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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104682

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104682

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMELIODON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2021, M. B A, représenté par Me Meliodon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence ;

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- la décision qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il produit les preuves de sa présence en France depuis 2014 ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application de l'article 2.2 de la circulaire du

28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa vie personnelle ;

Par une ordonnance du 13 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 juin 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 23 mars 1986 à Maféré (Côte-d'Ivoire), a sollicité, le 2 décembre 2019, son admission exceptionnelle au séjour. Il demande l'annulation des décisions du 10 décembre 2020 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En vertu des dispositions combinées de deux arrêtés n° 2020-1515 du 31 juillet 2020 et 2020-2175 du 2 octobre 2020, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 31 juillet 2020 et 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme E D, signataire des décisions attaquées, délégation de sa signature à l'effet de signer de telles décisions, en cas d'absence ou d'empêchement de personnes dont il n'est pas établi ni même allégué qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date à laquelle ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait entaché d'incompétence doit être écarté.

3. La décision qui refuse la demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant mentionne notamment, en droit, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur et précise, en fait, que M. A vit en concubinage et sans charge de famille, qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante et que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le

9 septembre 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2017. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, cette décision fait référence aux dispositions des 3° et 5° du I de l'article L. 511-1 du même code, alors en vigueur. Elle est, dès lors, suffisamment motivée en droit et n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en vertu des dispositions du dixième alinéa du même article. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses doit être écarté.

4. Les énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent uniquement des orientations générales adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et non des lignes directrices dont les intéressés pourraient utilement se prévaloir devant le juge. Dès lors que cette circulaire ne comporte aucune interprétation d'une règle de droit positif ou de description des procédures administratives au sens des dispositions précitées, l'insertion par la loi du 10 août 2018 d'un nouvel article L. 312-3 dans le code des relations entre le public et l'administration ne saurait avoir eu pour effet de rendre ces orientations générales opposables aux administrés. Ainsi, M. A ne peut utilement soutenir que le refus de titre de séjour litigieux serait entaché d'une erreur de droit à raison de ce qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer un tel titre sur le fondement des dispositions de ladite circulaire.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'article L. 313-14 du code de l'entrée du séjour et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dispose : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

6. M. A qui ne produit qu'une seule pièce au titre de l'année 2014 ne peut être regardé comme justifiant de sa présence habituelle en France que depuis septembre 2015. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en déniant sa présence habituelle en France en 2014.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la présence en France du requérant est limitée à une durée de l'ordre de cinq années seulement à la date des décisions litigieuses. M. A ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du

19 juillet 2017. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a eu un enfant avec une compatriote, né en France le 20 septembre 2019 et décédé le 21 novembre 2019, inhumé en France, cette circonstance, pour douloureuse qu'elle soit, ne caractérise toutefois pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, si M. A fait valoir son intégration professionnelle et produit des bulletins de salaire de décembre 2016 à novembre 2020 attestant de son activité d'agent de sécurité, cette intégration professionnelle sur une durée légèrement inférieure à quatre ans seulement à la date de la décision attaquée, ne caractérise pas non plus des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevé contre le refus de titre de séjour et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que les deux décisions litigieuses emportent sur la vie personnelle de M. A doivent être écartés. Pour les mêmes motifs et alors, d'une part, que le requérant n'apporte aucune précision sur la consistance de sa vie privée et familiale en France à la date des décisions critiquées et d'autre part, qu'en soutenant que sa situation en France doit " prévaloir sur le peu de famille dont il dispose dans son pays d'origine ", M. A ne peut être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans ce pays, les décisions litigieuses, n'ont pas, au regard des buts en vue desquels elles ont été prises, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Charageat, premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Fait à Montreuil, le 5 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

L. C

L'assesseur le plus ancien,

Signé

D. CharageatLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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