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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104196

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104196

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBARROIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 mars 2021, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 17 décembre 2020, présentée pour Mme B C.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mars et 20 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Barrois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 juin 2020 et l'arrêté de licenciement du 10 juillet 2020, avec toutes conséquences de droit ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil, à titre principal, de la réintégrer et de la titulariser dans le corps des professeurs des écoles, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation professionnelle en convoquant un nouveau jury académique, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros, en application des articles 37, 43 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la délibération du jury académique du 24 juin 2020 est entachée de vices de procédure, liés, d'une part, à l'absence de justification apportée sur la composition effective du jury et, d'autre part, au refus qui lui a été opposé de produire des pièces complémentaires permettant une appréciation complète de sa situation, conformément à l'arrêté du 22 août 2014 ;

- cette délibération est irrégulière, car elle n'a pas pu exercer ses fonctions de manière normale pendant sa deuxième année de stage du fait de la pandémie de Covid 19 et n'était pas en situation d'égalité de traitement avec les autres fonctionnaires stagiaires ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté du 10 juillet 2020 est illégal en raison de l'illégalité de la délibération du jury académique qui en constitue le fondement ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure préalable irrégulière ;

- il est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 21 octobre 2020.

Par une ordonnance du 9 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles,

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics,

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Lauréate du concours externe de recrutement des professeurs des écoles au titre de la session de 2018, Mme C a effectué une année de stage au cours de l'année scolaire 2018-2019 et a été admise à une deuxième année de stage pour l'année scolaire 2019-2020. La requérante demande au tribunal l'annulation de la délibération du 24 juin 2020 par laquelle le jury académique a proposé son licenciement et de l'arrêté du 10 juillet 2020 par lequel le recteur de l'académie de Créteil a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2020.

En ce qui concerne la délibération du jury académique du 24 juin 2020 :

2. En premier lieu, la requérante se borne à invoquer, de manière purement hypothétique, l'absence de justification par le recteur de la composition régulière du jury académique et de la possibilité, lors de son entretien avec ce jury, de présenter ses observations. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité entachant la composition du jury académique et la procédure devant ce jury doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en dépit de la fermeture des écoles liée à la situation sanitaire au cours de l'année 2020, qui a concerné l'ensemble des professeurs des écoles stagiaires, Mme C n'aurait pas pu solliciter la maître formatrice comme celle-ci le lui avait proposé dans le cadre du dispositif d'accompagnement personnalisé, réalisé en distanciel. Par suite, la requérante, n'est pas fondée à soutenir que sa deuxième année de stage se serait déroulée dans des conditions irrégulières, ni que le principe d'égalité aurait été méconnu.

4. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des comptes rendus de visites rédigés par la tutrice en date des 20 septembre et 14 novembre 2019 ainsi que des 9 janvier et 12 mars 2020, que Mme C " éprouve des difficultés à garantir la sécurité de [ses] élèves " et ne parvient pas à se " positionner ou à organiser [sa] classe pour avoir un œil sur chacun de [ses] élèves ". En outre, il ressort de ces mêmes pièces que la requérante ne maîtrise pas les contenus disciplinaires, ni le groupe classe, ce qui conduit à constater que " trop souvent les élèves sont livrés à eux-mêmes ". Enfin, le rapport d'inspection en vue de la titularisation des étudiants fonctionnaires stagiaires en date du 9 juin 2020 conclut que Mme C " n'est toujours pas en capacité de s'interroger sur les objectifs pédagogiques qu'elle propose aux élèves, de concevoir ensuite un déroulement qui permette de les atteindre, d'être attentive à l'importance de la place de l'expression orale des élèves. Elle ne parvient pas à se positionner en tant qu'enseignante. " Par suite, en dépit du fait que les comptes rendus de visites relèvent des points d'amélioration, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'arrêté de licenciement du 10 juillet 2020 :

5. Aux termes de l'article 12 du décret du 1er août 1990 : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles ". Aux termes de l'article 13 de ce même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire () ". Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. / Les stagiaires qui n'ont pas été jugés aptes à être titularisés à l'issue de la première année de stage et qui accomplissent une seconde année de stage bénéficient obligatoirement d'une inspection. ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté, dans sa version applicable au litige : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. Toutefois, le recteur prolonge d'un an le stage des stagiaires lauréats des concours externes aptes à être titularisés devant justifier d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation qui ne rempliraient pas, à l'issue du stage, cette exigence. La titularisation est prononcée à l'issue de cette prolongation à la condition de détenir le titre ou diplôme requis. / Le recteur arrête par ailleurs la liste de ceux qui sont autorisés à accomplir une seconde année de stage. / Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. "

6. D'une part, compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la délibération du jury académique doit être écarté.

7. D'autre part, le licenciement d'un stagiaire en fin de stage n'entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux sera écarté.

8. Enfin, il résulte des dispositions citées au point 5 que le recteur à qui il n'appartient pas de porter une appréciation complémentaire à celle du jury académique sur les mérites des professeurs des écoles stagiaires et les conditions dans lesquelles leur stage s'est déroulé, est tenu de prononcer le licenciement d'un professeur des écoles stagiaire ne figurant pas, à l'issue de sa seconde année de stage, sur la liste des stagiaires déclarés aptes à être titularisés établie par le jury académique. En l'espèce, à l'issue de la délibération du jury en date du 24 juin 2020, Mme C ne figurait pas sur la liste établie par ce jury nommant les stagiaires déclarés aptes à être titularisés. Par suite, le recteur, qui se trouvait ainsi en situation de compétence liée, n'a pu que prononcer son licenciement. En conséquence, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure préalable et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés par la requérante à l'encontre de l'arrêté du 10 juillet 2020 prononçant son licenciement ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 24 juin 2020 et de l'arrêté du 10 juillet 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par Mme C à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37, 43 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Katia Weidenfeld, présidente,

- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

Signé

K. Weidenfeld

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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