jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2104216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MINIER-MAUGENDRE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2021, sous le numéro 2104216, M. C F, représentée par Me Lacroix, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis lui a retiré son agrément d'assistant familial ;
2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis de la commission consultative paritaire départementale, en raison de la méconnaissance des règles de composition et de convocation de cette commission ainsi que de l'irrégularité de sa propre convocation à cette commission ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée de disproportion et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de Me Neven, se substituant à Me Lacroix, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a été agréé, le 1er juin 2017 en tant qu'assistant familial par le département de la Seine-Saint-Denis. Par une décision du 26 janvier 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a procédé au retrait de son agrément. M. F demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 3221-3 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services. "
3. Par un arrêté n° 2017-297 du 4 juillet 2017, régulièrement publié, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a donné à M. D E, directeur de l'enfance et de la famille, qui a signé la décision du 26 janvier 2021, délégation pour signer notamment les décisions de retrait d'agrément des assistants familiaux. Par suite, le moyen d'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " Toute décision de retrait de l'agrément () doit être dûment motivée ".
5. La décision du 26 janvier 2021 en litige, qui vise les dispositions du code de l'action sociale et des familles dont il est fait application, expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour procéder au retrait de l'agrément de M. F. Ainsi, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément () il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. () / Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. () ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la commission consultative paritaire départementale des assistants maternels et assistants familiaux du département de la Seine-Saint-Denis comportait, lors de sa réunion du 14 janvier 2021 en vue du retrait de l'agrément de M. F, cinq représentants du département et trois représentants des assistants maternels et familiaux. S'il résulte des dispositions précitées que la règle de la parité s'impose pour la composition de la commission consultative paritaire départementale, en revanche, ni ces dispositions, ni aucune autre règle ou principe général, ne conditionnent la régularité de la consultation de cette instance à la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés résidant dans le département. En tout état de cause, sur les huit membres présents lors de la séance en cause, sept ont voté en faveur du retrait de l'agrément de M. F et un s'est abstenu, de telle sorte que le défaut de parité de commission réunie le 14 janvier 2021 n'a pas exercé d'influence sur le sens de l'avis et de la décision attaquée, ni privé l'intéressé d'une garantie.
8. Il ressort également des pièces du dossier que la décision de retrait d'agrément en date du 26 janvier 2021 a été précédée de la consultation de la commission consultative paritaire départementale, qui a émis un avis sur la situation du requérant lors de sa réunion du 14 janvier 2021. Il ressort en outre du procès-verbal de la réunion de la commission du 14 janvier 2021, établi le 21 janvier 2021, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que ses membres ont été convoqués à cette réunion par un courriel en date du 22 décembre 2020 avec accusé de réception, soit dans le délai légal et qu'ils ont consulté les dossiers présentés à la commission entre le 4 et le 7 janvier 2021. En outre, la circonstance, à la supposer établie, que les membres de la commission n'aient pas été informés des coordonnées de l'intéressé, n'est pas de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée ni à le priver d'une garantie.
9. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. F a été convoqué à la séance du 14 janvier 2021 de la commission consultative paritaire départementale de Seine-Saint-Denis en vue du retrait de son agrément, par un courrier du 22 décembre 2020, dont il a accusé réception le 24 décembre 2020, soit dans le délai de quinze jours préalablement à la tenue de la réunion de la commission. Il n'est donc pas fondé à soutenir que sa convocation devant la commission consultative paritaire départementale serait entachée d'irrégularité.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
11. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. () / Un arrêté du ministre chargé de la famille fixe la composition du dossier de demande d'agrément () Il définit également les modalités de versement au dossier d'un extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire de chaque majeur vivant au domicile du demandeur () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut () modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ".
