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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104279

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104279

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLOUISA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, Mme D H, représentée par Me Louisa, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 28 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2022.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 février et le 16 mars 2022, Mme H, représentée par Me Louisa, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- elle est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans la prise en compte de la durée de sa présence en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire pendant deux ans est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.

Le bureau d'aide juridictionnelle a prononcé la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme H par une décision du 25 janvier 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juin 2022 :

- le rapport de Mme I ;

- et les observations de Me Louisa, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Compte tenu de leur objet, il y a lieu de joindre les requêtes susvisées présentées par Mme H pour statuer par un jugement commun.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme H, ressortissante haïtienne née le 29 septembre 1981, demande d'une part, par la requête susvisée au I, l'annulation de la décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de titre de séjour présentées le 28 septembre 2020, et d'autre part, par la requête susvisée au II, l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet a explicitement rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H dans le cadre de sa requête susvisée au I doivent être regardées comme étant dirigées contre l'arrêté exprès du 30 mars 2021 qui s'est substitué à la décision par laquelle a été implicitement rejetée sa demande de titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté du 22 février 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 24 février 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme G F, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, assorties ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, sur le fondement duquel Mme H a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et expose les considérations de faits sur lesquelles le préfet s'est fondé pour considérer que la situation de l'intéressée ne justifiait pas une admission exceptionnelle au séjour, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-14, désormais repris à l'article L. 435-1, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".

7. Si Mme H soutient résider en France depuis 2009, donc depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, et verse à l'appui de ce moyen un grand nombre de document de natures diverses, aucun de ces documents ne permet et justifier de sa présence en France durant les périodes, de plus de six mois, comprises entre les mois d'août 2012 à mars 2013, d'octobre 2017 à juin 2018 et de novembre 2018 à juillet 2019. Dans ces conditions, Mme H de démontre pas résider en France habituellement depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée ne pouvait intervenir sans saisine préalable de la commission du titre de séjour.

8. En quatrième lieu, d'abord, si Mme H soutient que le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'elle ne justifiait pas de la date de son entrée en France le 9 juillet 2009, la requérante ne produit aucune pièce justifiant de son entrée sur le territoire national à cette date. Ensuite, si le préfet a indiqué que les deux enfants de B H étaient mineures, alors que sa fille résidant en France est âgée de vingt-deux ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette erreur aurait pu avoir une influence sur la décision de refus de titre de séjour. Enfin, si le préfet indique que Mme H ne fait valoir aucune attache familiale en France, alors que notamment sa fille majeure y réside, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence d'élément de nature à démontrer la nécessité de la présence de sa mère à ses côtés, que cette erreur aurait eu une incidence sur l'appréciation porté par le préfet sur la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés des erreurs de fait commises par le préfet doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".

10. Mme H se prévaut de ce qu'elle réside habituellement en France depuis douze ans, de la présence sur le territoire de sa fille majeure, de sa sœur et de son frère, français ou titulaire d'une carte de résident, et de ce qu'elle travaille en qualité d'aide-ménagère pour des particuliers. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 7 que la présence continue depuis 2009 de Mme H en France n'est pas établie. En outre, si la requérante soutient sans l'établir que sa fille dépend d'elle financièrement, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est majeure et il n'est allégué aucune circonstance, médicale notamment, qui justifierait la nécessité de la présence de sa mère à ses côtés. Enfin, si la requérante fait valoir qu'elle travaille, elle verse à l'instance seulement dix bulletins de salaires entre 2018 et 2020, le préfet en ayant pris en compte dix-huit entre 2019 et 2020, ce qui n'est pas suffisant pour considérer que Mme H serait professionnellement intégrée dans la société française. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard des dispositions de cet article, en refusant son admission au séjour.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11, désormais repris à l'article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. () ".

12. Compte tenu, d'une part, de ce qui a été dit au point 10 et, d'autre part, de ce qu'il ressort des pièces du dossier que la requérante ne serait pas isolée en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu pendant vingt-huit ans et où réside toujours son autre fille mineure, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas davantage, en tout état de cause, méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.

13. En septième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé, pour refuser le séjour à Mme H, sur la circonstance que celle-ci a fait l'objet, le 29 juillet 2016, d'une obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été exécutée, et estimé que l'intéressée " ne saurait se prévaloir d'une présence sur le territoire national en violation de la loi ; qu'ainsi Mme H ne peut être regardée comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de ladite mesure ; qu'au cas d'espèce l'intéressée ne peut donc se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national depuis lors ". Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière. Par suite, le préfet a commis une erreur de droit en considérant que les années de résidence de Mme H sur le territoire français, qui sont antérieures à la date d'exécution d'office de la mesure d'éloignement prononcée le 29 juillet 2016, ne pouvaient être prises en compte dans l'appréciation de la durée de présence en France de l'intéressée. Cependant, il ressort des pièces du dossier et des autres motifs de l'arrêté contesté, en particulier au regard de ce qui a été indiqué aux points 7, 10 et 12, et compte tenu de ce que la requérante ne fait pas valoir d'éléments, se rapportant notamment à son insertion professionnelle, qui n'auraient pas été pris en compte par le préfet, que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

14. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 (). " Aux termes de l'article R. 312-2 alors en vigueur du même code : " Le préfet () saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles () L. 313-11, () à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

15. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 12 Mme H ne remplissait pas les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte du dixième alinéa du I de l'article L. 511-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, que si la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus, comme en l'espèce, au 3° du I. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français d'une insuffisance de motivation.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté.

18. En troisième lieu, Mme H ne démontrant pas l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

19. Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

20. Mme H soutient qu'elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours compte tenu de la durée de sa présence en France. Toutefois, cette circonstance n'est pas à elle seule susceptible de justifier l'octroi d'un délai volontaire supérieure à trente jours. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

22. Si Mme H se prévaut de considérations générales relatives à la situation politique et sanitaire en Haïti, elle ne fait valoir aucun élément précis de nature à démontrer que sa vie ou sa liberté y serait menacées, alors qu'il ressort au demeurant des pièces du dossier que la demande d'asile qu'elle avait formée en 2009 a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 24 février 2010 et par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 6 avril 2011. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, applicable à Mme H dès lors qu'elle bénéficie d'un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () ". Aux termes du huitième alinéa de cet article : " La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

24. Compte-tenu de la présence en France de la fille de Mme H, de nationalité française et âgée de vingt-deux ans, et non mineure comme l'indique le préfet dans la décision attaquée, et de l'absence de menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France, la requérante est fondée à soutenir que la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant deux ans est entachée d'une inexacte application des dispositions du III de l'article L. 511-1 précité. Par suite, Mme H est fondée à demander l'annulation de cette décision.

25. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 30 mars 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis sera annulé uniquement en tant qu'il interdit le retour de Mme H sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

26. Le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme H doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme H au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 mars 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux années est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme H est annulé.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Hoffmann, président,

Le Garzic, vice-président,

Mme Van Maele, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

S. I

Le président,

Signé

M. E

M. A La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2104279, 2202849

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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