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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103630

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103630

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Chez Sousa, représentée par Me Cap, demande au tribunal d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux contre la décision du 10 novembre 2020 ayant mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 3 266 euros, ainsi que la décision du 10 novembre 2020.

.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la matérialité des faits n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias ;

- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle effectué le 7 juillet 2020, les services de police ont constaté, au sein d'un bar-restaurant situé 1 rue Danton à Montreuil, exploité par la société Chez Sousa, la présence en action de travail d'une ressortissante brésilienne, dépourvue de titre l'autorisant à séjourner et travailler en France et non déclarée. Au vu des procès-verbaux établis lors de cette opération de contrôle, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 10 novembre 2020, mis à la charge de la société Chez Sousa la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros, et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 3 266 euros, pour l'emploi du salarié étranger en cause. La société Chez Sousa a formé un recours gracieux le 5 janvier 2021, qui a été rejeté par l'OFII le 1er février 2021. Par sa requête, la société Chez Sousa demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la motivation des décisions en litige

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.

3. En l'espèce, la décision du 10 novembre 2020 mentionne les dispositions applicables du code du travail, le relevé des infractions par référence au procès-verbal établi à la suite du contrôle du 7 juillet 2020, ainsi que le montant de la somme due et fait référence à la lettre du 25 septembre 2020 qui invitait la société à faire valoir ses observations et précisait en annexe le nom du salarié concerné. Il ressort également de cette décision, que la sanction a été infligée à la société Chez Sousa pour l'emploi irrégulier d'un travailleur démuni d'un titre de séjour et d'un titre l'autorisant à travailler en France. Par suite, cette décision est régulièrement motivée. Est également suffisamment motivée la décision de rejet du recours gracieux, dès lors qu'elle est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que la société requérante a été mise à même de la contester utilement.

En ce qui concerne la matérialité des faits

4. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger sans titre mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de son article R. 8253-2 : " I. -Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7./ III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 du même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ". Enfin, l'article L. 8113-7 du code du travail dispose que : " les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire () ".

5. Lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

6. Si la société soutient que la salariée a présenté lors de son embauche une carte d'identité portugaise dont elle ne pouvait pas être en mesure de savoir qu'elle revêtait un caractère frauduleux, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal de police que ce document d'identité présentait toutes les caractéristiques d'un faux. Le gérant de la société a en outre reconnu qu'alors que dans son entreprise " on est obligé d'envoyer les cartes au consulat pour voir si elles sont valables ", il ignorait si le comptable avait effectué cette démarche. En tout état de cause, la salariée a déclaré lors de son audition qu'aucune pièce d'identité ne lui avait été demandée lors de son embauche et que son employeur savait qu'elle n'était pas en possession d'un titre de séjour. Il s'ensuit que la société requérante ne peut sérieusement soutenir que sa bonne foi a été surprise. Alors que l'absence de poursuites diligentées par l'autorité judiciaires ou par les URSSAF ne fait aucunement obstacle à la mise à la charge de la société requérante desdites contributions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'OFII aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Chez Sousa est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Chez Sousa et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le rapporteur,Le président,

H. MariasA. MyaraLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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