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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107177

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107177

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDEBBAGH BOUTARBOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2021, M. F A, représenté par Me Debbagh Boutarbouch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'appréciation de sa durée de présence ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- elle est illégale par voie d'exception ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité égyptienne né le 26 janvier 1997, a demandé la délivrance d'un titre de séjour le 19 novembre 2020. Par un arrêté du 26 avril 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et interventions, signataire de la décision attaquée, pour signer le type de décision en litige, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré, dans son arrêté, que si le requérant soutient être entré irrégulièrement en France le 25 novembre 2015, il ne justifie pas de la réalité de cette date et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 31 mai 2019, notifiée le 22 août de la même année, pour laquelle aucune décision d'annulation ou d'abrogation n'est intervenue et que l'intéressé ne pouvait dès lors être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de cette mesure. Toutefois, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière. Par suite, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit concernant la prise en compte des années de présence antérieures à la date d'exécution d'office de la dernière mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de l'intéressé dans le calcul des années de présence en France. Cependant, l'intéressé n'établit pas, par les pièces insuffisamment diversifiées et probantes qu'il verse, sa résidence habituelle en France avant l'année 2020. Dans ces conditions, alors au demeurant que la durée de présence habituelle ne constitue que l'un des critères pertinents, parmi d'autres, dans le cadre de l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il résulte de l'instruction que ce dernier aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur.

4. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle retient que les dix fiches de paye qu'il présente ne peuvent lui permettre de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, alors qu'il a transmis, outre ses dix fiches de paie de janvier à octobre 2020, ses fiches de paie de novembre 2020 à mars 2020, portant le total de fiches de paie transmis à quinze sur les cinq dernières années et non dix. Cependant, si le requérant prouve avoir complété sa demande par des courriers des 23 janvier et 7 avril 2021, respectivement réceptionnés par les services de la préfecture les 26 janvier et 12 avril de la même année, il résulte de l'instruction que, eu égard à au faible nombre de bulletins de paie qui n'ont pas été pris en compte par l'autorité dans son arrêté, le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté en litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

6. Il ne résulte pas de la seule circonstance que le requérant travaille depuis le mois de janvier 2020 en tant que peintre pour la même société, soit depuis seize mois à la date de l'arrêté en litige, en vertu d'un contrat à durée indéterminée et à temps plein, que le préfet aurait, en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour, entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, ou dans l'appréciation des conséquences de sa décision de refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

7. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " () III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet, pour édicter à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français, a relevé que l'autorité administrative peut, par décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter le territoire français et assortir cette décision d'une interdiction " s'il existe un risque qu'il se soustrait à cette obligation ". Il a ensuite relevé que l'intéressé a justement fait l'objet de mesures d'éloignement prononcées par le préfet des Hauts-de-Seine le 23 avril 2018, notifiée le même jour, à la suite du rejet de sa demande d'asile, puis le 31 mai 2019, notifiée le 22 août suivant, à la suite du rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. En se bornant, pour prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour et en fixer la durée à deux années, à relever un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français, sans se prononcer sur les quatre critères mentionnés au huitième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a entaché sa décision d'interdiction de retour d'erreur de droit. Dans ces conditions, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision qui lui fait interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'implique aucune mesure d'exécution demandée par le requérant. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La décision d'interdiction de retour du 26 avril 2021 édictée à l'encontre de M. A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. B, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

L. C

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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