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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106939

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106939

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantDIOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 mai 2021 et

7 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ; il ne pouvait se fonder sur la saisine de la commission du titre de séjour du 19 mars 2019 qui n'était plus d'actualité car ancienne de plus de deux années ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Diop, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 6 octobre 1986, est entré en France le 25 août 2007 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 15 septembre 2017, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2019, pris après avis défavorable de la commission du titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. M. A a exercé un recours contentieux contre cet arrêté, et par un jugement n° 1907355 du 20 décembre 2019, le tribunal a annulé cet arrêté en tant qu'il refusait l'octroi d'un délai de départ volontaire, et enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé au regard de ce délai. A l'issue de ce réexamen, par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet, qui a réexaminé le droit au séjour de M. A, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes, de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ". Aux termes de

l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 313-14 sus-rappelé lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

5. D'une part, il résulte de ce qui précède que le préfet n'était tenu de saisir la commission du titre de séjour qu'en ce qui concerne la demande d'admission exceptionnelle présentée au titre de la vie privée et familiale. A cet égard, lorsque la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par un étranger est fondée sur les mêmes éléments qu'une précédente demande, le préfet peut se dispenser de saisir à nouveau la commission du titre de séjour et se fonder sur l'avis rendu par celle-ci à l'occasion de la précédente demande dès lors que le temps écoulé entre les deux demandes ne peut être regardé, par lui-même, comme un fait nouveau. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 13 juin 2019, pris après avis défavorable rendu par la commission du titre de séjour le 27 mars 2019, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a rejeté la précédente demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues pour bénéficier d'une telle admission. Si le requérant, qui a saisi le préfet d'une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour dans le cadre de l'exécution du jugement n°1907355 annulant l'arrêté du 13 juin 2019 en tant qu'il refusait l'octroi d'un délai de départ volontaire, fait grief à cette autorité de ne pas avoir à nouveau consulté la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande par l'arrêté attaqué, il ne fait toutefois état d'aucune circonstance nouvelle dont il aurait pu se prévaloir devant cette commission, et alors que le temps écoulé depuis l'avis de la commission du 27 mars 2019 ne peut être regardé, par lui-même, comme un fait nouveau. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet n'a pas à nouveau consulté la commission du titre de séjour n'est pas de nature à entacher d'illégalité le refus de titre de séjour en litige.

6. D'autre part, M. A se prévaut de sa présence en France depuis plus de dix ans, cette seule durée ne justifie pas à elle seule l'existence d'un motif exceptionnel. L'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas de l'intensité des liens privées en France et ne conteste pas avoir ses parents et ses frères et sœurs dans son pays d'origine. Par ailleurs, il n'établit ni même n'allègue l'exercice d'une activité professionnelle en France, et s'il fait état d'une promesse d'embauche pour occuper un emploi dans un restaurant, cette circonstance est insuffisante pour constituer un motif exceptionnel permettant la régularisation de l'intéressé au titre du travail. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation tant au regard des dispositions de l'article L. 313-14 en refusant de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " que dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation en refusant de lui délivrer d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en prenant la décision contestée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A eu égard aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. C

Le président,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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