jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2106488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | REILLAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021, et un mémoire, enregistré le 21 février 2022, Mme B A, représentée par Me Reillac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle la directrice des douanes et des droits indirects a rejeté sa demande du 27 janvier 2021 tendant au bénéfice d'une rétribution sur le fondement de l'article 15-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ;
2°) d'enjoindre à la direction générale des douanes et des droits indirects de lui verser une rétribution à raison des informations qu'elle a fournies au service national de douane judiciaire, ou subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a communiqué de nombreux renseignements à l'administration des douanes permettant de mettre à jour le système de fraude fiscale opéré par la banque UBS et ses clients ;
- elle doit être regardée comme ayant la qualité de collaborateur occasionnel du service public, et peut donc se prévaloir du principe général du droit en vertu duquel les agents publics ont le droit à une rémunération après service fait ;
- le montant de la rétribution doit être déterminé en fonction du montant des avoirs détenus par des clients français de la banque et de l'amende infligée à cette dernière ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2021 et le 24 mars 2022, le ministre chargé des comptes publics (direction générale des douanes et des droits indirects) conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir :
A titre principal, sur la recevabilité de la requête, que :
- l'autorité de la chose jugée attachée au jugement n° 1707702 du 15 novembre 2018 du tribunal administratif de Paris fait obstacle, eu égard à l'identité de parties, de cause et d'objet, à ce que soit de nouveau examiné le droit à rétribution que Mme A prétend tenir des dispositions de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ;
- la décision en litige du 16 mars 2021 est confirmative de celle du 6 mars 2019 ;
A titre subsidiaire, sur le bien-fondé de la requête, que :
- les dispositions de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995, dans leur rédaction issue de l'article 37 de la loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l'efficacité et les garanties de la procédure pénale, ne sont pas applicables aux situations antérieures au 5 juin 2016, n'étant pas rétroactives ;
- en tout de cause, les informations fournies par l'intéressée, bien qu'ayant permis au service national de douane judiciaire de comprendre l'organisation du groupe UBS et son fonctionnement, n'ont pas été déterminantes pour établir la fraude fiscale et identifier ses auteurs ;
- ces dispositions ouvrent une simple faculté ;
A titre encore plus subsidiaire, sur le montant de la rétribution demandée, que :
- les dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 21 avril 2017 pris pour l'application de l'article 109 de la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 ne sont pas applicables aux informateurs des officiers de douane judiciaire.
Par ordonnance du 22 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ;
- la loi 2016-731 du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l'efficacité et les garanties de la procédure pénale et en particulier son article 37 ;
- l'arrêté du 5 décembre 2002 portant création du service à compétence nationale dénommé service national de douane judiciaire ;
- l'arrêté du 20 janvier 2006 pris pour l'application de l'article 15-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robbe, premier conseiller,
- les conclusions de M. Thobaty, rapporteur public,
- et les observations de Me Reillac, représentant Mme A, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, salariée de la société UBS France entre le 27 septembre 1999 et le 24 janvier 2012, date de son licenciement pour motif économique, déclarer avoir transmis au service national de douane judiciaire (SNDJ) des informations visant à dénoncer des faits constitutifs de blanchiment de fraude fiscale et de démarchage bancaire illicite.
2. Par une première lettre du 3 juin 2015, elle a saisi la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, la direction générale de la gendarmerie nationale ainsi que la direction générale de la police nationale, d'une demande de rétribution fondée sur l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Par une décision du 27 juillet 2015, signée par le sous-directeur des affaires juridiques, du contentieux, des contrôles et de la lutte contre la fraude, au sein de la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), cette demande a été rejetée, au motif, en particulier, que les dispositions précitées de l'article 15-1, dans leur rédaction alors en vigueur, ne visent que les renseignements fournis aux services de police et de gendarmerie, le SNDJ ne disposant ainsi d'aucune base légale pour rémunérer ses informateurs.
3. Par une deuxième lettre, en date du 17 février 2017, Mme A a saisi la DGDDI d'une réclamation préalable, s'y prévalant non seulement de sa qualité de collaboratrice occasionnelle du service public, devant entraîner selon elle l'obligation pour l'administration de réparer les préjudices subis par elle sur le fondement d'une responsabilité sans faute, mais aussi de l'application à son profit des dispositions, dans leur rédaction en vigueur depuis le 5 juin 2016, de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Le directeur général des douanes et des droits indirects a rejeté cette réclamation par une décision du 3 avril 2017. Mme A a alors saisi le tribunal administratif de Paris d'une requête tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme globale de 3 500 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 février 2017, en réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis en raison de sa collaboration avec le service national de douane judiciaire (SNDJ). Par un jugement n° 1707702 du 15 novembre 2018, devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a estimé que, " quand bien même la contribution de Mme A à l'enquête menée par le SNDJ n'aurait pas été à l'origine de la révélation des infractions de fraude fiscale et de démarchage illicite pour lesquelles la société UBS a été renvoyée devant le juge pénal, la requérante, qui a, pendant la période précitée, apporté son concours au SNDJ en prenant part personnellement à la mission de service public assurée par ce service, doit être regardée comme ayant eu la qualité de collaborateur occasionnel du service public ", et en a déduit que " les préjudices que Mme A a subis en raison de cette collaboration doivent être intégralement réparés par l'administration, en l'absence de force majeure ou de faute de la victime ". Le tribunal a condamné l'Etat à indemniser Mme A à hauteur de 3 000 euros, assortis des intérêts, en réparation du préjudice moral qu'elle a subi à raison de sa collaboration occasionnelle au service public entre les mois de juin 2011 et juin 2012, et refusé de réparer les autres postes de préjudice invoqués.
