LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105356

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105356

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés les 23 avril 2021, 2 juillet 2021 et 21 août 2023, Mme A E, représentée par Me Gorand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2021 portant licenciement en fin de stage ;

2°) de condamner la commune du Blanc-Mesnil à lui verser une somme de 126 819,38 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 4 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre à ladite commune de la réintégrer dans son cadre d'emploi et de la titulariser dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de la réintégrer en qualité de stagiaire pour une durée n'excédant pas six mois dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) et de mettre à la charge de la commune du Blanc-Mesnil le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 4 mars 2021 est entaché de plusieurs illégalités :

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié de la formation obligatoire de six mois délivrée par le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ;

- il est entaché d'un second vice de procédure dans la mesure où elle a été licenciée sans que le CNFPT ne rende un rapport ;

- il est fondé sur des faits matériellement inexacts ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- du fait de l'illégalité de cette décision, elle a subi plusieurs préjudices :

- un préjudice financier, tiré de l'absence de perception de sa rémunération et évalué à 120 819, 38 euros ;

- un préjudice moral et un trouble dans les conditions d'existence, évalués à 15 000 euros ;

- un préjudice de carrière et une perte de chance d'être titularisée, évalués à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la commune du Blanc-Mesnil, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme E une somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté n'est pas entaché d'illégalité ;

- à titre principal, à défaut d'illégalité, la commune du Blanc-Mesnil n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ;

- à titre subsidiaire, les préjudices allégués sont sans lien direct avec les fautes invoquées par Mme E ; au surplus, les préjudices ne sont pas établis.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,

- le décret n° 2006-1391 du 17 novembre 2006,

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- les observations de Me Akli, substituant Me Gorand et représentant Mme E ;

- et les observations de Me Benmerad, substituant Me Cazin et représentant la commune du Blanc-Mesnil.

Une note en délibéré a été enregistrée pour le compte de Mme E le 13 mars 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 31 janvier 2019, Mme A E a été recrutée par la commune du Blanc-Mesnil en qualité de gardien-brigadier stagiaire dans le cadre d'emploi des agents de police municipale à compter du 1er février 2019. Placée en congé de maladie ordinaire puis en congé de maternité pour une durée de 260 jours, son stage a été prolongé pour une période d'une année à compter du 1er février 2020. Par un arrêté du 4 mars 2021, le maire de la commune du Blanc-Mesnil a refusé de la titulariser et a procédé à son licenciement à compter du 1er avril 2021. Par la présente requête, Mme E sollicite l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2021 portant licenciement et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 mars 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 17 novembre 2006, dans sa rédaction alors applicable : " Les agents de police municipale constituent un cadre d'emplois de police municipale de catégorie C au sens de l'article 5 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Ce cadre d'emplois comprend les grades de gardien, de brigadier et de brigadier-chef principal. () ". Aux termes de l'article 3 du même décret, dans sa rédaction alors applicable : " Le recrutement en qualité de gardien de police municipale intervient après inscription sur la liste d'aptitude établie en application des dispositions de l'article 36 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Les candidats inscrits sur la liste d'aptitude prévue à l'article 3 et recrutés par une commune ou un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre sont nommés gardiens de police municipale stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an. / Le stage commence par une période obligatoire de formation de six mois organisée par le Centre national de la fonction publique territoriale et dont le contenu est fixé par décret. () ". Enfin, l'article 5 du décret du 4 novembre 1992 prévoit : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. () ".

