vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2101216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHAMPAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 446800 du 21 janvier 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a attribué au tribunal administratif de Montreuil le jugement de la requête présentée le 23 novembre 2020 par M. H et autres.
Par cette requête, M. I H, Mme K, M. A C, M. G D, M. F E et M. B J, représentés par Me Champagne, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a dissous le conseil de l'institut universitaire de technologie de Tremblay-en-France et mis fin aux fonctions de son directeur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 719-8 du code de l'éducation dès lors qu'il ne prévoit pas la possibilité de dissoudre un IUT, lequel n'est qu'une composante de l'université ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant l'article 15 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2021, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courneil,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,
- et les observations de Me Güner pour les requérants.
Une note en délibéré, enregistrée le 13 juin 2023, a été présentée pour M. H et autres.
Considérant ce qui suit :
1. M. H a été élu directeur de l'institut universitaire de technologie (IUT) de Tremblay-en-France de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis en 2014 et a été reconduit dans ces fonctions le 18 avril 2019. A la suite d'un signalement de la présidente de l'université en novembre 2018, le directeur de cabinet de la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a saisi le chef du service de l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) afin de diligenter une enquête administrative relatives aux dysfonctionnements, aux situations de souffrance au travail et à l'incident survenu au sein de l'IUT de Tremblay-en-France de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. A la suite du rapport établi en juillet 2019 par deux inspecteurs de l'IGAENR dans le cadre de l'enquête administrative menée au cours des mois de février et mars 2019, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a, par un arrêté du 18 septembre 2020, dont les requérants demandent l'annulation, dissous le conseil de l'IUT de Tremblay-en-France de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et mis fin aux fonctions de son directeur, M. H,
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que celui-ci vise les dispositions du code de l'éducation applicables et détaille les conditions de fonctionnement des organes statutaires de l'IUT de Tremblay-en-France à partir des signalements reçus par la ministre et les résultats de l'enquête administrative menée par l'IGAENR. La décision contestée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, en tout état de cause, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 719-8 du code de l'éducation : " En cas de difficulté grave dans le fonctionnement des organes statutaires des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel ou de défaut d'exercice de leurs responsabilités, le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut prendre, à titre exceptionnel, toutes dispositions imposées par les circonstances. Pour l'exercice de ces pouvoirs, le ministre informe le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche dans les meilleurs délais. Dans ces mêmes cas, le recteur de région académique, chancelier des universités, a qualité pour prendre, à titre provisoire, les mesures conservatoires nécessaires après avoir consulté le président ou le directeur de l'établissement ". Aux termes de l'article L. 713-1 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Les universités regroupent diverses composantes qui sont : / 1° Des unités de formation et de recherche, des départements, laboratoires et centres de recherche, et d'autres types de composantes créés par délibération du conseil d'administration de l'université après avis du conseil académique ; / 2° Des écoles ou des instituts, créés par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur sur proposition ou après avis du conseil d'administration de l'université et du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche () ". Aux termes de l'article L. 713-9 de ce code : " Les instituts et les écoles faisant partie des universités sont administrés par un conseil élu et dirigés par un directeur choisi dans l'une des catégories de personnels qui ont vocation à enseigner dans l'institut ou l'école, sans condition de nationalité. Les directeurs d'école sont nommés par le ministre chargé de l'enseignement supérieur sur proposition du conseil et les directeurs d'instituts sont élus par le conseil. Leur mandat est de cinq ans renouvelable une fois. () ".
4. Les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit dans la mesure où l'article L. 719-8 du code de l'éducation ne permettrait pas d'édicter des mesures ayant pour objet les organes d'un IUT. Il résulte toutefois de la combinaison des dispositions précitées, qu'en cas de difficulté grave dans le fonctionnement des organes statutaires des universités, lesquels doivent s'entendre également des organes de ses composantes, tels les IUT, le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut prendre, à titre exceptionnel, toutes dispositions imposées par les circonstances incluant ainsi, le cas échéant, des mesures ayant pour objet l'organe statutaire d'un institut. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " Les mandats, échus depuis le 15 mars 2020 ou qui viendraient à l'être avant le 31 juillet 2020, des présidents, des directeurs et des personnes qui, quel que soit leur titre, exercent la fonction de chef d'établissement dans des établissements relevant du titre Ier du livre VII du code de l'éducation ainsi que ceux des membres des conseils de ces établissements sont prolongés jusqu'à une date fixée par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, et au plus tard jusqu'au 1er janvier 2021. Ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque le renouvellement de ces conseils est achevé à la date de promulgation de la présente loi ".
6. D'une part, la prolongation, en application de ces dispositions, des mandats échus depuis le 15 mars 2020, au demeurant non alléguée par les requérants, ne faisait pas obstacle à l'édiction de mesures exceptionnelles prises en application de l'article L. 719-8 du code de l'éducation pour pallier des difficultés graves dans le fonctionnement d'une université. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas même allégué, qu'à la date de la décision attaquée, les conditions sanitaires et réglementaires s'opposaient à l'organisation de nouvelles élections au sein de l'université. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation s'est fondée sur le rapport d'enquête remis en août 2019 par l'inspection générale de l'administration, de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), lequel a constaté de nombreux dysfonctionnements dans la gestion de l'IUT de Tremblay-en-France en raison notamment d'un management défaillant et de pratiques irrespectueuses ou inéquitables à l'encontre des personnels administratifs et enseignants ayant conduit à une forte dégradation de l'atmosphère de travail au sein de cet IUT. La décision en litige repose également sur une note du 26 juin 2020 de la présidente de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis appelant l'attention de la ministre sur la situation de crise persistant au sein de l'IUT, ainsi que sur une lettre du 26 juin 2020 par laquelle le maire de Tremblay-en-France a fait part à la ministre de " la situation tendue " au sein de l'IUT, de ses relations difficiles avec la direction et des mauvaises conditions dans lesquelles se déroulent les séances du conseil. La ministre se fonde enfin sur la lettre du 1er juillet 2020 par laquelle le président du conseil de l'IUT lui a également fait état des dysfonctionnements persistant au sein de l'IUT et des relations dégradées avec sa direction. Dans de telles conditions, en se bornant à soutenir de manière succincte, par des allégations sommaires, que les motifs de l'arrêté attaqué ne permettent pas d'établir que le directeur de l'IUT de Tremblay-en-France aurait " totalement dérapé " ou " abusé de ses pouvoirs ", les requérants ne justifient d'aucune circonstance de fait, suffisamment étayée, de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par la ministre sur l'existence de graves difficultés dans le fonctionnement de la direction de l'IUT de Tremblay-en-France et sur les mesures devant être prises afin d'y remédier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise dans l'application des dispositions de l'article L. 719-8 du code de l'éducation doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, les seules circonstances que M. H n'ait pas fait l'objet d'une procédure disciplinaire à ce jour et qu'il ait été mis fin à ses fonctions de directeur au terme de la mesure conservatoire de suspension dont il avait fait l'objet pendant un an, ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à caractériser l'existence d'un détournement de pouvoir ou de procédure ni à qualifier la mesure en litige de sanction disciplinaire déguisée. Par suite, de tels moyens doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme que le requérant réclame au titre des frais qu'il a exposés dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I H, Mme K, M. A C, M. G D, M. F E, M. B J et à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.
Copie en sera adressée à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère,
Mme Courneil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 juin 2023.
La rapporteure,
L. Courneil
La présidente,
N. Ribeiro-MengoliLa greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026