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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105273

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105273

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2021 et le 7 février 2022, M. D, représenté par Me Traore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français : elles sont insuffisamment motivées ; elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- à titre subsidiaire, il est éligible au séjour au titre de son activité salariée, en application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant indien né le 16 août 1982 à Bangalore, a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 5 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des 4° et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent les fondements de la décision de refus de titre de séjour en litige. En, outre, cet arrêté, qui n'est pas stéréotypé, expose avec une précision suffisante les éléments relatifs à la situation du requérant pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui fait suite à un refus de titre de séjour et a ainsi pour fondement les dispositions du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de ce refus de titre. Par suite, alors qu'au demeurant ces dispositions sont visées dans l'arrêté, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur la circonstance que le requérant ne pouvait justifier d'une communauté de vie stable et durable en France avec son épouse de nationalité française et qu'il conservait des attaches familiales en Inde, son pays d'origine.

5. D'une part, M. C ne justifie pas ni même n'allègue qu'à la date de l'arrêté attaqué il cohabitait avec son épouse. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et notamment de contrats de bail se rapportant à un logement situé dans la commune d'Aulnay-sous-Bois qu'il a souscrits en décembre 2018, janvier 2020 et janvier 2021, d'un échéancier établi en septembre 2020 par un fournisseur d'électricité et d'une quittance de loyer datée du 5 janvier 2021, qu'il résidait en qualité de colocataire avec un tiers dans un logement situé dans la commune d'Aulnay-sous-Bois. En outre, s'il se prévaut de la poursuite de la communauté de vie affective avec son épouse en faisant valoir qu'il continue de recevoir ses courriers au domicile commun et en invoquant la conservation d'un centre d'intérêts matériel et financier au domicile commun, en tout état de cause il n'apporte aucun élément pour étayer ses allégations. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement estimer qu'en l'espèce la communauté de vie entre le requérant et son épouse avait cessé. Il suit de là que les dispositions précitées du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de ce qui est dit au point 5 que le requérant est sans charge de famille et qu'il ne peut se prévaloir d'attaches familiales d'une très grande intensité sur le territoire français. En outre, l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, mentionne que plusieurs membres de sa famille, dont ses parents, résident dans son pays d'origine. Enfin, si le requérant établit exercer une activité professionnelle depuis le mois de décembre 2019, il n'en résulte pas qu'il pourrait se prévaloir d'une insertion professionnelle très significative en France, où il serait entré à l'âge de trente-trois ans. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement estimer que la décision de refus de séjour ne porterait pas au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus. Il suit de là que les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce notamment que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait examiné d'office la situation du requérant sur ce fondement. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir qu'il pourrait prétendre, compte tenu de son activité salariée, à un titre de séjour au regard de ce texte ni en tout état de cause au regard de la circulaire du ministre de l'intérieur en date du 28 novembre 2012.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce précède que le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour entrainerait l'annulation de la décision d'éloignement ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le rapporteur,

D. A

La présidente,

J. JimenezLa greffière,

L. Vilmen

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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