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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103451

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103451

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103451
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNEVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars et 29 juin 2021, M. C N'Diaye, représenté par Me Neven, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'avis du collège de médecins de l'OFII ne peut être regardé comme ayant été signé conformément à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- la décision en litige a méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur la décision de refus de séjour elle-même entachée d'illégalité ;

- elle a méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. N'Diaye a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 14 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis sollicite le rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Khiat, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

En l'absence de son conseil, M. N'Diaye a été autorisé à présenter des observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. N'Diaye, de nationalité malienne, né en 1976 à Kalaban Coro (Mali), est entré en France le 10 octobre 2014. Il a sollicité, le 31 janvier 2019, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mai 2020, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

2. Par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié le lendemain au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B A, sous-préfet du Raincy, délégation pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, et dès lors que la commune de Montfermeil, où a indiqué résider M. N'Diaye, est située dans l'arrondissement du Raincy, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'avait pas été absent ou empêché à la date des décisions en litige, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des motifs de la décision en litige que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation de M. N'Diaye. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 313-23 du même code prévoit que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Le requérant soutient que la procédure est irrégulière faute de production par le préfet de l'avis du collège de médecins de l'OFII. Cependant, l'arrêté contesté indique expressément qu' " une copie est jointe à la présente décision ", et l'intéressé ne justifie ni même n'allègue, dans l'hypothèse de l'absence de cet avis dans le pli reçu, qu'il aurait accompli les diligences nécessaires pour obtenir la communication de cette pièce auprès des services préfectoraux. En tout état de cause, le préfet de la Seine-Saint-Denis verse, à l'appui de son mémoire en défense, l'avis rendu le 21 octobre 2019 par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté.

6. En outre, il ressort clairement des mentions de cet avis que le collège s'est prononcé au vu du rapport du médecin instructeur, qui n'a pas siégé au sein de ce collège lorsqu'il a délibéré sur la situation de M. N'Diaye.

7. Enfin, les signatures portées sur l'avis par les trois membres du collège de médecins sont des fac-similés de leurs signatures manuscrites, et ne constituent pas des signatures électroniques relevant du champ d'application de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, ni du décret du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique, ni de celui de l'article 1367 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité des signatures électroniques apposées sur l'avis du collège de médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté a fait sien l'avis du collège de médecins de l'OFII en s'en appropriant les termes n'implique pas que le préfet s'est estimé lié par cet avis. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit faute d'avoir exercé son pouvoir d'appréciation.

9. En quatrième lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait présenté sa demande de titre de séjour sur ce fondement ou que le préfet l'ait examiné d'office.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. N'Diaye, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 21 octobre 2019, que si un défaut de prise en charge médicale peut certes entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressé, néanmoins le traitement approprié existe dans son pays d'origine où il peut donc être pris en charge, et son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. N'Diaye a été victime, le 16 décembre 2017, d'un accident ischémique constitué nécessitant un suivi médical régulier, et est atteint du syndrome de Gitelman. Il ressort clairement des pièces du dossier, en particulier de la liste établie en 2018 des médicaments et dispositifs médicaux admis à la prise en charge de l'assurance maladie obligatoire dans le secteur pharmaceutique privé au Mali, que les traitements dont M. N'Diaye a besoin pour ses problèmes cardiovasculaires, constitué du Kardegic (acétylsalicylate de lysine) et du Diffu-K (chlorure de potassium microencaptulé), y sont disponibles. Si le requérant soutient que la kinésithérapie motrice par rééducation d'une hémiplégie spastique n'est pas pratique au Mali, et qu'il ne pourra bénéficier d'un suivi médical régulier, il ne l'établit pas. Par suite, M. N'Diaye ne démontre pas que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait fait une inexacte application des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour, ni davantage méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du même code en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. N'Diaye justifie résider en France depuis son entrée sur le territoire en octobre 2014. Toutefois, celui-ci est célibataire, sans charges de famille et n'établit pas qu'il serait dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle sur le sol français. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de M. N'Diaye en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas, à cet égard, davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

14. En septième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, lorsque l'autorité administrative accorde un délai de trente jours, elle n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point si l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à l'octroi d'un délai de départ plus long. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. N'Diaye ait présenté une demande tendant à ce que lui soit octroyé un délai de départ volontaire plus long. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, le requérant n'avance aucun élément de nature à démontrer que la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. N'Diaye n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. N'Diaye est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C N'Diaye et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. KhiatLe président,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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