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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101571

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101571

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février et 9 juillet 2021, M. D B, représenté par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale ", à défaut " salarié ", à titre subsidiaire de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation ;

- le préfet ne justifie pas que l'agent ayant consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires bénéficiait de l'habilitation prévue par l'article 40-29 du code de procédure pénale ;

- une erreur de fait ayant une incidence sur le sens de la décision a été commise sur sa situation familiale ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il représentait une menace pour l'ordre public ;

- le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 313-9 du même code ont été violés, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu et une erreur manifeste d'appréciation a été commise ;

- la décision contrevient aux articles L. 313-17 et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une erreur manifeste d'appréciation a été commise ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été violé et une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2101645 du 31 mars 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Montreuil ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Singh, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen né le 3 mai 1995 à Conakry, déclare dans sa requête être entré en France au mois de mai 2011. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale de son domicile et de sa correspondance ; / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, eu égard aux faits, inscrits dans le traitement des antécédents judiciaires, de conduite d'un véhicule malgré injonction de restituer le permis, de détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants, et de circulation sans assurance, commis en 2018 et 2019. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B a été confié à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du 4 octobre 2011 du tribunal pour enfants de A et jusqu'à sa majorité. Il réside depuis lors en France et y a bénéficié de plusieurs titres de séjour valables du 13 janvier 2014 au 12 janvier 2015, du 6 juin 2018 au 5 juin 2019 et du 29 novembre 2019 au 28 novembre 2020. M. B a également obtenu des contrats jeunes majeurs de 2013 à 2015 et un contrat d'accompagnement dans l'emploi de 2014 à 2017. Par la suite, il a travaillé sous contrats temporaires au titre de l'année 2018 puis, depuis 2019, sous contrats à durée indéterminée en qualité de chauffeur-livreur pour deux entreprises différentes. En outre, il justifie vivre en concubinage depuis 2019 avec une compatriote réfugiée, titulaire d'une carte de résident valable du 12 mars 2012 au 11 mars 2022, avec laquelle il projette d'avoir un enfant par procréation médicalement assistée. Il démontre enfin avoir suivi plusieurs formations, particulièrement celles délivrées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la vie en France et la formation civique et a obtenu le niveau A2 du diplôme d'études en langue française. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté de son séjour, de son insertion professionnelle et de ses liens familiaux en France, nonobstant les faits précités figurant dans le traitement des antécédents judiciaires, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis a porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée à l'objectif de protection d'ordre public poursuivi et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision qui refuse à M. B le renouvellement d'un titre de séjour doit être annulée. Il en va de même, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays à destination duquel il sera éloigné.

5. Le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre au requérant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

L. GauchardLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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