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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106502

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106502

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai et 29 juillet 2021, M. G A, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié ", ou de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure et d'un défaut d'examen dès lors que le préfet aurait dû enregistrer et examiner la demande présentée sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur la circonstance qu'il n'avait pas déposé de demande d'autorisation de travail ;

- la décision en litige a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis sollicite le rejet de la requête, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Khiat, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité malienne, né le 15 septembre 1998 à Bamako (Mali), est entré en France en 2015. Il s'est vu délivrer, le 23 mai 2017, un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 9 mai 2017 au 8 mai 2018. Il a sollicité, le 9 octobre 2018, le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement ou, à défaut, la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Par un arrêté du 21 octobre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement

n° 1913142 du 15 septembre 2020, le tribunal administratif de Montreuil a annulé cet arrêté au motif que le préfet ne pouvait légalement fonder sa décision de refus de titre de séjour sur le rejet de la demande d'autorisation de travail au motif du caractère incomplet du dossier, et lui a enjoint de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois. Par un nouvel arrêté du

20 avril 2021, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a, de nouveau, rejeté la demande de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par une ordonnance

n° 2106515 rendue le 16 juin 2021, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A, et enjoint au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00795 du 7 avril 2021, régulièrement publié le lendemain au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E B, cheffe du bureau du contentieux, pour signer les décisions contestées en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courrier daté du 22 mars 2021 adressé aux services préfectoraux, que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur les fondements du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour rejeter la demande de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale et qu'il n'y avait pas lieu de lui accorder une mesure de régularisation à titre exceptionnel ou humanitaire. En particulier, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que M. A est célibataire, sans charge de famille, et qu'il conserve des attaches familiales au Mali où demeurent ses parents et sa sœur. Le préfet a précisé qu'en dépit d'une activité professionnelle au sein d'entreprises de travail temporaire entre octobre 2017 et juin 2020, l'intéressé ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Au regard de ces éléments, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est implicitement mais nécessairement prononcé sur la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen ou d'une erreur de droit faute de s'être prononcé sur sa demande présentée sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

6. D'une part, le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant son admission exceptionnelle au séjour au seul motif qu'il n'avait pas déposé de demande d'autorisation de travail. Cependant, pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui, contrairement à ce qui est soutenu, ne s'est pas borné à relever l'absence d'autorisation de travail, a estimé qu'en dépit d'une activité professionnelle au sein d'entreprises de travail temporaire entre octobre 2017 et juin 2020, l'intéressé ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins ni davantage d'une promesse d'embauche récente. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2015.

Confié à l'aide sociale à l'enfance en juin 2015 en tant que mineur isolé, M. A a suivi, jusqu'en 2017, une formation de CAPA ouvrier forestier. En parallèle et par la suite,

M. A a pris en charge des missions d'intérim d'octobre 2017 à avril 2019 en tant que manutentionnaire, de mai à décembre 2019 comme agent de quai, et enfin de ripeur en avril 2019 puis de mars à décembre 2020. Si l'intéressé a obtenu un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité en 2021, il ne justifie pour autant d'aucune insertion socio-professionnelle actuelle. Ni le parcours de M. A ni ses expériences professionnelles passées ne permettent de démontrer que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée par des motifs exceptionnels, au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la

Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant la régularisation de son séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : 7º A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. () ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il est constant que M. A est célibataire, sans charge de famille, et n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Eu égard à ses conditions de séjour, et notamment à l'absence d'insertion socio-professionnelle actuelle et significative sur le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive au droit de M. A de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a ni méconnu les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. Khiat

Le président,

Signé

M. F

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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