jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2107090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | HERRERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 mai et
7 juin 2021, Mme A C B, représentée par Me Herrero, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 26 avril 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de
150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous astreinte de
100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises sans que sa situation ait été effectivement examinée ;
- le refus de titre de séjour litigieux est entachée d'un vice de procédure, faute pour l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au vu duquel il a été pris d'avoir été valablement signé dans les conditions prévues à l'article
L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte, ainsi que la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est bien fondée à exciper de l'illégalité de la décision qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français et de l'illégalité de cette dernière décision au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gauchard.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 5 mai 1994 à Yopougon (Cote d'Ivoire), qui serait entrée en France en 2016, a sollicité, le 22 octobre 2020, le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivrée pour raisons de santé. Par un arrêté du 26 avril 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.
2. Les décisions attaquées visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles indiquent les motifs en considération desquels, au vu de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que l'intéressée ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé et précisent que rien ne fait obstacle à ce que Mme B, entrée irrégulièrement en France et célibataire sans charge de famille, regagne son pays d'origine. Elles précisent encore que l'intéressée n'établit pas être exposée à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans ce pays. Ces décisions comportent ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont, dès lors, à l'exigence de motivation. Dans ces conditions, alors que le bien fondé des motifs retenus par le préfet est dépourvu d'incidence sur l'appréciation portée sur les mérites d'un tel moyen, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions litigieuses doit être écarté.
3. Rien ne permet d'estimer que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a notamment relevé que Mme B ne s'est pas prévalue de circonstances exceptionnelles, aurait omis d'examiner effectivement la demande de cette dernière et aurait ainsi entaché le refus de renouvellement de titre de séjour en litige d'une erreur de droit.
4. L'avis des trois médecins composant le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 mars 2021 au vu duquel le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B ne constitue pas une décision. Dès lors, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives, de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives. En tout état de cause, aucun élément du dossier ne permet de douter que les signataires de cet avis, dont l'identité est précisée, n'auraient pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. Pour donner une portée utile aux écritures de Mme B, qui se prévaut des dispositions équivalentes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entré en vigueur postérieurement à l'édiction du refus de titre de séjour litigieux, la requérante doit être regardée comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions, alors en vigueur, de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). " .".
6. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé, au vu de l'avis précité du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 mars 2021, que si l'état de santé Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical en date du 30 juin 2021, que la requérante a fait l'objet d'une hospitalisation entre le 14 août et le 26 août 2019 après avoir présenté " un état dissociatif avec comportement inadapté et des angoisses massives " et que, depuis lors, elle suit un traitement neuroleptique et fait l'objet d'un accompagnement psychiatrique en ambulatoire " avec des consultations régulières ". En se bornant à faire valoir que le lien de confiance entre elle et l'équipe soignante est nécessaire pour la continuité des soins et contribue à éviter des rechutes, Mme B n'apporte aucun élément susceptible de faire douter du bien-fondé de l'appréciation portée par le préfet selon laquelle elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
8. Mme B soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors qu'elle réside en France depuis 2016, que ses deux parents résident régulièrement sur le territoire français ainsi que son frère, titulaire de la nationalité française, qu'elle a été scolarisée dans le cadre d'un baccalauréat professionnel de septembre 2016 à juillet 2019 et qu'elle a travaillé comme médiatrice au sein de l'association nationale femmes relais médiatrices interculturelles dans le cadre d'un contrat à durée déterminée allant du 5 octobre 2020 au 4 octobre 2021. Toutefois, alors qu'elle ne justifie pas du lien familial l'unissant à la personne qu'elle présente comme son frère, Mme B, célibataire sans charge de famille sur le territoire français, n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attache dans son pays d'origine où elle a résidé, à tout le moins, jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions la durée depuis laquelle elle résiderait en France, la présence de ses parents en France, son parcours scolaire et la circonstance qu'elle ait travaillé pendant une durée de l'ordre de six mois, à la date de l'arrêté attaqué, ne sont pas de nature à faire considérer qu'au regard des buts en vue desquels elles ont été prises les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Il en va de même, d'une part, en tout état de cause, du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions, alors en vigueur, du 7°) de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de portée équivalents à celles de l'article L. 423-23 du même code dont la requérante se prévaut, d'autre part, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé à l'encontre du refus de renouvellement d'un titre de séjour et de la mesure d'éloignement.
9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas pour objet ou pour effet de fixer le pays à destination duquel la requérante sera éloigné, le moyen tiré de ce que cette mesure d'éloignement méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français ni de l'illégalité de cette dernière décision au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles à fin d'injonction et d'astreinte et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Breuille, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
Le président-rapporteur,
L. Gauchard
L'assesseur le plus ancien,
C. Caron-LecoqLa greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2107090
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026