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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103248

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103248

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars et le 11 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé d'abroger l'arrêté du 18 novembre 2019 par lequel cette même autorité l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 70 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- ses demandes ne sont pas dépourvues d'objet, les décisions dont il est demandé l'abrogation étant toujours exécutoires ;

- les décisions de refus d'abrogation n'ont pas été prises par une autorité compétente ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il remplit également les conditions pour bénéficier d'un titre sur le fondement du 5 du même article ;

- la décision portant refus de certificat de résidence algérien méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que faute pour la décision portant obligation de quitter le territoire d'être exécutoire en raison de l'écoulement d'une délai d'un an depuis leur édiction, la requête est irrecevable, et que dans le cadre de la réponse au recours gracieux formé par M. A, il a indiqué à ce dernier qu'il n'était pas compétent pour l'examen de sa demande de titre de séjour, laquelle relève de la compétence du préfet de la Seine-Saint-Denis.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.

Par un courrier en date du 9 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- de l'inexistence de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé d'abroger l'arrêté du 18 novembre 2019, par lequel ce dernier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

- de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de refus d'abroger la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- et de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction de délivrance d'un certificat de résidence algérien présentées à titre principal.

Par un mémoire, enregistré le 14 décembre 2022, M. A a présenté des observations en réponse aux moyens d'ordre public ainsi soulevés.

Il fait valoir :

- que la décision implicite prise par le préfet du Val-d'Oise est parfaitement identifiable ;

- que la demande d'abrogation est justifiée au fond ;

- que les conclusions à fin de délivrance d'un certificat de résidence sont la conséquence directe de l'abrogation des décisions encore exécutoires à son encontre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thébault, rapporteur ;

- et les observations de Me Maillard, représentant M. A, absent.

Le préfet du Val-d'Oise et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étaient ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 mars 1982 à Bordj (Algérie), est entré en France le 21 février 2017 sous couvert d'un visa Schengen. Par un arrêté du

18 novembre 2019, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un courrier du 30 octobre 2020, M. A a demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis d'abroger cet arrêté en vue de lui délivrer un certificat de résidence en se prévalant, en particulier, de la naissance d'un enfant français et de sa communauté de vie avec une ressortissante française. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur ces demandes.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la demande d'abrogation : " () L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2. ". Aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte () non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé () ". Aux termes de l'article L. 243-2 du même code : " (). / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

3. Aucune disposition législative ou réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit qu'une obligation de quitter le territoire français perde son caractère exécutoire à l'expiration du délai d'un an suivant son édiction.

4. Il résulte de ce qui précède que la circonstance que l'arrêté du 18 novembre 2019 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour est devenu définitif n'a pas eu pour effet de priver d'objet les conclusions dirigées contre le refus d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. A. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet du Val-d'Oise doit être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation du refus d'abrogation :

5. En principe l'autorité administrative compétente pour modifier, abroger ou retirer un acte administratif est celle qui, à la date de la modification, de l'abrogation ou du retrait, est compétente pour prendre cet acte et, le cas échéant, s'il s'agit d'un acte individuel, son supérieur hiérarchique.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle le requérant a formé sa demande d'abrogation de l'arrêté du 18 novembre 2019 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, et par lequel une interdiction de retour sur le territoire français a été prononcée à son encontre, et a fortiori, à la date à laquelle le préfet du Val-d'Oise a explicitement informé le requérant que sa demande relevait du préfet de la Seine-Saint-Denis, il résidait à Montreuil. Il en résulte qu'à la date de sa demande d'abrogation, l'autorité compétente pour procéder à cet examen était le préfet de la Seine-Saint-Denis. C'est en faisant ainsi une exacte application de ces règles que le requérant avait saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis par son courrier du 30 octobre 2020, pour solliciter l'abrogation de cet arrêté, dont le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Il en résulte qu'en demandant, aux termes de sa requête et des réponses apportées au moyen d'ordre public soulevé à cet effet, l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'abroger son arrêté du 18 novembre 2019, et à supposer qu'il soit également attaqué, contre le courriel du

11 mars 2021 l'informant que sa demande relevait du préfet de la Seine-Saint-Denis, le requérant a dirigé ses conclusions contre des décisions inexistantes. Par suite ces conclusions sont irrecevables et doivent être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris, et en tout état de cause, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Copie pour information en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère.

M. Thébault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. Thébault

Le président,

Signé

J. Charret

La greffière,

Signé

I. Serveaux

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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