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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101325

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101325

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Paulhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de quinze euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer durant cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne lui a pas communiqué l'avis de la(direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;

- l'avis de la DIRECCTE est irrégulier dès lors que le préfet ne l'a pas invité à communiquer les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande de renouvellement d'autorisation de travail ;

- le préfet a commis une erreur de droit, dès lors qu'il a opposé une condition non prévue par l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en estimant que les années antérieures à la date d'exécution d'office de la mesure d'éloignement prononcée ne peuvent être prises en compte dans le calcul des années de présence en France ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Nour, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant angolais, né en 1981, est entré sur le territoire français le 22 septembre 2010. Par un arrêté du 23 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande du 23 décembre 2019 tendant au renouvellement du titre de séjour " salarié " qui lui avait été délivré sur le fondement des dispositions L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur et désormais codifié à l'article L. 435-1 du même code, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, si le préfet n'est pas tenu, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, de saisir la DIRECCTE, il lui est toujours loisible de le faire dans le cadre de son pouvoir d'instruction afin notamment de vérifier les allégations du demandeur. En revanche, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, avant de rejeter la demande présentée par un étranger sur ce fondement, de lui communiquer l'avis de la DIRECCTE recueilli à titre facultatif. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ".

4. D'une part, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 2 du décret du 6 juin 2001 pris pour l'application du chapitre II de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 et relatif à l'accusé de réception des demandes présentées aux autorités administratives, lesquelles ont été abrogées par l'article 5 du décret n°2015-1342 du 23 octobre 2015. Toutefois, dès lors que les dispositions L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ont le même objet, il peut être regardé comme invoquant ces dispositions.

5. D'autre part, la DIRECCTE n'a pas été saisie d'une demande d'autorisation de travail pour le compte du requérant mais a été seulement saisie, pour avis, par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans le cadre de l'instruction d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La DIRECCTE n'était ainsi pas saisie d'une demande au sens de l'article L. 114-5 précité du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-2 du code du travail n'est pas au nombre des pièces et informations dont la production est exigée pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû lui indiquer que son employeur n'avait pas fourni les pièces nécessaires à l'instruction de son dossier, motif pour lequel la DIRECCTE lui a refusé, le 22 octobre 2020, le renouvellement de son autorisation de travail, avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et de ce que l'avis de la DIRECCTTE du 22 octobre 2020 serait irrégulier doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, contrairement à ce que soutient le requérant, que le préfet aurait considéré qu'il était nécessaire que l'emploi que le requérant devait occuper devait satisfaire les conditions posées à l'article R. 5221-20 du code du travail. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur de droit en se fondant sur une condition non prévue par l'article L. 313-14 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

.

7. En quatrième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé, pour refuser le séjour à M. B, sur la circonstance que s'étant soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement notifiée le 3 avril 2015, il ne pouvait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de cette mesure. Ce faisant, alors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière, le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit. Cette erreur de droit demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui a par ailleurs relevé que le requérant, célibataire et père d'un enfant mineur, ne justifie pas d'obstacle à poursuivre une vie privée et familiale normale dans le pays dont il est originaire et qu'il ne justifie pas non plus d'une insertion professionnelle suffisante , aurait pris la même décision au regard de son pouvoir de régularisation s'il ne l'avait pas commise.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 devenu L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir ()."

9. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France le 22 septembre 2010. Si, au titre de l'année 2013, il s'est vu délivrer un récépissé de dépôt de demande d'asile valable du 2 janvier au 1er avril 2013, il ne produit aucun élément d'avril à novembre 2013.En outre, les autres pièces produites pour cette annéene consistent qu'en un relevé bancaire mentionnant deux opérations effectuées en janvier 2013 et un bulletin de salaire pour le mois de décembre 2013. Au titre de l'année 2015, il ne produit aucun élément d'août à décembre. Au titre de l'année 2017, il a été destinataire d'un récépissé de demande titre de séjour valable du 16 juin au 15 octobre 2017 puis du 13 octobre jusqu'au 12 janvier 2018 mais ne produit aucun élément de janvier à juin 2017. Au titre de l'année 2019, s'il a été titulaire d'un titre de séjour valide jusqu'au 26 août 2019, il ne produit aucun élément de septembre à décembre 2019. Ainsi, il n'établit pas la continuité de sa présence au titre des années 2013, 2015, 2017 et 2019 de sorte qu'il ne peut se prévaloir d'une résidence habituelle depuis 2010.

10. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B a occupé, de manière discontinue, plusieurs postes d'ouvrier, d'agent de service de préparateur de commande depuis 2014. Ces éléments ne suffisent pas à caractériser l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'au demeurant, il n'établit pas la continuité de sa présence depuis 2010, comme exposé au point précédent,. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. B un titre de séjour en raison de sa situation professionnelle.

11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().

12. Comme exposé au point 9, M. B ne démontre pas sa présence continue sur le territoire français depuis 2010. En outre, s'il se prévaut d'une vie commune avec une compatriote, mère de son enfant née en 2014 et titulaire d'un titre de séjour valide à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, il ne l'établit pas dès lors que les seules pièces qu'il produit mentionnant leurs deux noms, consistent en une quittance de loyer de décembre 2020 ainsi qu'un contrat de location dépourvu de précisions, ne mentionnant notamment pas la date de début de bail, ainsi qu'une attestation de la mère de son enfant insuffisamment circonstanciée. De même, en se bornant à produire deux factures de cantine d'octobre 2021 et mars 2022, il ne démontre pas contribuer de manière effective et régulière à l'entretien et à l'éducation de sa fille ni des enfants de la mère de sa fille issus d'une autre union. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

14. Comme exposé au point 13, le requérant ne justifie pas suffisamment de la contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille ni des enfants de la mère de sa fille issus d'une autre union. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de ces enfants n'aurait pas été suffisamment pris en compte. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

15. En huitième et dernier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M.B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine- Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

C. NOUR

La présidente,

J. JIMENEZ La greffière,

S. SAIBI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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