3. En l'espèce, Mme E soutient qu'elle n'a pas bénéficié de l'intégralité de la formation obligatoire de six mois organisée par le Centre national de la fonction publique territoriale et que cette formation n'a débuté que le 6 janvier 2021 et non dès le début de son stage. La commune du Blanc-Mesnil allègue, d'une part, qu'elle était en droit de licencier pour insuffisance professionnelle Mme E dès lors que celle-ci avait effectué plus de la moitié de la durée normale de son stage. Toutefois, cette durée minimale, qui est donc de six mois, ne peut faire obstacle à la réalisation complète de la formation obligatoire prévue par l'article 5 du décret du 17 novembre 2006, qui est également d'une durée de six mois. D'autre part, la commune du Blanc-Mesnil fait valoir que l'ensemble des formations organisées par le CNFPT ont été reportées du fait de la crise sanitaire et qu'il était donc matériellement impossible que Mme E puisse suivre ladite formation antérieurement. Toutefois, Mme E a été recrutée en qualité de stagiaire le 1er février 2019 et n'a été placée en congé de maladie qu'à compter du 21 mai de la même année. Or, la commune du Blanc-Mesnil ne justifie pas de motifs expliquant pourquoi l'intéressée n'a pas bénéficié de ladite formation obligatoire dès l'entrée en stage. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que Mme E a été inscrite à la session de formation obligatoire du mois de mai 2020, la commune du Blanc-Mesnil ne justifie d'aucune démarche en vue de l'inscrire à une formation antérieurement, à l'exception du mois de septembre 2020 en réponse à une demande de l'intéressée. Ce faisant, Mme E est fondée à soutenir que l'arrêté du 4 mars 2021 est entaché d'une erreur de droit.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 17 novembre 2006 : " La titularisation des stagiaires intervient, par décision de l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination, à la fin du stage mentionné à l'article 5, au vu notamment d'un rapport établi par le président du Centre national de la fonction publique territoriale sur le déroulement de la période de formation. / Lorsque la titularisation n'est pas prononcée, le stagiaire est soit licencié s'il n'avait pas auparavant la qualité de fonctionnaire, soit réintégré dans son cadre d'emplois, corps ou emploi d'origine. ".

5. En l'espèce, et ainsi que le soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que le Centre national de la fonction publique territoriale n'a pas établi de rapport sur le déroulement de la formation de Mme E, dès lors que celle-ci n'avait pas achevé ladite formation. L'arrêté du 4 mars 2021 est donc entaché d'un vice de procédure.

6. En troisième lieu, la requérante soutient que les faits fondant l'arrêté du 4 mars 2021 portant licenciement en fin de stage sont matériellement inexacts. Elle fait valoir, à cet égard, qu'elle n'a pas bénéficié de conditions de stage normales et que les rapports produits par la commune du Blanc-Mesnil sont empreints de partialité. S'agissant des conditions dans lesquelles s'est déroulé ledit stage, Mme E fait valoir qu'elle n'a pas bénéficié d'un uniforme à sa taille antérieurement à son congé maternité dans un délai acceptable et qu'à son retour dudit congé, elle n'a pu utiliser qu'un uniforme de taille 5XL, soit un uniforme trop grand pour sa morphologie. Toutefois, la commune du Blanc-Mesnil produit une fiche de dotation habillement concernant l'intéressée attestant que celle-ci a reçu des équipements de grande taille le 1er et le 10 février 2019 puis de taille plus restreinte le 19 juin 2020. La commune du Blanc-Mesnil produit également un procès-verbal établi par M. B, brigadier-chef principal, au terme duquel il ressort que l'intéressée a bénéficié, sur sa demande, d'un nouvel équipement au mois de septembre 2020. Dans ces conditions, il n'est pas établi que Mme E n'aurait pas bénéficié d'un équipement adapté à la réalisation de son stage. En tout état de cause, le caractère éventuellement inadapté dudit uniforme est sans lien avec les motifs fondant le licenciement litigieux. Par ailleurs, si Mme E fait également valoir que ses supérieurs hiérarchiques l'ont contrainte à se vêtir au sein des locaux de la police municipale avant de se rendre au centre de supervision urbaine, où elle exerçait ses fonctions, la matérialité de cette allégation n'est pas établie par les pièces du dossier. Enfin, la requérante soutient qu'elle n'a pas été autorisée à se vêtir en civil pendant sa grossesse. Toutefois, et ainsi que le soutient en défense la commune, il n'est pas établi que l'uniforme réglementaire des agents de police municipale de la commune du Blanc-Mesnil serait incompatible avec un état de grossesse. Dans ces conditions, Mme E n'établit pas que les conditions de son stage auraient été anormales ou même empreintes de discrimination à son égard.

