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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105330

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105330

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 avril 2021 et le 10 mai 2021, M. D, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai de cinq jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser, soit à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, soit à lui-même, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen complet et personnalisé ; la commission du titre de séjour n'a pas été consultée, en méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur de droit en ce qui concerne le calcul de son ancienneté de séjour et dans l'application de l'article L. 313-14 précité ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- en ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire : elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle est illégale, compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français : cette décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur d'appréciation ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les éléments qu'il produit sont de nature à écarter les moyens soulevés dans la requête.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Par une décision du 8 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté, pour caducité, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Bernard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 30 juin 1983 à Jaffna, a déposé le 21 janvier 2020 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 juillet 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 8 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté, pour caducité, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C. Par suite, les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de régularisation présentée par M. C au titre de la qualité de salarié, après avoir estimé que ce dernier ne pouvait se prévaloir d'une ancienneté de séjour en France antérieure à la date limite d'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 2 mai 2018 et qu'il exerçait la profession de plongeur-commis de cuisine depuis le 1er octobre 2018. Toutefois, le requérant justifie avoir également exercé cette activité avant cette date et en particulier au cours des années 2016 et 2017. Il établit d'ailleurs avoir obtenu la validation pour ces deux années de l'ensemble des trimestres pris en compte pour le calcul des droits à l'assurance vieillesse. Par suite, M. C peut se prévaloir de l'erreur de droit commise par le préfet de la Seine-Saint-Denis dans le calcul de sa durée de présence en France ainsi que du défaut d'examen complet de sa situation professionnelle, qui en l'espèce sont de nature à entrainer l'annulation de la décision de refus de titre de séjour en litige.

4. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour attaqué et, par suite, des décisions subséquentes prises par l'arrêté en litige. Il suit de là que ces décisions doivent être annulées, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique que l'autorité administrative réexamine la situation de M. C. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Ainsi qu'il a été dit, M. C n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. C.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 23 juillet 2020 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le rapporteur,

D. A

La présidente,

J. JimenezLa greffière,

L. Vilmen

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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