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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106568

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106568

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMELIODON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2021, Mme A H, représentée par Me Meliodon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 février 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de fait et a dénaturé les faits ;

- une erreur de droit a été commise au regard des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il appartenait au préfet d'user de son pouvoir discrétionnaire pour lui accorder le droit séjour ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Womasson, substituant Me Meliodon, représentant Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A H, ressortissante camerounaise née le 15 juillet 1975 à Yaounde, qui serait entrée en France le 26 janvier 2010, s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale en qualité de parent d'enfant français valable du 14 août 2017 au 13 août 2018. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 25 février 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler ce titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Par deux arrêtés n° 2021-0371 du 10 février 2021 et n° 2021-0372 du

22 février 2021, publiés au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis respectivement les 11 février 2021 et 24 février 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, ainsi qu'en cas d'absence ou d'empêchement à M. G, chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, et, en cas d'absence ou d'empêchement à Mme F E, en charge des refus de séjour et des interventions, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de renouvellement de titre de séjour serait entaché d'incompétence doit être écarté.

3. La décision qui refuse le renouvellement du titre de séjour de la requérante mentionne notamment, en droit, le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et précise, en fait, l'absence d'insertion forte de l'intéressée dans la société française ainsi que sa situation familiale, l'existence d'une fraude à la paternité au regard de l'inscription, dans le fichier national des étrangers, d'une autre reconnaissance de paternité par le père des enfants ainsi que l'absence de communauté de vie et de liens entre le père, la requérante et les enfants. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée en droit et en fait. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, cette décision fait référence aux dispositions des 3° et 5° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, sur le fondement desquelles elle a été prise. Elle est, dès lors, suffisamment motivée en droit et n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en vertu des dispositions du dixième alinéa du même article. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / () ". Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, i la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.

5. Pour établir le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité des jumelles de la requérante nées en 2014, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'inscription, dans le fichier national des étrangers, d'une autre reconnaissance de paternité par , ressortissant français les ayant reconnu ainsi que sur l'audition de la requérante, accompagnée de , qui a révélé l'absence de communauté de vie et de liens entre eux, la requérante ne connaissant notamment pas la date de naissance, le domicile et le numéro de téléphone de ce ressortissant français ni les date et lieu de leur rencontre. Ces éléments ne sont pas contredits par les pièces du dossier. En produisant des virements ponctuels et trois factures de courses, Mme H n'établit ni que le préfet aurait dénaturé les faits ou ses déclarations sur sa relation avec le père de ses enfants ni qu'il aurait commis une erreur de droit dans l'application de la disposition précitée au point 4. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

6. Si contrairement à ce que mentionne le refus de renouvellement litigieux, Mme H ne se maintient pas en situation irrégulière sur le territoire national depuis son entrée le 26 janvier 2010, dès lors que, comme il a été dit, elle s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 14 août 2017 au 13 août 2018, cette erreur, pour regrettable qu'elle soit, n'a pas d'influence sur la légalité du refus de séjour, lequel est fondé sur la reconnaissance frauduleuse de paternité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. Mme H ne justifie pas de sa présence habituelle en France depuis sa date alléguée d'entrée en 2010, notamment, en l'absence de tout document au titre des années 2010 à 2012. Il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle à son retour dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie, accompagnée de ses jumelles, eu égard notamment à l'absence de lien établi entre ces dernières et leur père de nationalité française. Dans ces conditions et en dépit de l'insertion professionnelle de la requérante depuis 2015 en tant qu'auxiliaire de vie puis qu'aide-soignante en formation, à la date de l'arrêté attaqué, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation et en faisant obligation de quitter le territoire français à Mme H. Pour les mêmes motifs le refus de renouvellement de titre de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme H doivent être rejetées, il en va de même, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction assorties d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président

M. Breuille, conseiller,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. D

Le conseiller le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

Signé

L. BreuilleLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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