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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106981

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106981

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mai, 18 et 19 novembre, 17 décembre 2021 et 14 janvier 2022, Mme B C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle Pôle emploi a rejeté sa demande du 17 mars 2021 tendant à être positionnée en catégorie 3, niveau 3.1, à compter du 1er mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur général de Pôle emploi de la positionner au niveau 3.1 de la catégorie 3 de la filière support, à compter du 1er mars 2023, dans un délai de deux mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de rejeter la demande de Pôle emploi tendant à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à sa charge, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 3 du décret n°2003-1370 du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, tel que modifié par le décret n° 2021-81 du 28 janvier 2021, dès lors que cet article prévoit un reclassement, en fonction de l'emploi ; or, l'entrée en vigueur de la nouvelle classification aurait dû avoir pour effet de la faire bénéficier d'un emploi de niveau 3.1, dès lors que l'emploi auquel elle a été rattachée de gestionnaire de carrière et de mobilité se trouve positionné en catégorie 3 ;

- Pôle emploi l'a inexactement positionnée dans la grille de classification des agents contractuels de droit public de l'institution, dès lors qu'il s'est cru à tort dans l'impossibilité d'apprécier sa situation réelle et de régulariser sa situation afin de mettre en cohérence le niveau et la catégorie de rattachement de l'emploi de chargé de la gestion des carrières et des mobilités qu'elle occupe, conformément au tableau annexé de la décision DG n° 2021-26 du 29 janvier 2021;

- en application de la décision du Conseil d'Etat, Mlle Dijon, n°71885 du 16 octobre 1989, un agent contractuel de droit public a le droit d'obtenir de son employeur la modification de son contrat, afin que celui-ci soit mis en conformité avec les dispositions " statutaires " régissant les agents contractuels.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 octobre 2021 et 3 janvier 2022, Pôle emploi, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants dès lors que l'autorité décisionnaire se trouvait en situation de compétence liée et qu'au demeurant, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;

- le décret n° 2021-81 du 28 janvier 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C.

Une note en délibéré présentée par Mme C a été enregistrée le 2 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) en 2002 en qualité d'agent de droit public afin d'occuper l'emploi de conseiller. Par la suite, elle a, dans le dernier état de sa carrière, occupé l'emploi de niveau 2 de technicien appui et gestion dans la filière appui et gestion. Ce classement résultait des dispositions cumulées de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi alors en vigueur et de la décision de 3 janvier 2004 du directeur général de l'ANPE pris pour leur application. Le décret du 28 janvier 2021 modifiant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle Emploi a, notamment, modifié, à compter du 1er février 2021, les niveaux d'emploi de ces agents. Par une lettre du 24 février 2021, Pôle emploi a informé la requérante de son rattachement à compter du 1er mars 2021, à l'emploi de " chargée de la gestion des carrières et des mobilités " du métier " ressources humaines " de la filière " support " en tant qu'adjoint de gestion. En outre, Pôle emploi a, par lettre du 27 février 2021, informé Mme C de son positionnement, à compter du 1er février 2021, dans la catégorie 2, niveau d'emploi 2.1, échelon 14, en application de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021 précité et du nouvel article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle Emploi. Par un courrier du 17 mars 2021, la requérante a demandé à la directrice régionale de Pôle emploi Ile-de France de mettre en concordance son positionnement dans la grille de classification des agents contractuels de droit public de l'institution avec l'emploi sur lequel elle était affectée, classé en catégorie 3. Par une décision du 16 avril 2021, Pôle emploi a rejeté cette demande au motif d'une part, que le positionnement d'un agent dans une catégorie, un niveau et un échelon est automatique dans la nouvelle grille de classification des agents de droit public de Pôle emploi et d'autre part, que l'article 27 du décret n° 2021-81 du 28 janvier 2021 n'ouvrait à l'agent que la possibilité de contester son positionnement dans un emploi et une filière du référentiel des métiers de Pôle emploi. Par la présente requête, Mme C demande au Tribunal l'annulation de la décision du 16 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 16 avril 2021 :

2. L'exercice d'un recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. En l'espèce, la requérante, en demandant la mise en concordance de la catégorie dans laquelle elle a été classée, avec la catégorie 3 dans laquelle figure son emploi de " chargée de la gestion des carrières et des mobilités " dans le tableau annexé de décision DG n° 2021-26 du 29 janvier 2021, doit être regardée comme contestant uniquement son reclassement au niveau 2.1 de la catégorie 2, sans remettre nullement en cause son rattachement à la filière " support " et à son emploi. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 avril 2021 ainsi que les moyens soulevés à l'encontre de cette décision doivent être regardés comme dirigés contre la décision du 27 février 2021.

