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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101074

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101074

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantDE CHACUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 janvier 2021, le 19 octobre 2021 et le 3 février 2022, Mme C B, représentée par Me de Chacus, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 13 février 2019 et que le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 11 décembre 2019 n'a pas été exécuté ;

- elle occupe avec son fils un logement d'une superficie de 16,38 m² qui est sur-occupé et insalubre ;

- elle est handicapée ;

- elle a été relogée le 20 décembre 2021 ;

- elle a subi des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du

13 février 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 11 décembre 2019, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer son relogement sous astreinte de 550 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 26 octobre 2020. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B au motif qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'au moins depuis 2018 et jusqu'à son relogement le 20 décembre 2021, Mme B a occupé avec son fils né en 2001 un logement d'une superficie de 16,38 mètres carrés, qui n'était donc pas sur-occupé. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce logement était impropre à l'habitation, ou présentait un caractère insalubre ou dangereux, les photos versées au dossier ne permettant pas de l'établir et le compte-rendu de l'inspection réalisée par le service communal d'hygiène et de santé de Drancy du 18 juin 2018 concluant que les désordres relevés, consistant en une absence d'aération dans la pièce principale, la présence de moisissures sur un matelas et un manque d'entretien de la VMC de la salle de douche, ne rentraient pas dans le cadre d'une procédure d'insalubrité. Par ailleurs, eu égard à la date de la décision de la commission de médiation, la requérante ne peut utilement faire valoir qu'elle a présenté en 2017 un syndrome anxio-dépressif à la suite d'un cambriolage, et compte tenu de ce qui vient d'être dit concernant l'état du logement de la requérante, il ne résulte pas de l'instruction que les affections respiratoires dont elle se plaint seraient liées aux caractéristiques de ce logement, ni que la pathologie ayant conduit la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées à lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé, dont la nature n'est pas précisée, serait elle-même incompatible avec ces caractéristiques. Enfin, il résulte de l'instruction que le loyer de ce logement s'élève à 700 euros charges comprises, soit 278 euros allocations de logement déduites, alors que la requérante a perçu par ailleurs en octobre 2020 733 euros de prestations servies par la caisse d'allocations familiales et 900 euros d'allocations aux adultes handicapés à compter du 1er novembre 2020, si bien que, à supposer le moyen invoqué, ce loyer ne peut être regardé comme manifestement disproportionné au regard de ses ressources. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'absence de proposition de relogement antérieurement au 16 décembre 2021 lui aurait causé des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence susceptible de lui ouvrir droit à indemnisation.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par Me de Chacus, avocat de Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me de Chacus et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le magistrat désigné

Signé

D. ALa greffière

Signé

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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