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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101799

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101799

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVENDOME SOCIETE D'AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 février et 15 mai 2021, la société en nom collectif (SNC) Samada, représentée par Me Jung-Allégret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé de l'autoriser à licencier M. C B ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. C B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode suivie par l'inspecteur du travail pour apprécier la matérialité des faits n'est pas satisfaisante dans la mesure où elle le conduit à éluder la réalité du comportement fautif de M. B qui a participé à une pratique organisée et préméditée de vols de marchandises, commise par la planification et l'exécution d'une succession d'actions ayant pour finalité la commission de ces infractions ; l'inspecteur du travail n'aurait pas dû apprécier ces actions isolément des unes des autres mais aurait dû porter une appréciation globale ; les éléments apportés, notamment les photographies et les enregistrements vidéos sont suffisamment probants, d'autant que les faits ont été reconnus par les participants ;

- l'inspecteur du travail a commis une erreur en limitant son appréciation de la gravité des faits au seul critère du prix des marchandises retrouvées dans le casier de M. B ; les faits reprochés compris dans leur ensemble, sont constitutifs de différentes infractions pénales, notamment le vol aggravé et le recel qui sont sévèrement punies et sont ainsi d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de l'intéressé.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2021, M. C B, représenté par Me Viguier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Samada au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- aucune vidéo ne démontre clairement qu'il aurait transféré le carton de bouteilles volées sur son chariot, qu'il en aurait sorti des bouteilles, ni qu'il aurait dissimulé un objet sous ses vêtements ; les infractions pénales mentionnées par la société Samada ne peuvent pas être caractérisées ; les faits reprochés n'ont pas été reconnus par les participants et notamment le procès-verbal du comité social et économique en date du 21 octobre 2020 ne permet pas de prouver qu'il aurait reconnu avoir commis un vol avec son collègue ;

- le seul grief établi ne présente pas un caractère de gravité suffisant pour justifier une mesure de licenciement.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 17 octobre 2022.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parent, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bourgoin pour la société Samada.

L'affaire a été renvoyée à une nouvelle audience

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 13 février 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parent, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bourgoin pour la société Samada.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis le 10 juillet 2017, M. B est employé par la société Samada, qui est la filiale logistique du groupe Monoprix, chargée de l'entreposage, de la préparation et de la distribution des produits vendus dans différents magasins et points de vente, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, pour exercer les fonctions de cariste. Lors des élections professionnelles du 11 avril 2019, M. B a été élu en qualité de membre suppléant du comité social et économique. Par un courrier du 22 octobre 2020, la société Samada a saisi l'inspecteur du travail d'une demande d'autorisation de licenciement de M. B. Le 21 octobre 2020, le comité social et économique a émis un avis défavorable sur le licenciement de M. B. Par une décision du 1er décembre 2020 dont la société Samada demande l'annulation, l'inspecteur du travail a refusé de l'autoriser à licencier M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions du code du travail les salariés légalement investis de fonctions représentatives, bénéficient, dans l'intérêt des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle, et ne peuvent être licenciés qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution du mandat dont il est investi.

3. Il résulte des termes de la décision attaquée que l'inspecteur du travail n'a retenu à l'encontre de M. B qu'un unique grief, relatif au vol de produits retrouvés dans son vestiaire le 13 octobre 2020, à savoir une bouteille de Jack Daniel's, trois tubes de crème hydratante, un mélange de fruits secs, un paquet de gaufrettes citron, de la pâte d'amande, une solution hydro alcoolique, d'une valeur globale de 34,25 euros.

4. Cependant, il ressort des pièces du dossier et notamment des extraits de vidéosurveillance versés au dossier par la société Samada que le 9 octobre 2020 en fin d'après-midi, un collègue de M. B, après s'être assuré que personne ne l'observait, a récupéré un carton de six bouteilles d'alcool Jack Daniel's qui était caché à l'entrée de l'une des allées de l'entrepôt. Celui-ci a alors déposé ce carton sur une étagère de l'allée. Quelques minutes plus tard, M. B est arrivé en chariot dans cette allée, suivi de son collègue également au volant d'un chariot, et s'est arrêté au niveau de l'emplacement où était déposé le carton d'alcool. Alors que le positionnement de M. B entre son collègue et la caméra n'empêchait pas de constater que ce dernier récupérait le carton de bouteilles d'alcool, les deux chariots se sont ensuite dirigés vers le fond de l'allée, où le collègue de M. B a déposé le carton sur une étagère avant que M. B ne le récupère sur son chariot. Quelques instants plus tard, alors que M. B aurait dû être en pause, l'intéressé a déposé son chargement au sommet d'une étagère de l'allée voisine. Il résulte également des extraits de vidéosurveillance versés au dossier par l'employeur que le matin du 12 octobre 2020, un autre collègue de M. B, se déplaçant en chariot, a récupéré le carton entreposé par l'intéressé au sommet de l'étagère située dans la même allée, avant de le dissimuler dans une autre allée, où il sera finalement retrouvé ne contenant plus que deux bouteilles. Si l'inspecteur du travail, en prenant isolément les différents extraits de vidéo-surveillance, n'a pas caractérisé le grief relatif à la subtilisation concertée et planifiée par M. B et deux de ses collègues d'un carton de bouteilles d'alcool, il résulte de l'enchaînement des images de vidéo-surveillance, ainsi que des explications apportées par la société Samada, non sérieusement contestées par M. B, que ce grief doit être regardé comme caractérisé.

5. Il s'ensuit que la société Samada est fondée à soutenir que l'inspecteur du travail s'est à tort borné à ne caractériser à l'encontre de M. B que le grief relatif au vol des différents produits retrouvés dans son vestiaire le 13 octobre 2020, alors que les faits relatifs à la participation, avec deux autres collègues, à la subtilisation concertée et planifiée d'un carton de bouteilles d'alcool, doivent également être caractérisés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision de l'inspecteur du travail du 1er décembre 2020 doit être annulée.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Samada, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'inspecteur du travail en date du 3 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Les conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Samada, à M. C B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Une copie sera adressée au préfet de la région Ile-de-France (direction régionale interdépartementalede l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France).

Délibéré après l'audience du 13 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

La rapporteure,Le président,

M. AA. MyaraLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.1

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