En ce qui concerne la décision du 27 février 2021 :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, dans sa version en vigueur à compter du 1er février 2021 : " Les agents mentionnés à l'article 1er sont répartis, en fonction de leur emploi, dans l'une des catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4 et dans l'une des trois filières suivantes : relation de service, support et management. / La catégorie d'emplois 1 comporte deux niveaux d'emplois (1.1 et 1.2), les catégories d'emplois 2 et 3 comportent chacune trois niveaux d'emplois (2.1, 2.2, 2.3, 3.1, 3.2 et 3.3) et la catégorie d'emplois 4 comporte un niveau d'emploi (4). / Les filières relation de service et support comportent les catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4, la filière management comporte les catégories d'emplois 3 et 4. / Les emplois sont classés dans les différentes catégories d'emplois par décision du directeur général ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021 modifiant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi : " Les agents mentionnés à l'article 1er du décret du 31 décembre 2003 susvisé en fonctions à la date d'entrée en vigueur du présent décret sont reclassés à cette date dans les nouveaux niveaux d'emploi et échelons, conformément au tableau de correspondance suivant. " Il résulte du tableau de correspondance de l'article 26, que les agents mentionnés à l'article 1er du décret du 31 décembre 2003 en fonction à la date d'entrée en vigueur du présent décret, qui étaient classés au 14e échelon du niveau d'emploi II, sont désormais reclassés au 14e échelon du niveau d'emploi 2.1.

5. Enfin, en application de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 susvisé, le directeur général de Pôle Emploi a, par une décision DG n° 2021-26 du 29 janvier 2021, procédé à la classification des emplois des agents contractuels de droit public de l'établissement, dans les nouvelles catégories et niveaux d'emploi résultant du décret du 28 janvier 2021. Aux termes de l'article 27 de ce décret : " Dans le mois qui suit l'entrée en vigueur du présent décret, l'agent se voit notifier son positionnement dans un emploi et une filière du référentiel des métiers de Pôle Emploi. L'agent qui conteste ce rattachement peut saisir la commission paritaire compétente dans un délai d'un mois à compter de la date de la notification. La commission paritaire rend un avis sur la contestation dans un délai d'un mois à compter de sa saisine et peut demander au directeur général la révision du positionnement contesté. Le directeur général notifie à l'agent, dans les quinze jours qui suivent l'avis de la commission paritaire, son positionnement définitif. "

6. Il ressort des pièces du dossier que, jusqu'au 1er février 2021, Mme C était positionnée au 14e échelon, du niveau d'emploi II dans la filière " conseil à l'emploi " et occupait les fonctions de technicien supérieur appui gestion. Elle a été informée, par courriers des 24 et 27 février 2021, d'une part, par le premier courrier, qu'elle était rattachée à l'emploi de " chargée de la gestion des carrières et des mobilités " de la filière " support " et d'autre part, par le deuxième courrier, qu'elle était positionnée au 14e échelon, de la catégorie 2, niveau d'emploi 2.1 " conseiller relation de service adjoint de gestion ". La requérante se prévaut de l'illégalité de cette dernière décision au motif qu'elle aurait dû être reclassée au niveau 3.1 dès lors que l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, tel que modifié par le décret du 28 janvier 2021, prévoit un reclassement, en fonction de l'emploi et que le tableau annexé de la décision du directeur général de Pôle emploi n° 2021-26 du 29 janvier 2021 a positionné l'emploi de " chargée de la gestion des carrières et des mobilités " de la filière " support " en niveau 3. L'entrée en vigueur de cette nouvelle classification aurait dû, selon elle, avoir pour effet de la faire bénéficier d'un emploi de niveau 3.1. Toutefois, les dispositions de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 dont se prévaut la requérante doivent être articulées avec celles de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021 lequel prévoit que le niveau d'emploi susceptible d'être occupé par les agents de droit public, en fonction au moment de la publication de celui-ci, dans la nouvelle classification dépend uniquement du niveau d'emploi qu'ils occupaient dans la précédente classification. Dans ces conditions, l'administration était tenue, en application de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021, de reclasser Mme C dans le 14ème échelon du niveau d'emploi 2.1, sans porter aucune appréciation sur les faits de l'espèce, dans la mesure où le reclassement présente un caractère automatique et s'impose tant à l'administration qu'à l'agent concerné. Ainsi, seuls les agents occupant précédemment un emploi de niveau IV A pouvaient être reclassés au niveau 3.1. Par suite, eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le directeur régional de Pôle emploi Ile de France et alors que Mme C ne remet pas en cause ni son appartenance à la filière " support ", ni l'emploi de chargée de gestion carrière et mobilité, les moyens invoqués par l'intéressée qui ne remettent pas en cause la situation de compétence liée, doivent être écartés comme inopérants.

7. En deuxième lieu, dès lors que ce sont les dispositions règlementaires susvisées qui ont prévu le reclassement en litige pour les agents en fonction de leur niveau d'emploi à la date de publication du décret du 28 janvier 2021 et qu'il n'est pas contesté par la requérante, qu'à cette date, elle ne relevait pas d'un niveau d'emploi permettant un reclassement au niveau 3, Mme C, dont le contrat de recrutement n'a pas été consenti dans des conditions illégales, n'est pas fondée à se prévaloir d'un droit à la modification par son employeur de son contrat afin que celui-ci soit mis en conformité avec les dispositions réglementaires régissant les agents contractuels de droit public.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 27 février 2021 par laquelle le directeur général adjoint de Pôle emploi l'a définitivement positionnée dans l'emploi 2.1 de la catégorie 2, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Pôle emploi, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme C la somme que celle-ci réclame au titre des frais qu'elle y a exposés. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par Pôle Emploi au titre des frais qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à Pôle emploi Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

N. CARO

La présidente,

N. RIBEIRO-MENGOLI

La greffière,

P. DEMOL

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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