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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106505

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106505

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantHAIDARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai 2021 et 26 juin 2022, M. D B A, représenté par Me Haidara, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions refusant le renouvellement du titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

- la décision de refus de renouvellement du titre de séjour procède d'un défaut d'examen de sa demande, laquelle n'a pas été présentée en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne (contrairement à ce qui est indiqué il n'a jamais été marié à une ressortissante portugaise), mais en tant qu'enfant d'une ressortissante de l'Union européenne (sa mère de nationalité néerlandaise titulaire d'une carte de résident " ressortissant UE " à validité permanente) et au titre de la vie privée et familiale, et qu'elle ne pouvait indiquer qu'il est sans charge de famille alors qu'il a trois enfants ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'il n'est pas sans charge de famille puisqu'il a trois enfants ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les condamnations pénales et les signalements au traitement des antécédents judiciaires sont anciens ;

- l'obligation de quitter le territoire français a méconnu les dispositions du 4° de

l'article L. 511-4 du même code, dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de dix ans ;

- les décisions en litige ont méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles ont méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a méconnu les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, conseiller,

- les observations de Me Haidara pour M. B A,

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité capverdienne, né le 23 septembre 1982 à Santa Catarina (Cap-Vert), déclare être entré en France en 2004. Il s'est vu délivrer un titre de séjour en tant que membre de famille d'un ressortissant de l'Union européenne valable du 14 février 2015 au 13 février 2020. Il a sollicité, le 3 mars 2020, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 13 avril 2021, pris sur les fondements des articles L. 121-1 à L. 121-3, d'une part, et de l'article L. 313-3, d'autre part, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B A demande au tribunal d'annuler cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions refusant le renouvellement du titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. B A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé qu'il avait été condamné en 2011 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Melun pour escroquerie, et en 2014 à trois ans d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Meaux pour transport, détention, importation non autorisée et trafic de stupéfiants. Le préfet a relevé en outre que l'intéressé avait été signalé au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour escroquerie, faux ou usage de faux document administratif en 2011, pour escroquerie en 2012 puis en 2017 pour abus de confiance. Le requérant ne conteste pas la matérialité de ces faits. S'il se borne à souligner leur ancienneté, la condamnation pénale intervenue en 2014 pour transport, détention, importation non autorisée et trafic de stupéfiants, puis le signalement intervenu en 2017 pour abus de confiance, présentent un caractère relativement récent. Eu égard à la nature et à la gravité de ces faits, le préfet de la

Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article

L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence en France de M. B A constitue une menace pour l'ordre public et en refusant, notamment pour ce motif, de renouveler son titre de séjour.

4. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'illégalité en examinant sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne alors qu'elle aurait été présentée en qualité d'enfant d'une ressortissante de l'Union européenne. Toutefois, si le requérant produit à l'instance la carte de résident à validité permanente dont est titulaire sa mère de nationalité néerlandaise, il n'établit nullement que sa demande de titre de séjour a été présentée en qualité d'enfant d'un ressortissant de l'Union européenne, alors au demeurant qu'âgé de plus de 21 ans et n'alléguant pas être à la charge de sa mère, les dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ouvrant un droit au séjour au ressortissant d'un Etat tiers, descendant direct âgé de moins de 21 ans ou à charge d'un ressortissant de l'Union européenne, ne lui sont pas applicables. En tout état de cause, quel que soit le fondement de la demande, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, ainsi qu'il a été dit au point 3, refuser le renouvellement du titre de séjour de l'intéressé sur le seul fondement de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au seul motif que sa présence représente une menace pour l'ordre public. Par suite, à supposer même que le préfet se soit mépris sur les termes de la demande de M. B A, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si M. B A soutient résider en France depuis 2004, les pièces produites antérieures à l'année 2015 consistant seulement en des avis d'imposition, quelques certificats de travail et les actes de naissance de ses deux premiers enfants ne permettent pas d'établir une résidence habituelle avant l'année 2015. En particulier le requérant s'est abstenu de produire à l'instance le titre de séjour dont il allègue avoir été titulaire de 2005 à 2015 en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne. Il ressort également des pièces du dossier que M. B A a eu trois enfants nés en 2009, en 2011 et en 2018, avec des ressortissantes qui sont respectivement de nationalité capverdienne, portugaise et néerlandaise. Toutefois,

M. B A ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, la seule photo de famille produite ne pouvant l'établir. Par ailleurs, les bulletins de salaire produits à l'instance permettent uniquement d'établir que M. B A a travaillé de novembre 2018 à

février 2019, puis en juillet 2019, comme coffreur, au titre de missions d'intérim. Ces expériences professionnelles passées et limitées ne reflètent pas une insertion socio-professionnelle significative sur le sol français, quand bien même l'intéressé aurait entamé en 2021 un parcours d'accompagnement à la création d'entreprise. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 3, la présence en France de M. B A constitue une menace pour l'ordre public. Si le préfet a relevé, à tort, qu'il était sans charge de famille, alors qu'il a trois enfants, cette erreur de fait, pour regrettable qu'elle soit, est sans influence sur l'appréciation portée par le préfet de la Seine-Saint-Denis au titre de la vie privée et familiale. Par suite, eu égard aux conditions de séjour de M. B A en France, et à la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de

l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le préfet n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. S'il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions le concernant, M. B A ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 6, contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B A, qui ne produit pas le titre de séjour dont il aurait été titulaire de 2005 à 2015, ne justifie d'une résidence régulière en France qu'à partir de 2015. Il en résulte que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les dispositions précitées du 4° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B A ne démontre pas que les décisions refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

12. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée au premier alinéa du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans prise à l'encontre de M. B A comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, si pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée, l'autorité administrative compétente doit tenir compte des quatre critères énumérés au 8ème paragraphe du III de

l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise, alors même qu'une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit faute de s'être prononcé sur chacun des critères énumérés au 8ème paragraphe du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 6 que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des critères énoncés au 8ème paragraphe du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prenant à l'encontre de M. B A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. Khiat

Le président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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