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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104089

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104089

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, M. B E, Mme D E et Mme F G, agissant en son nom propre et au nom de ses enfants mineurs A et H, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur payer la somme de 34 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement, alors que M. E a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 6 mars 2019 ;

- ils sont menacés d'expulsion ;

- leur logement est inadapté à la composition familiale ;

- M. E présente des troubles de santé ;

- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du

6 mars 2019, désigné M. E comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. E a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 28 février 2020. Cette demande a été implicitement rejetée. M. E demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 34 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du

31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles

L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La carence fautive de l'Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme E, par Mme G en son nom propre et par Mme G au nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées.

5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. E au motif qu'il était menacée d'expulsion, sans relogement. Il résulte de l'instruction que par une ordonnance du 5 octobre 2018, tribunal d'instance de Bobigny a ordonné l'expulsion de M. et Mme E du local d'habitation qu'ils occupent faute pour eux d'avoir libéré les lieux dans le délai de deux mois suivant le commandement prévu par les articles L. 411-1 et L. 412-1 du code des procédures civiles d'exécution, au besoin avec l'assistance de la force publique. Ce commandement leur a imparti pour ce faire un délai expirant au plus tard le 16 décembre 2019. La persistance de cette situation, à compter du 6 septembre 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. E des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Si M. E fait valoir qu'il souffre d'une épilepsie généralisée, d'un diabète de type 2, d'une pancréatite aiguë, d'un léiomyome bénin œsophagien, d'une tachycardie idiopathique, d'une péri arthrite scapulo-humérale droite avec tendinopathie fissuraire, de discopathies dégénératives L31.4 et L41.5 et de discopathie cervicale, ainsi que d'une arthrose lombaire, cette circonstance ne peut suffire à faire regarder le logement qu'il occupe comme inadapté à son état de santé eu égard à la nature de ces pathologies et à la circonstance que le requérant indique lui-même que ce logement se situe au premier étage de l'immeuble. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme G serait à la charge du couple, celle-ci étant majeure depuis 2016 et n'étant mentionnée comme telle ni sur les avis d'impôt sur les revenus postérieurs à cette année de M. et Mme E ni sur l'attestation de la caisse d'allocations familiales indiquant le montant des prestations qu'ils ont perçues pour le mois de février 2021. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 1 500 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. E la somme de 1 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brochard de la somme de 1 020 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E la somme de 1 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 020 euros à verser à Me Brochard, conseil de M. E, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme D E, à Mme F G, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné

Signé

D. CLa greffière

Signé

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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