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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104581

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104581

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2021, M. A B, représenté par Me Leboul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de frais " irrépétibles " d'un montant de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- en l'absence de production de l'avis médical, le tribunal n'est pas en mesure de vérifier l'identité et la compétence de ses signataires, ainsi que leur désignation pour le dossier de l'intéressé ;

- la procédure est irrégulière faute de pouvoir vérifier l'existence et les mentions du rapport du médecin de l'OFII, sa transmission au collège des médecins et la compétence du médecin ayant rédigé le rapport médical ;

- la procédure est irrégulière faute de pouvoir vérifier que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII ;

- la procédure est irrégulière faute de pouvoir s'assurer de la collégialité de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues faute de pouvoir s'assurer de l'authentification des signataires de l'avis du collège de médecins ;

- la décision contestée a méconnu les stipulations de l'alinéa 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a méconnu les stipulations des alinéas 1 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle a méconnu celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur la décision de refus de séjour elle-même entachée d'illégalité ;

- elle a méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Khiat, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, né le 25 septembre 1968 à Ain Benian (Algérie), déclare être entré en France le 8 août 1999. Il a sollicité, le 7 mai 2019, le renouvellement de son certificat de résidence pour raisons de santé sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 16 juillet 2020, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions refusant le renouvellement d'un certificat de résidence et d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions en litige comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. En outre, il ressort de leurs motifs que le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, le requérant soutient que la procédure est irrégulière faute de production par le préfet de l'avis du collège de médecins de l'OFII. Cependant, l'arrêté contesté indique expressément qu'" une copie est jointe à la présente décision ", et l'intéressé ne justifie ni même n'allègue, dans l'hypothèse de l'absence de cet avis dans le pli reçu, qu'il aurait accompli les diligences nécessaires pour obtenir la communication de cette pièce auprès des services préfectoraux. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure qui résulteraient de l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII doivent être écartés.

4. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté a fait sien l'avis du collège de médecins de l'OFII en s'en appropriant les termes n'implique pas que le préfet s'est estimé lié par cet avis. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit faute d'avoir exercé son pouvoir d'appréciation.

5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande de titre de séjour sur les fondements des stipulations des 1) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ou que le préfet les ait examinés d'office. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

7. Pour refuser à M. B le renouvellement du certificat de résidence dont il bénéficiait, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 27 septembre 2019 selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. Le requérant n'apporte pas le moindre élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, la décision refusant à M. B la délivrance d'un certificat de résidence n'a pas méconnu les stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre n'a pas méconnu les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. B soutient qu'il réside en France en 1999, il ne le justifie pas. En outre, celui-ci est célibataire, sans charges de famille et n'établit pas qu'il serait dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle sur le sol français. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de M. B en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas, à cet égard, davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En septième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 312-2 renvoient ou de dispositions équivalentes contenues dans l'accord franco-algérien. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit que M. B ne justifie pas remplir les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement demandé des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

11. En huitième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En neuvième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions lui refusant le renouvellement de son certificat de résidence et l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un défaut de motivation.

15. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

16. Le requérant n'avance pas le moindre élément tendant à établir qu'il serait l'objet de persécutions en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

Y. Khiat

Le président,

M. C

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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