, se prévaloir de la durée de sa résidence en France antérieure à l'expiration du délai qui lui avait été imparti pour exécuter la mesure d'éloignement qui aurait été prise à son encontre le

16 mars 2017, la durée du séjour ne saurait constituer, à elle seule, un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, cette erreur de droit est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

6. M. A se prévaut de son intégration professionnelle et soutient qu'il a travaillé de manière non déclarée entre 2014 et 2019 puis de manière déclarée à partir de janvier 2020. Toutefois, les relevés bancaires produits font état de virements provenant de sociétés, dont l'existence n'est pas établie pour l'ensemble d'entre elles, et permettent ainsi seulement d'établir que M. A, à supposer qu'il aurait effectivement exercé des fonctions de maçon au sein de ces sociétés, a travaillé de manière ponctuelle en 2014, 2015, 2018 et 2019. Ainsi, M. A ne justifie pas d'une intégration professionnelle stable de 2014 à 2019. S'il produit par ailleurs des bulletins de paie attestant d'une activité professionnelle en qualité de maçon de janvier 2020 à janvier 2021, un contrat à durée indéterminée du 20 janvier 2021 postérieur à l'arrêté attaqué, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail déposée par la société ABT le 2 octobre 2020, ces éléments ne peuvent suffire à caractériser, au regard de son expérience et de ses qualifications professionnelles, des motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point 4 de nature à justifier une régularisation du séjour au titre de travail. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que l'épouse et l'enfant de M. A résident en Turquie et qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas, en dépit de l'ancienneté de la présence de l'intéressé sur le territoire français, méconnu les dispositions précitées, ni commis une erreur manifeste d'appréciation ou une erreur de droit au regard desdites dispositions en refusant au requérant la délivrance du titre sollicité. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " II. ' L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. () / Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : () 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () d) Si l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, dont l'intégration professionnelle ne peut être regardée comme stable ainsi qu'il a été dit au point 6, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 16 mars 2017, le préfet produisant l'arrêté et la preuve de la notification de cette décision. Par suite, le requérant entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 3° du II de l'article L. 511-1 et le préfet pouvait ainsi légalement, pour ce motif, lui refuser un délai de départ volontaire, alors même que son comportement ne représenterait pas une menace à l'ordre public, que sa demande n'était ni manifestement infondée ni frauduleuse et qu'il aurait un domicile stable depuis plusieurs années. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Pour les motifs exposés au point 6, et compte tenu en particulier que le préfet a apporté la preuve de l'existence et de la notification d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 16 mars 2017 qu'il n'a pas exécuté, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mehl-Schouder, présidente,

M. Terme, premier conseiller,

Mme Caron-Lecoq, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

D. B

La présidente,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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