4. Par une troisième lettre, en date du 8 janvier 2019, Mme A a saisi la DGDDI d'une demande tendant au bénéfice d'une rétribution sur le fondement de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Cette demande a été rejetée par une décision du 6 mars 2019 du directeur général des douanes et droits indirects.
5. Par une quatrième lettre, en date du 27 janvier 2021, Mme A a de nouveau saisi la DGDDI d'une demande tendant au bénéfice d'une rétribution sur le même fondement que celui mentionné au point précédent, s'y prévalant de sa qualité de collaboratrice occasionnelle du service public. Cette demande a été rejetée par une décision du 16 mars 2021 de la directrice générale des douanes et droits indirects. Mme A demande, par la présente requête, l'annulation de ce refus.
6. Aux termes de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 susvisée, dans sa version en vigueur jusqu'au 5 juin 2016 : " Les services de police et de gendarmerie peuvent rétribuer toute personne étrangère aux administrations publiques qui leur a fourni des renseignements ayant amené directement soit la découverte de crimes ou de délits, soit l'identification des auteurs de crimes ou de délits. / Les modalités de la rétribution de ces personnes sont déterminées par arrêté conjoint du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre des finances ". L'article 37 de la loi du 3 juin 2016 susvisée a modifié cet article 15-1 en insérant, après le mot : " gendarmerie ", les mots : " ainsi que les agents des douanes habilités à effectuer des enquêtes judiciaires en application de l'article 28-1 du code de procédure pénale ". Il résulte des articles 1er et 2 de l'arrêté du 20 janvier 2006 pris pour l'application de cet article 15-1, modifié par l'arrêté du 16 août 2016 que, d'une part, le montant de la rétribution susceptible d'être versée au titre de l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 est fixé par le directeur général des douanes et droits indirects, sur proposition du chef de service ou de l'unité de l'agent des douanes chargé de l'enquête et habilité à effectuer des enquêtes judiciaires en application de l'article 28-1 du code de procédure pénale, d'autre part, la rétribution de l'informateur est fixée de façon discrétionnaire et ne peut faire l'objet d'aucun recours.
7. Ainsi qu'il a été au point 1, Mme A a, par une lettre du 17 février 2017, saisi une première fois la DGDDI d'une réclamation préalable, expressément fondée sur l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Cette demande a été rejetée par une décision du 3 avril 2017, comportant la mention des délais de voies de recours. Si la DGDDI n'établit pas la date à laquelle ce refus du 3 avril 2017 a été notifié à Mme A, la formation par cette dernière du recours juridictionnel ayant donné lieu au jugement n° 1707702 précité du 15 novembre 2018 établit qu'elle en a eu connaissance au plus tard à la date à laquelle elle a formé ce recours, soit le 5 mai 2017, dès lors qu'il ressort des termes mêmes de ce jugement que Mme A a entendu, à l'occasion de cette instance, contesté cette décision de refus du 3 avril 2017, laquelle était ainsi devenue définitive à la date d'édiction de la décision en litige du 16 mars 2021.
8. Une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. La décision en litige du 16 mars 2021 refuse à Mme A le bénéfice d'une rétribution sur le fondement des dispositions l'article 15-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Cette décision a donc le même objet que celle du 3 avril 2017. L'intervention, depuis cette décision du 3 avril 2017, du jugement précité du tribunal administratif de Paris ne caractérise aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation du droit à rétribution que Mme A prétend tenir de ces dispositions dès lors en particulier que le tribunal ne s'est pas expressément prononcé sur leur application. Ainsi cette décision du 16 mars 2021 doit être regardée comme confirmative de celle du 3 avril 2017. La fin de non-recevoir tirée de ce que la décision du 16 mars 2021 est confirmative d'une décision définitive et de l'irrecevabilité, en conséquence, des conclusions tendant à son annulation doit par suite être accueillie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentée par Mme A doivent être rejetées, ainsi consécutivement que celles tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au paiement d'une somme d'argent en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (direction générale des douanes et des droits indirects).
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- M. Robbe, premier conseiller,
- M. Iss, premier conseiller.
Lu en audience publique le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. Robbe
Le président,
Signé
C. Gosselin
La greffière,
Signé
S. Le Chartier
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026