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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105826

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105826

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, Mme F B A, représentée par Me Bisalu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et de lui attribuer dans l'attente un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ";

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que son fils, de nationalité française, réside avec elle en France ;

- il méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le père de son enfant contribuant à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante congolaise née le 24 décembre 1988, a sollicité, le 1er février 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mars 2021, dont elle demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, désormais codifié aux articles L. 423-7 et L. 423-8 de ce code, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : " A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ; ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B A en qualité de mère d'un enfant français, le préfet a estimé, d'une part, que cette dernière ne pouvait justifier de la présence stable et durable de son fils de nationalité française en France et, d'autre part, qu'elle ne justifiait pas que le père français de l'enfant contribuait à son entretien et son éducation.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents médicaux produits par la requérante, que, contrairement à ce qui est indiqué dans la décision contestée, le fils de E B A, né le 20 août 2020 à Bondy (93) et reconnu par anticipation par son père de nationalité française, résidait en France à la date de la décision attaquée. Toutefois, les pièces produites à l'instance, constituées de quatre factures de pharmacie et d'une facture d'un magasin d'alimentation des mois de décembre 2020 et janvier 2021 pour l'achat de lait infantile, sérum physiologique et couches, établies au nom du père de l'enfant, ainsi que d'une convention parentale par laquelle il est convenu entre les parents d'un droit de visite du père de l'enfant et d'une pension alimentaire, laquelle n'est toutefois pas homologuée par le juge aux affaires familiales contrairement à ce qu'elle prévoit, ne suffisent pas à établir la contribution effective du père français de l'enfant, lequel ne réside pas avec Mme B A, à l'entretien et l'éducation de celui-ci. Par suite, le préfet, qui n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvait, pour ce seul motif, refuser de délivrer à Mme B A le titre de séjour sollicité en qualité de mère d'un enfant français.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, la requérante ne justifiant pas que le père de son enfant participe effectivement à son entretien et à son éducation, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme B A soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce permettant d'établir sa présence avant l'année 2019, et il ressort des pièces du dossier qu'elle vit séparément du père de son enfant et qu'il n'est pas établi, ainsi qu'il l'a été dit ci-dessus, que ce dernier contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils à la date de la décision attaquée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée exercerait une activité professionnelle permettant de justifier de ses moyens d'existence. Enfin, elle ne produit aucune pièce de nature à établir l'existence d'attaches particulièrement fortes et stables en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. D

Le président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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