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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107097

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107097

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mai et 30 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Tall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- le refus de titre de séjour litigieux est entaché d'un défaut d'examen particulier tant de sa situation familiale qu'au regard de sa situation professionnelle et compte tenu de sa durée de séjour et des titres de séjour qui lui ont été délivrés ;

- c'est à tort que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que son comportement caractérise une menace à l'ordre public ;

- ce refus ainsi que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle a sur sa situation personnelle ;

- il est bien fondé à exciper de l'illégalité de la décision qui lui refuse le renouvellement de son certificat de résidence au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement litigeuse ;

- la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français porte atteinte à la liberté d'aller et de venir garantie par l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et, comme telle, irrecevable.

Par une ordonnance du 1er février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

14 mars 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauchard,

- et les observations de Me Fatou Tall, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 8 mai 1987 à Oued Rihou (Algérie) entré sur le territoire français le 27 septembre 2014 sous couvert d'un visa Schengen de type C, a sollicité, le 16 novembre 2020, le renouvellement du certificat de résidence algérien en qualité de salarié qui lui avait été délivré. Par un arrêté du 15 février 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. L'arrêté litigieux vise notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que l'intéressé a joint à sa demande des attestations de pôle emploi, rappelle les mentions le concernant figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), indique que la présence en France de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public justifiant le refus de renouvellement de son titre de séjour et l'édiction à son encontre d'une mesure d'éloignement. L'arrêté relève encore que les décisions qu'il édicte ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que M. B n'établit pas être exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de cette convention dans son pays d'origine. La décision qui fait interdiction au requérant de retourner en France rappelle, en outre, que, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, M. B se trouve, dès lors, dans le cas, prévu au quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel un étranger peut faire l'objet d'une interdiction de retour. Elle indique que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué, relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment du huitième alinéa dudit III ". L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur le fondement desquels les décisions litigieuses ont été prises et satisfait, ainsi, à l'obligation de motivation.

3. Rien ne permet d'estimer, alors que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, que le refus de titre de séjour attaqué aurait été pris sans que la situation de ce dernier ait été effectivement examinée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que ce refus de titre de séjour en litige serait entaché d'une erreur de droit doit être écarté.

4. Pour estimer que la présence en France de M. B constitue une menace à l'ordre public, le préfet a relevé que l'intéressé apparaît au fichier TAJ pour usage illicite de stupéfiant, le 28 novembre 2015, vol simple, le 14 avril 2016, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le

29 octobre 2016, port sans motif légitime d'arme incapacitante de catégorie D, menace de délit contre les personnes avec ordre de remplir une condition, violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 4 mars 2017, vol simple, le 9 septembre 2017 et enfin, recel de bien provenant d'un vol le 30 octobre 2017. En se bornant à soutenir qu'il a fait l'objet de plusieurs rappels à la loi, qu'il produit, " concernant des faits de vol simple, de recel et de port d'armes ", qu'il a été relaxé, le 27 décembre 2016, pour des faits de violence sans incapacité par le conjoint de la victime, ce qu'il établit et à faire valoir qu'il aurait agi sous l'influence de son ex épouse dont l'état mental serait instable, M. B ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits d'usage de stupéfiant, de vols, de recel et de port d'arme retenus à sa charge. Compte tenu de la réitération de ces faits, sur une durée de deux années environ seulement et nonobstant l'absence de condamnation pénale, selon le requérant, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui aurait pris la même décision s'il n'avait pas, également, retenu, les faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité pour lesquels le requérant a été relaxé, a pu, sans entacher ses décisions d'erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. B constitue une menace à l'ordre public.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. A la supposée établie, la durée de présence habituelle en France de M. B serait limitée à environ six années et demi à la date de l'arrêté litigieux. Le requérant, divorcé de son épouse française depuis novembre 2017, sans enfant, ne justifie pas d'attaches personnelles ou familiales en France. Il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine. S'il fait valoir son insertion professionnelle, les contrats de travail temporaire ou à durée déterminée dont il se prévaut sont postérieurs à la date des décisions attaquées. Les pièces qu'il produit, émanant de pôle emploi, permettent uniquement de tenir pour acquis qu'il a travaillé, à temps partiel seulement, en temps qu'intérimaire, préparateur de commande, depuis décembre 2016, soit un peu plus de quatre ans à la date de l'arrêté querellé. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, au regard du but en vue duquel elles ont été prises, la décision qui refuse la délivrance un titre de séjour à M. B et celle qui lui fait obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la vie personnelle du requérant.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision qui lui refuse le renouvellement de son titre de séjour au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français.

8. Les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement litigieuse porterait atteinte à la liberté d'aller et de venir garanti par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme ne sont assortis d'aucune précision permettant d'apprécier leur portée et leur bien fondé. Ils doivent, dès lors et en tout état de cause, être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir opposée en défense, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur leur fondement par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le président-rapporteur,

L. Gauchard

L'assesseur le plus ancien,

C. Caron-LecoqLa greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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