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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103385

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103385

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103385
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantABASSADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars 2021 et 1er juillet 2022, M. A C, représenté en dernier lieu par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SAS Itra Consulting de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a violé les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale au regard de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de son fils, ainsi que de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 25 mai 2020.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a présenté, le 24 août 2022, un mémoire en défense, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, conseiller,

- les observations de Me Dequesnel pour M. C,

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité tunisienne, né le 19 février 1982, déclare être entré en France le 18 mars 2011. Il a sollicité, le 1er juillet 2016, son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Par un jugement n° 1804225 du 20 décembre 2019, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision implicite par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, et lui a enjoint de réexaminer sa situation dans un délai de quatre mois. Après avoir essayé vainement d'obtenir un rendez-vous en vue de l'exécution de la décision juridictionnelle, M. C a présenté, le 16 août 2018, une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 septembre 2019, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-1824 du 28 juin 2019 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme Juliette Le Bras, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. C soutient être présent en France depuis 2011, il ne justifie de sa résidence habituelle qu'à partir de 2014. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme B E ont donné naissance, le 11 mai 2014, à un enfant né et actuellement scolarisé en France. Par un jugement rendu le 29 septembre 2015, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Paris a estimé que les parents exerceront conjointement l'autorité parentale, que la résidence habituelle de l'enfant est fixée au domicile de son père conformément à l'accord des parties sur ce point, qu'un droit de visite et d'hébergement est reconnu à la mère, et a fixé la contribution de celle-ci à l'entretien et à l'éducation de son fils à une somme mensuelle de 50 euros. Si M. C soutient que Mme E est de nationalité sénégalaise et qu'il est exclu qu'elle puisse se rendre en Tunisie pour exercer son droit de visite et d'hébergement, il n'établit ni qu'elle exercerait effectivement son droit de visite et d'hébergement, ni qu'elle serait de nationalité sénégalaise, ni davantage, à supposer que cette dernière preuve soit rapportée, que cette nationalité ferait obstacle à ce que la mère de l'enfant se rende en Tunisie pour exercer ce droit. En outre, et ainsi que le relève le préfet sans être contredit, M. C ne justifie pas de la moindre intégration socio-professionnelle sur le sol français. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément sur la situation de Mme E et sur les liens qu'elle entretiendrait avec son fils, et compte tenu du jeune âge de ce dernier, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de M. C se reconstitue en Tunisie, pays dont il a la nationalité. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. C de mener une vie privée et familiale normale, et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de M. C ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. S'il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions le concernant, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été dit au point 5, que les décisions en litige ont pour effet de séparer l'enfant de M. C de sa mère. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions qu'il conteste ont méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. Khiat

Le président,

Signé

M. Romnicianu

La greffière,

Signé

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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