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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106636

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106636

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2021, M. A B représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de cet examen de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement la somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- son signataire est incompétent ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale en ce que la décision d'éloignement n'a pas pour effet d'interrompre la durée de présence de l'étranger en France ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe1, de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais, né le 24 mars 1977 à Gujrat, a sollicité le 20 novembre 2018 une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 juillet 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une période de deux ans. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Pour rejeter la demande de titre de M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que le requérant " ne justifie pas d'obstacle à poursuivre une vie privée et familiale normale dans le pays dont il est originaire, accompagné de son épouse qui se maintient en France en situation irrégulière et de ses trois enfants ". D, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B, qui est une ressortissante pakistanaise, était titulaire d'un titre séjour en cours de validité à la date de l'arrêté contesté. Par suite, ainsi que le soutient le requérant, le préfet a entaché d'une erreur de fait la décision de refus de titre de séjour en litige. Cette illégalité est de nature à entrainer l'annulation de cette décision.

3. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité ainsi que des décisions subséquentes prises par l'arrêté du 28 juillet 2020 en litige. Par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble de ces décisions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, le surplus des conclusions à fin d'injonction et la demande de prononcé d'une astreinte doivent être rejetés.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat, Me Rochiccioli, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, qui sera versée à Me Rochiccioli.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 28 juillet 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rochiccioli une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Rochiccioli et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

D. C

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106636

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