12. En premier lieu, pour prononcer le retrait d'agrément en litige, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que l'espace d'accueil proposé par le requérant ne répondait pas aux besoins de l'enfant qui lui avait été confiée, dont l'accueil a été suspendu à la suite de la visite domiciliaire du 7 octobre 2020 des services de la Ville de Paris, et du service et de l'association qui l'employait. Il s'est également fondé sur le fait que les conditions de vie du requérant, notamment en matière d'hygiène et de sécurité, n'étaient pas compatibles avec l'accueil d'enfants. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport établi à la suite de la visite domiciliaire du 7 octobre 2020, que la terrasse du logement du requérant était encombrée de matériel en raison de travaux concernant la dépendance de ce logement et que, de même, étaient encombrés la véranda, le palier ainsi que l'une des trois chambres des enfants. En outre, dans le salon, les enfants en bas âge, installés sur un tapis, ne disposaient pas d'un espace délimité, qu'ils étaient " en plein passage " et que le canapé situé dans la véranda était interdit d'accès aux enfants. Dans l'une des trois chambres occupées par les enfants, " sur la commode, du linge est entassé, déborde, les tiroirs sont pleins et mal rangés ainsi que les casiers ", sous un lit se trouvaient des boîtes en plastique " contenant chaussures, linge, objets divers, traînent également uns basket avec une chaussette ", que dans une autre chambre, " la table à langer et les produits sont disposés un peu partout ", " des sacs pleins sont placés sur les lits superposés ", une autre chambre était " encombrée par de nombreux sacs et objets divers. Il est impossible de circuler dans cette chambre " et que " le palier est lui aussi encombré par de nombreux sacs ". Dans l'une des chambres, " le linge de lit n'est pas très propre ", " au sol se trouvent plusieurs biberons de 150 ml sales contenant des restes de lait " et que le coffre à jouets sur le palier " déborde de linge sale et de diverses choses ". Enfin, il ressort du rapport précité que dans la salle de bain, " les produits d'entretien sont placés à portée de main des enfants " et que dans la cuisine, " tout est à portée de main et accessible à des enfants, ce qui représente un danger réel et sérieux compte tenu de leur âge. ". Le requérant, se prévalant seulement d'appréciations positives exprimées lors de visites antérieures et de l'absence de défaillances, n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les constatations ainsi rapportées seraient erronées. Dès lors, les faits reprochés doivent être regardés comme matériellement établis.
13. Le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a également fondé sa décision de retrait d'agrément sur un défaut d'hygiène alimentaire. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu précité, établi à la suite de la visite domiciliaire du 7 octobre 2020, que dans la cuisine sont entreposés plusieurs mètres cubes de sacs contenant de la nourriture et que " sur l'un des sacs se trouvent des sachets de pain de mie et de pains au chocolat, périmés depuis plusieurs semaines ", que sur le plan de travail de la cuisine se trouve " un litre de lait de chèvre entamé, laissé à l'air libre et dont la date de péremption est le 15 septembre 2020 ", qu' " il y a aussi un faitout contenant un liquide jaunâtre, gras refroidi, sauce d'un plat ' " , qu' " aucune attention n'est portée à la qualité de la nourriture, ni à son hygiène (conditions de stockage et de mise au frais) ", que " tout est à portée de main et accessible à des enfants ". A en ressort également que dans une des chambres, se trouvent au sol " plusieurs biberons de 150 ml sales contenant des restes de lait ". Le requérant, en se bornant à soutenir qu'il collecte puis redistribue, à des riverains, des produits alimentaires invendus dans le cadre d'une association qu'il préside et n'avoir pas donné aux enfants de la nourriture périmée, ne conteste pas la présence de nourriture périmée à son domicile, de sorte que ces faits doivent être regardés comme établis.
14. Enfin, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le faible nombre de jouets dont dispose le requérant, dont certains sont en mauvais état. Certes, il ressort du compte-rendu précité, établi à la suite de la visite domiciliaire du 7 octobre 2020, que dans la chambre de l'une des enfants prise en charge par le requérant, il n'y a " pas de peluches dans le lit " et que les jouets sur le palier sont " disparates et peu accessibles, seule une petite cuisine et un piano sont à portée de jeu ". Toutefois, le requérant fait valoir qu'au cours de sa visite, son employeur n'a pas cherché à se faire montrer l'ensemble des jouets disponibles au domicile. En outre, ainsi qu'il le soutient, lors de précédentes visites domiciliaires en mai et novembre 2019, il avait été relevé que, le nombre de jouets disponibles au sein de son domicile était suffisant. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que les faits reprochés sont entachés d'inexactitude matérielle.
15. Toutefois, les autres manquements opposés à M. F, dont la matérialité est justifiée, comme exposé aux points précédents, suffisent à établir que celui-ci n'accueillait pas à son domicile l'enfant qui lui avait été confiée dans des conditions lui garantissant sécurité, santé et épanouissement tel qu'imposé par l'article L. 421-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au département de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La rapporteure,
C. B
La présidente,
J. JIMENEZLe greffier,
C. CHAUVEY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2104216
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026