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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103073

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103073

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantPANARELLI STÉPHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 mars et 23 novembre 2021, 13 avril et 16 avril 2022, M. B C, représenté par Me Panarelli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- à supposer qu'il soit regardé comme disposant d'une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport que lui aurait attribuée le préfet du Val-d'Oise, il y a lieu de prononcer un non-lieu à statuer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être regardé comme concluant au non-lieu à statuer et au rejet de la requête pour le surplus des conclusions.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, étant tardive et que les moyens du requérant ne sont pas fondés pour le surplus.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports,

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Combes rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé le 10 novembre 2020 une demande de délivrance d'une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur (VTC) auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis. Le préfet a rejeté sa demande par une décision du 3 décembre 2020. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le préfet de la Seine-Saint-Denis soutient que les conclusions à fin d'annulation ont perdu leur objet dès lors que, postérieurement à la décision de refus en litige, le préfet du Val d'Oise a délivré, le 18 mars 2021, une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur. Toutefois, si cette décision a eu pour effet d'abroger la décision de refus en litige, il ressort des pièces du dossier que cette dernière décision, intervenue le 3 décembre 2020, a reçu exécution. Dans ces conditions, la demande d'annulation a conservé son objet. Par suite, il y a lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 janvier 2021, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois, lequel s'achevait, au plus tôt, le 4 février 2021 dès lors que la décision attaquée est en date du 3 décembre 2020. Le dépôt de cette demande a eu pour effet de faire courir un nouveau délai de deux mois. La requête ayant été enregistrée le 4 mars 2021, elle n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 3120-8 du code des transports : " Nul ne peut exercer la profession de conducteur de véhicule de transport public particulier si figure au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ou à son équivalent pour les non-nationaux, l'une des condamnations suivantes : / 1° Une condamnation définitive pour un délit sanctionné en vertu du code de la route par une réduction de la moitié du nombre maximal de points du permis de conduire ; / () ".

5. Le requérant soutient que, contrairement à ce qu'a relevé le préfet, il n'a pas commis d'infraction depuis 2008 ayant fait l'objet de condamnation définitive avec la perte d'au moins la moitié de ses points. A cet égard, il produit un jugement rendu le 26 mars 2019 par le Tribunal correctionnel de Bobigny accueillant sa demande tendant à la suppression du bulletin n° 2 du casier judiciaire des condamnations prononcées à son encontre les 21 octobre 2005 et 23 juillet 2008 pour des infractions au code de la route. Le préfet n'apporte, quant à lui, aucun élément de nature à établir la condamnation reprochée et justifiant le refus de délivrer à M. C la carte qu'il a sollicitée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le préfet du Val d'Oise ayant délivré à M. C, le 18 mars 2021, une carte professionnelle de conducteur de voiture de transport avec chauffeur, il n'y pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais d'instance et les dépens :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Panarelli en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant portant sur les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 3 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Panarelli la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Panarelli et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. Jimenez La greffière,

L. Vilmen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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