jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2106043 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LUCIANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mai 2021, M. D A B, représenté par Me Luciano, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ; enfin, d'enjoindre au préfet de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé ;
S'agissant de l'interdiction de retour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Luciano, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 4 novembre 1982 en France, fait valoir y avoir vécu jusqu'à sa majorité puis être entré sur le territoire national en dernier lieu et régulièrement le 20 juillet 2006. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le
2 janvier 2019. Par un arrêté du 31 mars 2021, et après que la commission du titre de séjour a rendu un avis favorable le 4 mars 2020 sous réserve du dépôt d'une demande d'autorisation de travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. La requête visée ci-dessus tend à l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. A B comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur la base desquelles elle a été prise en visant notamment l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, en mentionnant les dispositions alors en vigueur de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en retenant que la présence de M. A B constitue une menace pour l'ordre public. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait référence aux dispositions des 3° et 5° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dont il a entendu faire application, et cette mesure d'éloignement, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour, est donc suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'était pas tenu de rappeler tous les éléments de la situation de M. A B, aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, l'article 11 de l'accord franco-tunisien susvisé stipule: " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Cet accord renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Aux termes de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour () peut, par une décision motivée, être refusée () à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A B, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que la présence en France de ce dernier constituait une menace pour l'ordre public. Il a notamment relevé qu'il a été condamné le 11 juin 2009 par le tribunal correctionnel de Paris à 500 euros d'amende dont 300 avec sursis pour des faits du 16 décembre 2008 de vol en réunion, le 26 avril 2011 par le tribunal correctionnel de Versailles à 150 euros d'amende pour des faits du 4 juin 2010 d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et le 17 septembre 2019 par le tribunal de grande instance de Chartres à 500 euros d'amende pour des faits de juin 2018 d'obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation. Il a également mentionné la circonstance que l'intéressé est connu au fichier du " traitement d'antécédents judiciaires " pour des faits des 29 et 30 juillet 2018 d'usage illicite de stupéfiant et de recel de bien provenant d'un vol, en tant qu'auteur. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé est également connu au même fichier pour des faits de violences volontaires avec usage ou menace d'une arme avec incapacité de moins de huit jours du 20 mars 2010 en tant qu'auteur, et de recel de bien provenant d'un vol du 4 août 2013 en tant qu'auteur.
5. Compte tenu de la répétition d'infractions pénales et du caractère récent de la dernière condamnation dont il a fait l'objet, le requérant, qui ne s'explique aucunement dans ses écritures sur les faits, ne démontre pas que la menace à l'ordre public qu'il représente n'est plus actuelle. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que si M. A B soutient résider habituellement depuis 2006 sur le territoire national après y être régulièrement entré et que son père y réside régulièrement en vertu d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, l'intéressé est célibataire et sans charge de famille, n'a jamais résidé régulièrement sur le territoire français depuis 2006 en dépit de plusieurs demandes de titre et dispose encore de fortes attaches en Tunisie, pays dans lequel il a vécu au moins de 2000 à 2006 et où résident encore sa mère, deux frères et une sœur. Par ailleurs, si un avis favorable a été rendu sur sa demande d'autorisation de travail qui lui a été délivrée le 26 novembre 2020 et qu'il disposait alors d'une promesse d'embauche, le requérant ne justifie pas en France d'une expérience professionnelle particulière. Il ne s'évince pas de ces circonstances qu'en refusant un titre de séjour à l'intéressé, le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, notamment de préservation de l'ordre public, et ainsi méconnu les droits que le requérant tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour attaqué ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, et l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de titre séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. En premier lieu, alors qu'il est constant que le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision en litige portant interdiction de retour vise le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et retient que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour et au regard des circonstances propres au cas d'espèce, l'arrêté mentionnant expressément la date d'entrée en France du requérant et analysant sa situation privée et familiale en retenant qu'il est célibataire et sans charge de famille. Elle est donc suffisamment motivée, en dépit de la circonstance que la présence sur le territoire français n'est pas expressément mentionnée. Il ne ressort par ailleurs pas des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait estimé en compétence liée pour édicter une telle décision. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen soulevés à l'encontre de l'interdiction de retour doivent donc être écartés.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 7, eu égard à la menace à l'ordre public que le comportement de M. A B est susceptible de constituer sur le territoire français au regard des éléments détaillés aux points 4 et 5 et en dépit de sa durée de présence sur le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors applicable en édictant à son encontre une interdiction de retour et en en fixant la durée à deux ans, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A B doivent être rejetées.
Sur le surplus :
13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Breuille, conseiller,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. C
Le président,
Signé
L. GauchardLa greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026