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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105997

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105997

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDIALLO MISSOFFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 8 juin 2021, M. C A, représenté par Me Diallo Missoffe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de résident, à défaut une carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent - salarié ", ou enfin une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est, en tant qu'il porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi ;

- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 11 de l'accord franco-tunisien du

17 mars 1988 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 juillet 2021 à midi.

Une pièce a été enregistrée le 3 septembre 2021, pour M. A, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Diallo-Missoffe, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 18 juin 1992, est régulièrement entré en France le 29 août 2014 puis a obtenu un titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 15 novembre 2015 au 14 novembre 2016, renouvelé jusqu'au 6 décembre 2017. Il a obtenu un titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 18 février 2019 au 17 février 2020, puis renouvelé jusqu'au 17 février 2021, dont il a demandé une nouvelle fois le renouvellement

le 23 décembre 2020. Par un arrêté du 7 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il refuse un titre de séjour, vise notamment les dispositions pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur la circonstance que la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public, avant d'examiner sa vie privée et familiale. Cette décision portant refus de séjour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait référence aux dispositions des 3° et 5° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, sur la base desquelles elle a été prise, est donc suffisamment motivée en droit et cette mesure d'éloignement n'avait pas, en fait, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent donc être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit. " ". L'article 11 de cet accord stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.

4. Aux termes de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée () à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Il résulte de ce qui a précédemment été dit au point 3 que les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

5. Pour refuser de renouveler la carte de séjour de M. A, le préfet a considéré que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, en retenant qu'il est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits du 10 novembre 2016 de dénonciation calomnieuse, et du 23 mars 2020 de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité.

6. Eu égard à la nature des faits pour lesquels l'intéressé est connu, dès lors par ailleurs qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 18 novembre 2020 à une peine de 3 mois d'emprisonnement avec sursis pour les faits de violence sur conjoint mentionnés au point 5 en dépit du retrait de plainte de sa conjointe, et nonobstant les explications apportées par le requérant dans ses écritures, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant, pour refuser de renouveler son titre de séjour, que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, si le préfet de la Seine-Saint-Denis a, il est vrai, mais incidemment, mentionné, dans l'arrêté en litige, que l'emploi occupé par M. A était récent, la fin de sa période d'essai étant initialement prévue en mars 2021, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles 3 et 11 de l'accord franco-tunisien du

17 mars 1988 précités au point 3, le refus de séjour en litige étant seulement fondé sur le comportement de M. A et la menace pour l'ordre public que sa présence en France est susceptible de constituer. Le moyen tiré de la méconnaisse de ces stipulations doit donc être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré régulièrement en France en 2014 et qu'il y a suivi ses études jusqu'en 2017. Après avoir été licencié d'un premier emploi le 14 août 2019, il travaille à la date de la décision en litige dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 23 novembre 2020. Cependant, si le requérant se prévaut de la présence en France d'un frère en situation régulière titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " et de la famille de celui-ci dont il est proche, il est célibataire et sans enfant, tandis qu'il est constant que ses parents résident encore en Tunisie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but de préservation de l'ordre public pour lequel il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. En l'espèce, eu égard à la menace à l'ordre public que le comportement de M. A est susceptible de constituer, à la circonstance qu'il est célibataire, et en dépit de sa relative durée de séjour en France, de l'absence de précédente mesure d'éloignement et de la présence sur le territoire de son frère, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées au point 10 en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant à un an la durée de cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée en édictant sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du défaut d'examen formulés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doivent par suite être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur le surplus :

13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Breuille, conseiller,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. B

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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