jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2103381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | JOSEPH MANDROYAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 mai 2021, Mme B E, agissant en qualité de représentante légale de son fils M. A D, représentée par Me Joseph, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à l'indemniser des préjudices subis par son fils à la suite de vaccins injectés en 2010 ;
2°) d'ordonner une expertise médicale afin de lui permettre de chiffrer ces préjudices ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM les frais d'expertise ainsi que les dépens de l'instance ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ; le recours doit être regardé comme un recours de plein-contentieux ;
- la Caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis doit être mise en cause ;
- les sels d'aluminium, qui sont contenus dans presque tous les vaccins, ont déclenché chez son fils, qui a reçu le 4 mai 2010, puis en rappel le 13 juillet suivant, l'Infanrix Hexa contenant les valences diphtérie, tétanos et poliomyélite (DTP) et composé de 0,82 mg d'aluminium, ainsi que, le 22 novembre 2010, le vaccin Priorix contenant les valences rougeole, oreillons et rubéole (ROR), des troubles autistiques apparus peu de temps après avoir reçu ce dernier vaccin ; le ROR, de par sa composition, a produit un " effet cocktail " ayant déclenché la pathologie dont son fils, qui s'est vu reconnaître un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 %, est atteint ;
- une expertise est nécessaire afin de chiffrer le préjudice subi.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2021, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'une expertise médicale soit ordonnée.
Il fait valoir que :
- l'intéressée a formé un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 12 janvier 2021 et non un recours de plein-contentieux ; il appartient à la requérante de régulariser son recours et de chiffrer sa demande indemnitaire sous peine d'irrecevabilité, sauf à ce qu'elle ne soit plus dans les délais pour ce faire ;
- les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale et en application de l'article L. 3111-9 de code de la santé publique ne sont pas remplies ; en effet, la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ne revêtait pas un caractère obligatoire en 2010 ;
- à titre subsidiaire, à supposer que l'intéressée mette également en cause la vaccination par Infanrix Hexa, une expertise médicale doit être ordonnée afin de déterminer si les troubles autistiques peuvent être considérés comme imputables à cette vaccination.
Par un courrier du 10 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut de réclamation préalable indemnitaire et de liaison du contentieux sur les dommages résultant du fait générateur invoqué en requête, à savoir l' " effet cocktail " résultant de la vaccination contre la diphtérie, le tétanos, et la poliomyélite, et de la vaccination contre la rougeole, les oreillons, et la rubéole, la seule demande indemnitaire présentée devant l'ONIAM, datée du 5 octobre 2010, et ayant donné lieu à la décision du 12 janvier 2021, ne portant que sur la réparation des dommages résultant d'un fait générateur distinct, consistant en la seule vaccination contre la rougeole, les oreillons, et la rubéole.
Il a été répondu à cette information par des observations produites pour Mme E le 14 novembre 2022, communiquées aux autres parties.
La procédure a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- les observations de Me Mandroyan, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, né le 10 février 2010, a reçu le 4 mai 2010 une première injection du vaccin Infanrix Hexa (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche et haemophilus b) puis, le 13 juillet 2010, une seconde injection de ce vaccin et ensuite, le 22 novembre 2010, une injection du vaccin Priorix (rougeole, oreillons, rubéole). Il a été hospitalisé du 10 au 17 décembre 2012. En janvier 2013, un " syndrome autistique " a été diagnostiqué. Mme B E, agissant en qualité de représentante légale de son fils M. A D, a déposé une demande indemnitaire préalable devant l'ONIAM, datée du 5 octobre 2010, en sollicitant l'indemnisation de préjudices résultant, selon elle, du vaccin administré à son fils contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Par un courrier du 12 janvier 2021, l'ONIAM a rejeté cette demande d'indemnisation au motif qu'en 2010, la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ne revêtait pas un caractère obligatoire mais faisait seulement l'objet d'une recommandation vaccinale. Par la requête visée ci-dessus, Mme E, estimant que l'affection dont son fils est atteint est imputable à une vaccination, et qui a précisé dans un mémoire complémentaire ses conclusions, doit être regardée comme présentant un recours de pleine juridiction tendant à la condamnation de l'ONIAM à réparer le dommage subi.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article L. 3111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable en 2010, année durant laquelle le jeune A D a reçu plusieurs vaccins : " Les vaccinations antidiphtérique et antitétanique par l'anatoxine sont obligatoires, sauf contre-indication médicale reconnue ; elles doivent être pratiquées simultanément. Les personnes titulaires de l'autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement responsables de l'exécution de cette mesure, dont la justification doit être fournie lors de l'admission dans toute école, garderie, colonie de vacances ou autre collectivité d'enfants () ". Aux termes de l'article L. 3111-3 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " La vaccination antipoliomyélitique est obligatoire, sauf contre-indication médicale reconnue, à l'âge et dans les conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, pris après avis de l'Académie nationale de médecine et du Haut Conseil de la santé publique. Les personnes titulaires de l'autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement de l'exécution de cette obligation () ". Aux termes de l'article L. 3111-9 de ce code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des préjudices directement imputables à une vaccination obligatoire pratiquée dans les conditions mentionnées au présent titre, est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales institué à l'article L. 1142-22, au titre de la solidarité nationale () ".
