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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2102227

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2102227

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2102227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, M. A D, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bobigny a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de

200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dont distraction à Me Tigoki.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'incompétence négative, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bobigny s'étant estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée de violation de la loi ;

- elle est entachée d'erreur de droit, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pas procédé à un examen " actuel " de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction.

Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée

au 10 février 2023, à 12h.

Un mémoire en défense produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 31 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué ni pris en compte.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2021 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mm C,

- les conclusions de Mme Mathieu, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Vu les pièces enregistrées le 5 avril 2023, produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1980, est entré en France pour solliciter le bénéfice de la protection internationale et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 19 novembre 2018. Le requérant ayant été déclaré en fuite le 28 mai 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 4 juin 2019. L'intéressé a alors sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bobigny lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil par une décision du 29 janvier 2021, dont il demande l'annulation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2021 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / (). Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

4. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

5. En premier lieu, la décision en litige mentionne les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. A a été déclaré en fuite par la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 28 mai 2019, car il n'avait pas respecté son obligation de se présenter en préfecture, qu'il a fait l'objet en conséquence d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 4 juin 2019, qu'il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et enfin qu'il ne présentait pas de facteur particulier de vulnérabilité. La décision en litige comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision contestée ni des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bobigny n'aurait pas procédé, avant d'édicter la décision attaquée, à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de M. A et qu'il se serait cru en situation de compétence liée.

7. En troisième lieu, il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'aucune autre applicable en l'espèce, que l'office français de l'immigration et de l'intégration était tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil attaquée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office n'aurait, préalablement au prononcé de la décision attaquée, pas dûment pris en compte la situation de l'intéressé, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant d'ailleurs précisé dans la décision attaquée que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A n'avait fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'entretien de vulnérabilité et du défaut de prise en compte de la vulnérabilité du requérant doivent être écartés.

8. En dernier lieu, il ressort de la décision en litige que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs d'une part que l'intéressé ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et d'autre part, que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteurs particuliers de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Pour contester l'appréciation ainsi portée sur sa situation, M. A, qui admet ne pas s'être présenté aux autorités en exécution des obligations auxquelles il avait consenti en acceptant les conditions matérielles d'accueil, se borne à faire valoir qu'il est en situation précaire, qu'il ne maîtrise pas la langue française et qu'il souffre de problèmes de santé. Ce faisant, alors qu'il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, notamment s'agissant de son état de santé, il n'invoque aucune raison légitime pour justifier le non-respect de son obligation de présentation aux convocations des autorités et ne justifie d'aucune vulnérabilité particulière. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait, pour ces motifs, lui refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et, en tout état de cause, de " violation de la loi " doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

La rapporteure,

N. C

Le président,

M. B

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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