Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 20 janvier 2021, enregistrée le 22 janvier 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. A....
Par une requête enregistrée le 6 novembre 2020 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. A..., représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le ministre de l’intérieur a retiré six points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 17 février 2019 ainsi que la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le ministre de l’intérieur sur son recours gracieux ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer les six points retirés dans le délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu’il n’a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l’occasion du retrait de points contesté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que le moyen soulevé par le requérant n’est pas fondé.
Par une ordonnance du 11 avril 2022, la clôture de l’instruction a été fixée au 27 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... a commis le 17 février 2019 une infraction au code de la route ayant entraîné le retrait six points du capital affecté à son permis de conduire. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision ainsi que de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le ministre de l’intérieur sur son recours gracieux.
2. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. (…) ».
3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d’en reconnaître la réalité par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’exécution d’une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. L’omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points dans l’hypothèse où la réalité de l’infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal.
4. En l'espèce, il résulte des mentions du relevé d’informations intégral que l’intéressé a fait l’objet de l’exécution d’une composition pénale le 17 juillet 2019. S’il a nécessairement bénéficié d’une information sur l'existence d'un traitement automatisé des points et sur la possibilité d’y accéder à l’occasion d’une précédente infraction commise le 20 février 2018, dès lors qu'il a réglé l’amende forfaitaire afférente à cette infraction et qu’il a en conséquence nécessairement reçu un avis de contravention comportant l’ensemble des informations dont la délivrance est requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, il ne résulte pas de l'instruction qu’il aurait été informé préalablement à l’exécution de la composition pénale de la qualification de l’infraction constatée le 17 février 2019, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée dès lors qu’en l'espèce, il a privé l’intéressé de la garantie d’information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation des décisions attaquées.
Sur l’injonction :
6. L’exécution du présent jugement implique nécessairement que l’administration reconnaisse à M. A... le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’intérieur de restituer, à la date de la décision de retrait de points consécutive à l’infraction constatée le 17 février 2019, dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des six points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l’intéressé.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée par M. A... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l’intérieur portant retrait de six points affectés au permis de conduire de M. A... à la suite de l’infraction commise le 17 février 2019 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de restituer à M. A..., dans le traitement automatisé mentionné à l’article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice des six points visés à l’article 1er, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l’intéressée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
N. Syndique
La greffière,
A. Bolard
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.