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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2102890

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2102890

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2102890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUKHELOUA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 mars 2021 et 27 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Boukheloua et Me Bouyx, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 14 octobre, 12 novembre et 11 décembre 2020 par lesquelles le recteur de l'académie de Créteil a fixé la fin de sa prise en charge au 11 septembre 2020 au titre du congé pour invalidité temporaire imputable au service ainsi que sa date de guérison, ainsi que les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux nées les 6 janvier et 28 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- les signataires des décisions attaquées ne justifient pas de leur compétence ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, en l'absence de consultation préalable de la commission de réforme ;

- ces décisions sont entachées d'erreur de fait, car elles se fondent sur des faits matériellement inexacts ainsi que d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2022 à 12h00 par une ordonnance du 4 octobre 2022.

Un mémoire complémentaire présenté pour Mme B a été enregistré le 24 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, professeur de lycée professionnel, affectée au lycée Georges Brassens de Villepinte, a été victime, le 16 décembre 2019, d'un accident de la route entre son domicile et son lieu de travail. Par une décision du 6 février 2020, le recteur de l'académie de Créteil a reconnu cet accident comme imputable au service et pris en charge à ce titre ses arrêts de travail du 17 décembre 2019 au 24 février 2020, au titre du congé pour invalidité imputable au service ainsi que les soins médicaux et frais pharmaceutiques du 16 décembre 2019 au 24 février 2020. Par des décisions en date des 11 mai, 4 juin et 29 juillet 2020, cette prise en charge a été prolongée jusqu'au 10 juillet 2020, pour les arrêts de travail et jusqu'au 10 octobre 2020 en ce qui concerne la prise en charge des soins. Le recteur a, par des décisions des 14 octobre, 12 novembre et 11 décembre 2020, informé Mme B que la prise en charge de ses arrêts de travail et des soins pour la pathologie " rhumatologie " s'arrêtait au 11 septembre 2020, date de sa guérison et que leur prise en charge relèverait, à compter de cette date, de la règlementation applicable au congé de maladie ordinaire. Mme B demande l'annulation des décisions des 14 octobre, 12 novembre et 11 décembre 2020 ainsi que des décisions implicites de rejet de ses recours hiérarchiques réceptionnés par le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse les 10 novembre et 28 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. "

3. D'autre part, aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986, dans sa version alors en vigueur : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 2. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les conditions prévues au titre VI bis ; () ". L'article 26 de ce même décret, alors en vigueur, prévoit enfin : " () La commission de réforme n'est toutefois pas consultée lorsque l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident est reconnue par l'administration ". Les dispositions précitées ne dispensent pas l'administration de saisir la commission de réforme, lorsqu'elle envisage de décider qu'à compter d'une certaine date, la maladie d'un agent ne sera plus regardée comme imputable au service, alors même que cette imputabilité avait été reconnue pour la période antérieure.

4. En l'espèce, si l'imputabilité au service de l'accident de trajet subi par la requérante le 16 décembre 2019 a été reconnue par le recteur de l'académie de Créteil le 6 février 2020, il est constant que ce dernier, par les décisions contestées, a refusé de reconnaître cette imputabilité à compter du 11 septembre 2020 en ce qui concerne la pathologie rhumatologie. En conséquence, Mme B est fondée à soutenir que l'absence de saisine de la commission de réforme préalablement à l'édiction des décisions litigieuses l'informant de la fin de la prise en charge de ses arrêts de travail et des soins pour la pathologie " rhumatologie " au 11 septembre 2020, l'a privée d'une garantie et a entaché lesdites décisions d'un vice de procédure.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions des 14 octobre, 12 novembre et 11 décembre 2020 par lesquelles le recteur de l'académie de Créteil a fixé, pour la pathologie " rhumatologie ", au 11 septembre 2020 la date de sa guérison et a mis fin à cette date à la prise en charge des arrêts de travail et des soins au titre de son accident de service ainsi que des décisions de rejet de ses recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du recteur de l'académie de Créteil des 14 octobre, 12 novembre et 11 décembre 2020 ainsi que les décisions de rejet des recours gracieux, nées les 6 janvier et 26 février 2021 sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros à Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Katia Weidenfeld, présidente,

Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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