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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101575

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101575

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 février 2021 et le 28 février 2022, M. A B, représenté par Me Charles, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit ;

2°) de prononcer un non-lieu à statuer compte tenu de l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français : elles sont insuffisamment motivées ; sa situation n'a pas donné lieu à un examen complet ; le préfet a méconnu l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : la remise par le préfet de récépissés de demande de titre de séjour postérieurement à l'arrêté attaqué révèle la volonté de celui-ci d'abroger cette décision.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Charles, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 30 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant indien né le 23 avril 1982 à Nadia, West Bengal, a déposé le 21 février 2020 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande que le tribunal prononce, d'une part, un non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, l'annulation des autres décisions contenues dans l'arrêté du 24 décembre 2020.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le requérant soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer dès lors que, postérieurement à l'arrêté attaqué, le préfet lui a remis un récépissé de demande de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a délivré le 8 février 2021 au requérant un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 7 août 2021, qui a été renouvelé le 2 août 2021. La délivrance de ce récépissé a eu pour effet d'abroger la décision contenue dans l'arrêté contesté du 24 décembre 2020, par laquelle le préfet a obligé le requérant à quitter le territoire français. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, expose de manière suffisante la situation personnelle et familiale de M. B ainsi que les motifs ayant conduit à écarter sa demande de titre de séjour et ne présente pas un caractère stéréotypé. Ainsi, le refus de titre de séjour attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Le requérant soutient qu'il réside depuis le mois de juillet 2015 en France, où il est inséré professionnellement. Toutefois, alors que le préfet conteste dans l'arrêté attaqué la continuité de cette présence, le requérant justifie avoir séjourné habituellement en France depuis tout au plus l'année 2017. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'épouse et les deux enfants du requérant résident en Inde et ce dernier ne se prévaut par ailleurs d'aucune attache familiale sur le territoire français. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il a été employé en tant que livreur jusqu'en décembre 2018, en tant que commis de cuisine de février à juin 2019 et comme employé polyvalent dans un restaurant depuis le mois de juillet 2019, il ne résulte pas de ces activités, au demeurant exercées à temps partiel jusqu'en décembre 2018, qu'il pourrait se prévaloir d'une insertion professionnelle significative, la demande d'autorisation de travail établie en sa faveur le 8 février 2021, postérieurement à l'arrêté en litige, étant sans incidence à cet égard. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 précité, par la délivrance tant d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " que d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

8. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé le requérant à quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. C

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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