3. Lorsqu'il est saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences, pour la personne concernée, d'une vaccination présentant un caractère obligatoire, il appartient tout d'abord au juge de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un lien existe entre l'injection du vaccin et les symptômes attribués à la pathologie dont cette personne est atteinte.
4. Il appartient ensuite au juge, s'il ressort, en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter les conclusions indemnitaires dont il est saisi, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir alors l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations obligatoires subies par cette personne et les symptômes qu'elle a ressentis que si ceux-ci sont apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou se sont aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressort pas du dossier qu'ils pouvaient être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.
5. En outre, il ne revient au juge d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
6. Il résulte de l'instruction que si le vaccin Infanrix Hexa combinait plusieurs valences obligatoires, en tant qu'il constituait un vaccin antidiphtérique, antipoliomyélitique et antitétanique, avec d'autres valences alors non obligatoires, en tant que vaccin contre la coqueluche et l'haemophilus b, les valences du vaccin Priorix, qui concerne la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), ne revêtaient pas un caractère obligatoire à la date de l'administration de ce vaccin à l'enfant de la requérante. Mme E a estimé, devant l'ONIAM, que les troubles dont souffre son fils, dont les premiers symptômes seraient apparus " entre le 13ème et le 16ème mois ", soit entre mars et mai 2011, et ont été pour la première fois constatés par un compte-rendu d'hospitalisation en août 2012 avant qu'un " syndrome autistique " ne lui soit diagnostiqué en janvier 2013, sont la conséquence du seul vaccin Priorix (ROR) qui lui a été administré en 2010. Elle soutient dans sa requête que le syndrome autistique est en fait dû à un " effet cocktail " résultant des injections des vaccins Infanrix Hexa et Priorix en raison de l'aluminium, que seul contient le vaccin Infanrix Hexa selon les fiches versées au dossier, et qui n'aurait pas été suffisamment éliminé par son enfant avant l'injection du vaccin Priorix.
7. Cependant, la requérante ne peut utilement se prévaloir des préjudices qui résulteraient du vaccin Priorix, ne contenant aucune valence obligatoire à la date de son administration en l'espèce, au soutien de sa demande d'indemnisation formulée au titre de l'article L. 3111-9 du code de la santé publique.
8. Par ailleurs, à supposer que Mme E puisse être regardée, en dépit de ses dernières écritures, comme se prévalant de préjudices qui résulteraient de la vaccination par le vaccin Infanrix Hexa, si l'enfant de la requérante s'est bien vu administrer, via ce vaccin, des valences alors obligatoires au sens des dispositions du code de la santé publique précitées, Mme E se borne à se prévaloir d'un " certificat d'expertise des vaccins contenant de l'aluminium " émis par un " ingénieur chimiste ", " expert pharmacologue " et " toxicologue ", évoquant très succinctement des doses minimales toxiques d'aluminium en distinguant les cas de la voie orale et des vaccins par injection. L'intéressée, qui ne produit d'ailleurs aucune des " nombreuses analyses " qu'elle évoque et qui auraient révélé que " l'organisme de son fils [aurait] gardé d'importantes quantités d'aluminium ", n'étaye aucunement l'" effet cocktail " qu'elle invoque par des éléments scientifiques. Ce faisant, la requérante ne démontre pas, par les pièces qu'elle verse à l'instruction et en l'état des connaissances scientifiques, une quelconque probabilité qu'il existe un lien de causalité entre la seule vaccination présentant des valences obligatoires, à savoir l'Infanrix Hexa, qui contient de l'aluminium, et les troubles autistiques dont souffre son fils. En tout état de cause, eu égard au délai dans lequel les troubles sont apparus après les deux administrations du seul vaccin contenant des valences alors obligatoires, à savoir l'Infanrix Hexa le 4 mai puis le 13 juillet 2010, qui est en l'espèce d'au moins huit mois, l'existence d'un tel lien de causalité entre les vaccinations obligatoires subies par son enfant et les symptômes constatés ne peut davantage être retenu.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'établit pas que son enfant souffre, en raison des troubles autistiques, de préjudices directement imputables à une vaccination obligatoire et n'est donc pas fondée à rechercher la mise en œuvre par l'ONIAM du mécanisme d'indemnisation prévu à l'article L. 3111-9 du code de la santé publique.
10. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, qui serait dépourvue d'utilité, ni d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par l'ONIAM, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme E doivent être rejetées.
Sur le surplus :
11. La présente instance n'a donné lieu à aucune des mesures mentionnées à l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la requête tendant à ce soient mis à la charge de l'ONIAM les frais d'expertise et autres dépens doivent donc être rejetées.
12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Iss, premier conseiller,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. C
Le président,
Signé
L. GauchardLa greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026