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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105838

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105838

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrées les 1er mai 2021 et 26 mai 2022, M. A D, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à toute autorité compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il est en couple avec une personne en situation régulière et a trois enfants mineurs et non deux ;

- ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant angolais né le 1er janvier 1985, déclare être entré en France en 2007. Le 14 mars 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 4 septembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

4. Si M. D soutient résider de manière habituelle en France depuis l'année 2007, il n'en justifie toutefois pas, notamment au titre de l'année 2012, pour laquelle n'est produite qu'un relevé de carte de transports Navigo, et pour l'année 2014, pour laquelle n'est produite qu'une prescription médicale et un relevé Navigo. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'un vice de procédure pour ne pas avoir saisi la commission du titre de séjour de sa demande et qu'il a entaché sa décision d'une erreur de fait en estimant qu'il ne justifiait pas de sa présence réelle et continue en France depuis la date déclarée de son arrivée.

5. En troisième lieu, M. D se prévaut de la présence en France de sa compagne, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et de leurs trois enfants nés en 2007, 2015 et 2019. Cependant, il ne justifie d'aucune vie de couple avec la mère de ses enfants, qui réside à une autre adresse que la sienne. En outre, ni les attestations établies en 2017 par l'enseignante de son fils et la directrice de l'école dans laquelle celui-ci était scolarisé, ni les reçus de paiements de factures de crèche pour les années 2021 et 2022 établis à son nom, postérieurs à la décision attaquée, ni l'attestation de la mère de ses enfants établie pour les besoins de la cause, ne suffisent à établir qu'il participait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants à la date de la décision attaquée. Enfin, le requérant, qui ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française ni d'un quelconque revenu, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, selon les mentions non contestées de la décision attaquée, ses parents. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, en relevant que le requérant était célibataire, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'une erreur de fait. En outre, si c'est à tort que ce dernier a relevé que M. D avait deux enfants et non trois, cette erreur a été sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise. Les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent par suite être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. C

Le président,

Signé

M. B

La greffière

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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