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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106489

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106489

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 12 mai 2021 et 5 juillet 2022, Mme N'diaye B, représentée par Me Chabane, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 janvier 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour pour raisons de santé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, un titre de séjour mention " salarié ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, subsidiairement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée de vices de procédure dès lors que l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été produit et n'a pas été rendu ; cet avis est irrégulier ; le rapport du médecin instructeur n'a pas été transmis au collège des médecins ; ce médecin a siégé illégalement au sein du collège ; les trois médecins signataires de l'avis n'ont pas été régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 313-14 de ce code ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 22 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est tardive, et subsidiairement, qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Marias, rapporteur ;

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité malienne, née le 31 décembre 1976, a demandé le 11 mars 2019 le renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait reconduite.

Sur les conclusions de la requête :

2. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté entrepris ni des pièces du dossier que le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, n'aurait pas examiné la situation personnelle de Mme B.

3. Le préfet a produit en cours d'instance l'avis médical émis le 12 juillet 2019 par le collège des médecins de l'OFII sur la situation de Mme B. Il a été communiqué à la requérante dans le cadre de l'instruction. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en l'absence de production de l'avis médical doit être écarté.

4. Aux termes de l'article R. 313-23, devenu R. 425-12 et R. 425-13, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. (). Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

5. Il ressort des termes mêmes de l'avis du 12 juillet 2019 ainsi que du bordereau de transmission en date du 12 juillet 2019 de l'OFII que le rapport médical a été rédigé par le docteur C A qui ne faisait pas partie du collège des médecins s'étant prononcé sur l'état de santé de la requérante. Les éléments de procédure ne doivent figurer sur l'avis médical qu'en cas de vérification d'identité, de convocation pour examen ou d'examens complémentaires demandés, ce qui n'est pas allégué. En outre, l'avis médical, qui est signé par les trois membres le composant, présente un caractère collégial. Enfin, il n'appartient pas au préfet de vérifier l'authenticité de la signature électronique des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure médicale doit être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que ce rapport a été transmis au collège des médecins de l'OFII.

7. L'avis médical a été dûment signé par trois médecins identifiés et désignés parmi la liste jointe en annexe de la décision du 18 novembre 2019 du directeur de l'OFII, laquelle a été régulièrement publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 18 décembre 2019.

8. Mme B, qui n'a sollicité que le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L. 313-14 et L. 313-11, 7° de ce code, ni un défaut d'examen au regard de ces dispositions.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 2 octobre 2012, à l'âge de 32 ans et qu'elle a obtenu un titre de séjour pour raisons de santé. Célibataire et sans charge de famille, elle a vécu la plus grande partie de son existence dans son pays d'origine. Dès lors, et nonobstant la circonstance que Mme B a travaillé comme agent d'entretien quelques semaines en 2015, plus de deux années du 8 septembre 2016 au 31 décembre 2018 et qu'elle a été embauchée en janvier 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation de Mme B.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme N'diaye B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président

SignéSignéH. MariasA. MyaraLa greffière,SignéA. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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