7. Par ailleurs, Mme E soutient que la décision attaquée est fondée sur des évaluations et des rapports empreints de partialité à son égard et donc matériellement inexacts. Elle fait tout d'abord valoir que les deux rapports du 29 septembre 2020 mentionnant qu'elle aurait refusé de participer à une patrouille en vélo tout-terrain le 14 septembre 2020 sont faux. Elle produit, à ce titre, une photographie envoyée à son conjoint, une capture d'écran d'un compte rendu et souligne que lesdits rapports ont été rédigés quinze jours après les faits. Or, en l'espèce, la réalité des faits litigieux est établie par deux rapports de M. G, brigadier-chef principal, et Mme C, brigadier, par une fiche d'intervention du même jour établissant que Mme E se trouvait dans un véhicule de service et non en vélo tout-terrain, ainsi que le rapport de M. D, gardien brigadier. Par ailleurs, et ainsi que le soutient la commune du Blanc-Mesnil, les documents produits par Mme E sont dépourvus de valeur probante dès lors que la photographie susmentionnée ne permet pas d'identifier que celle-ci se trouve sur un vélo tout-terrain et que la capture d'écran produite, ni datée ni contextualisée, ne permet pas d'établir la nature et l'authenticité de ce document. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que les rapports du 29 septembre 2020 sont entachés d'inexactitude matérielle.

8. D'autre part, si l'intéressée soutient qu'un rapport a été versé à son dossier administratif alors qu'il ne concerne pas sa manière de servir mais celle d'un autre agent du service, cette circonstance est sans incidence sur le présent litige dès lors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la décision attaquée serait fondée sur cet élément.

9. Enfin, Mme E fait valoir que les évaluations réalisées au cours de son stage ne reflètent pas la réalité de sa manière de servir. Elle soutient que deux d'entre eux sont antidatés et ont été réalisés le même jour, soit le 8 octobre 2020. Elle produit, par ailleurs, un échange de courriers électroniques entre le directeur des ressources humaines de la commune du Blanc-Mesnil et le directeur de la police municipale du 23 septembre 2020 où est évoquée l'éventualité d'un refus de titularisation et d'un licenciement de celle-ci. Or, ainsi que le soutient la commune en défense, il ressort des évaluations litigieuses que deux d'entre elles ont été réalisées le

8 octobre 2020 et notifiées à Mme E les 8 et 9 octobre 2020. La troisième évaluation a été réalisée le 19 novembre suivant et notifiée à la requérante le jour même. Mme E ne produit aucun élément permettant d'estimer que l'un des deux rapports du 8 octobre 2020 aurait été réalisé à une date antérieure ou ultérieure, alors que celle-ci a au demeurant signé ses évaluations. Enfin, l'échange de courriels produit ne permet pas, à lui seul, d'établir que le directeur des ressources humaines de la commune du Blanc-Mesnil et le directeur de la police municipale se seraient entendus en vue de procéder à son licenciement près d'une année avant la fin de son stage et qu'ils auraient orchestré celui-ci.

10. Il résulte de ce qui a été dit des points 6 à 9 que Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse est fondée sur des faits matériellement inexacts.

11. En dernier lieu, l'article 46 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " () L'agent peut être licencié au cours de la période de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire et après avis de la commission administrative paritaire compétente ".

12. En l'espèce, Mme E fait valoir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son aptitude professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune du Blanc-Mesnil a refusé de la titulariser au motif que celle-ci a adopté un comportement inadapté à l'exercice de ses fonctions, à savoir des manquements répétés à son obligation d'obéissance hiérarchique et son devoir de loyauté caractérisés par des critiques publiques de son supérieur hiérarchique direct et du fonctionnement du service ainsi que des refus opposés à des ordres. Ces reproches sont fondés sur plusieurs rapports concordants, dont notamment ceux de Mme C en date du 12 et 14 septembre 2020 ainsi que du

