lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2105050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PETER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 avril et 22 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Peter puis Me Cartier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait du refus de renouvellement de son titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- alors qu'il remplissait les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence de 10 ans dans le cadre de la procédure de regroupement familial, il s'est vu délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an valable du 14 mars 2019 au 13 mars 2020, en méconnaissance des stipulations des articles 4, 7bis d) et 9 de l'accord franco-algérien ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au vu du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- aucune poursuite n'a été engagée à son encontre pour les faits mentionnés par le préfet dans son arrêté et ce dernier ne pouvait au demeurant en tenir compte pour refuser de lui délivrer un certificat de résidence ;
- le préfet n'était pas compétent pour vérifier la condition " liée au mariage " et aucune fraude n'est établie en l'espèce ;
- le préfet ne pouvait pas faire application des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien alors qu'il est entré en France dans le cadre de la procédure de regroupement familial ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. B.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 25 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par le requérant dans son mémoire complémentaire, en l'absence de dépôt d'une demande indemnitaire préalable adressée à l'Etat de nature à lier le contentieux, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 12 février 1987, est entré en France le 23 janvier 2018, muni d'un visa de long séjour, au titre du regroupement familial, pour rejoindre son épouse, elle-même titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, expirant le 8 juillet 2025. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour dans le mois suivant la date de son arrivée. Un certificat de résidence d'un durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivré le 14 mars 2019 par le préfet du Val-d'Oise, valable jusqu'au 13 mars 2020. M. B a déposé le 4 septembre 2020 auprès des services du préfet de la Seine-Saint-Denis une demande de renouvellement de ce titre de séjour, qui a été rejetée par une décision du 19 mars 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les concluions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente (.) ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France au titre du regroupement familial. ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Sans préjudice des stipulations du Titre I du protocole annexé au présent accord et de l'échange
de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour
inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".
4. La circonstance que M. B aurait dû se voir délivrer, le 14 mars 2019, sur le fondement des stipulations combinées des articles 4, 7bis (d) et 9 de l'accord franco-algérien précitées, un certificat de résidence d'une durée de dix ans et non un certificat de résidence d'une durée d'un an, dès lors que son épouse, dont il n'était alors pas séparé, était titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 19 mars 2021 à la suite de la demande de renouvellement de son précédent titre de séjour présentée par l'intéressé. Au demeurant, M. B n'a pas contesté la décision du 14 mars 2019 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a délivré un certificat de résidence d'une durée d'un an, dont la validité expirait le 13 mars 2020. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir, à l'encontre de l'arrêté attaqué du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 19 mars 2021, que le préfet du Val-d'Oise aurait, dans sa décision du 14 mars 2019, méconnu les stipulations des articles 4, 7bis d) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
5. En troisième lieu, le regroupement familial, lorsqu'il est autorisé au profit du conjoint d'un ressortissant algérien résidant en France, a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, ainsi qu'il résulte notamment des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Il en résulte que le préfet peut légalement se fonder sur la rupture de la vie commune pour rejeter la demande de délivrance d'un titre de séjour fondée sur les stipulations précitées.
6. Il ressort des pièces du dossier que la vie commune entre les époux a cessé au mois de novembre 2019. Dès lors, à la date de l'arrêté contesté, la vie commune entre les époux, au sens des dispositions précitées de l'accord franco-algérien ayant cessé, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B au titre du regroupement familial sans méconnaître les stipulations précitées des articles 4 et 7bis(d) de l'accord franco-algérien.
7. En quatrième lieu, aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : " au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
8. Le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a examiné sa situation au regard des dispositions précitées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Cependant, le préfet a fait application de ces stipulations après avoir relevé que le requérant ne pouvait plus se prévaloir, du fait de la rupture de la vie commune avec son épouse, de son droit au séjour au titre du regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
9. En cinquième lieu, pour prendre la décision de refus de séjour attaquée, le préfet, après avoir indiqué que la vie commune des époux avait cessé, a relevé que M. B était connu des services de police pour des faits de violence et harcèlement sur conjoint. Si le requérant, qui ne conteste pas la matérialité de ces faits, soutient qu'ils n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales, il résulte de l'instruction que le préfet que le préfet aurait, en tout état de cause, pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 b) franco-algérien modifié : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ".
11. Il ressort des motifs de la décision contestée, qui ne sont pas contestés par le requérant, que le contrat de travail qu'il a présenté n'a pas été visé par les services de la main d'œuvre étrangère. Par suite, le requérant, qui n'est pas autorisé à travailler en France, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien susvisé en refusant de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ".
12. En septième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années ".
13. M. B n'établissant pas qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour au titre de l'article 7 de l'accord franco-algérien, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations précitées au point 12, nonobstant sa présence en France depuis plus de trois années à la date de la décision attaquée.
14. En dernier lieu, M. B se prévaut de sa présence en France depuis le 23 janvier 2018 et de son insertion professionnelle depuis cette date, en produisant des fiches de paye pour des missions de travail temporaire en qualité de " préparateur de commandes " effectuées en 2018 et 2019, ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet pour un emploi d'équipier de commerce dans un supermarché. Toutefois, alors qu'il est désormais séparé de son épouse et qu'aucun enfant n'est né de son union avec cette dernière, les éléments dont il fait état sont insuffisants pour établir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
16. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dans sa rédaction applicable à la date d'introduction de la requête : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
17. M. B demande que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il soutient avoir subis du fait de l'illégalité fautive du refus implicite de renouvellement de son titre de séjour. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait préalablement au dépôt de son recours formé une demande indemnitaire préalable, et qu'une décision ait été prise sur une telle demande par l'administration avant que le juge statue. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. B n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent être accueillies.
Sur les frais de l'instance :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
N. D
Le président,
Signé
M. C
La greffière
Signé
S. le Bourdiec
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026