18 novembre 2020, de M. G du 14 septembre 2020, de M. F du 18 novembre 2020, de MM. Barat et Zimmerman du 18 avril 2020 ainsi que celui de Mme H en date du même jour. Par ailleurs, ces rapports, faisant état de difficultés systématiques de comportement de Mme E incompatibles avec l'exercice de ses fonctions d'agent de police municipale, sont corroborés par ses évaluations de stage. Afin d'établir son aptitude professionnelle, la requérante fait valoir que ses évaluations antérieures, en qualité d'adjoint de sécurité au sein de la police nationale, sont élogieuses et qu'elle a reçu à deux reprises des lettres de félicitations pour des interventions. Toutefois, la seule circonstance qu'elle ait donné satisfaction dans des fonctions différentes ne permet pas d'établir qu'elle justifierait d'une aptitude professionnelle suffisante pour être titularisée en qualité de gardien-brigadier de police municipale. Mme E fait également valoir que M. F, brigadier, a attesté de son sérieux et de sa motivation dans un rapport du 18 novembre 2020. Toutefois, il ressort également de ce rapport que celui-ci mentionne des " écarts de conduite " récurrents, des critiques publiques de son supérieur hiérarchique et un manque de discrétion professionnelle. Enfin, si Mme E fait valoir que la commission administrative paritaire a émis un avis défavorable à son licenciement au motif que la présente décision serait fondée sur un conflit de personnes et non une insuffisance professionnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier que le comportement inadapté de Mme E est sans lien avec un seul conflit de personnes mais relève d'un comportement général de nature à justifier que soit constatée son insuffisance professionnelle. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de licenciement litigieuse est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son aptitude professionnelle.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme E est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2021 par lequel elle a été licenciée en fin de stage, celui-ci étant entaché d'une erreur de droit et d'un vice de procédure.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Toute illégalité étant constitutive d'une faute, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 que l'engagement de la responsabilité de la commune du Blanc-Mesnil peut être recherchée en raison de ces illégalités.

15. En premier lieu, Mme E sollicite que la commune du Blanc-Mesnil soit condamnée à réparer le préjudice financier né de la perte de rémunération qu'elle a subie. Elle sollicite, à ce titre, le différentiel entre sa rémunération moyenne en qualité de gardien-brigadier stagiaire et l'indemnité chômage à laquelle elle a pu prétendre et ce, pour une période de cinq années. Toutefois, l'agent public, stagiaire ou titulaire, n'a droit à l'indemnisation, au titre de la perte de revenus, que pour la période d'éviction irrégulière. Or, en l'espèce, Mme E a été nommée stagiaire à compter du 1er février 2019. Son stage aurait donc dû prendre fin au 31 janvier 2020. Toutefois, par un arrêté du 24 septembre 2020, son stage a été renouvelé pour une période d'une année à compter du 1er février 2020. Ce faisant, le stage de l'intéressée aurait dû être échu à la date du 31 janvier 2021. Dès lors que Mme E a été licenciée à compter du 1er avril 2021, elle ne peut se prévaloir d'aucun préjudice tiré d'une perte de rémunération du fait de l'éviction irrégulière du service. La réalité du préjudice n'est donc pas établie.

16. En deuxième lieu, si Mme E fait valoir qu'elle a subi un préjudice moral et un trouble dans les conditions d'existence du fait de son licenciement, elle ne l'établit pas.

17. En dernier lieu, la requérante sollicite l'indemnisation du préjudice tiré de la perte de chance d'être titularisée. Toutefois, Mme E ne démontre pas, ni même n'allègue, qu'elle justifiait d'une chance sérieuse d'être titularisée.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'établit pas avoir subi des préjudices directement causés par les fautes commises par la commune du Blanc-Mesnil. Les conclusions à fin d'indemnisation doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Eu égard aux motifs d'annulation de l'arrêté du 4 mars 2021, le présent jugement implique nécessairement que Mme E soit réintégrée juridiquement et effectivement en qualité de gardien-brigadier stagiaire à compter du 1er avril 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, le présent jugement n'implique pas que l'intéressée soit titularisée.

20. S'agissant de la durée du stage restant à accomplir par Mme E, il incombe à la commune du Blanc-Mesnil d'apprécier si le stage de Mme E doit être prorogé pour une nouvelle durée de douze mois ou si celui-ci ne doit être prolongé que pour la durée nécessaire aux fins d'accomplissement de la totalité de la formation obligatoire organisée par le Centre national de la fonction publique territoriale et mentionnée aux points 2 à 5, soit pour une durée de six mois.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code :

21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

22. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune du Blanc-Mesnil.

23. D'autre part, il y a lieu de condamner la commune du Blanc-Mesnil à verser à Mme E une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 mars 2021 portant licenciement de Mme E est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune du Blanc-Mesnil de réintégrer juridiquement et effectivement Mme E à compter du 1er avril 2021 en qualité de stagiaire dans les conditions mentionnées au point 20 du présent jugement.

Article 3 : La commune du Blanc-Mesnil versera une somme de 1 500 euros à Mme E en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune du Blanc-Mesnil et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à la commune du Blanc-Mesnil.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions