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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107196

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107196

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBICHET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 26 mai 2021 sous le n° 2107196, M. B A, représenté par Me Bichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) portant rejet d'un recours administratif préalable obligatoire et refus de renouvellement d'une carte professionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure, ayant été prise au terme d'une consultation irrégulière du fichier de traitement des antécédents judiciaires ;

- en application des dispositions de l'article 230-8 du code de procédure pénale, les faits pour lesquels il a été condamné les 18 novembre 2017 et 19 novembre 2018, inscrits au fichier de traitement des antécédents judiciaires, ne pouvaient être consultés dans le cadre de l'enquête administrative préalable à l'approbation de la délibération attaquée ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le CNAPS conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 26 mai 2021 sous le n° 2107197, M. B A, représenté par Me Bichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 25 février 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) portant rejet d'un recours administratif préalable obligatoire et refus de renouvellement d'une carte professionnelle ainsi que la décision implicite de rejet de la commission locale d'agrément et de contrôle d'Île-de-France par laquelle lui a été refusée le renouvellement de sa carte professionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la délibération et la décision implicite de rejet de la CLAC attaquées sont entachées d'un vice de procédure, ayant été prises au terme d'une consultation irrégulière du fichier de traitement des antécédents judiciaires ;

- en application des dispositions de l'article 230-8 du code de procédure pénale, les faits pour lesquels il a été condamné les 18 novembre 2017 et 19 novembre 2018, inscrits au fichier de traitement des antécédents judiciaires, ne pouvaient être consultés dans le cadre de l'enquête administrative préalable à l'approbation de la délibération attaquée ;

- la délibération et la décision implicite de rejet de la CLAC attaquées sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le CNAPS conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour, conseillère,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,

- et les observations de Me Bichet, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a saisi, le 13 janvier 2021, la commission nationale d'agrément et de contrôle d'un recours administratif préalable obligatoire contre la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle Île-de-France lui refusant le renouvellement de sa carte professionnelle délivrée en qualité d'agent de sécurité privée. Par une délibération du 25 février 2021, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. A, ainsi que sa demande de renouvellement de la carte professionnelle. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette délibération et de la décision implicite de rejet de la commission locale d'agrément et de contrôle d'Île-de-France par laquelle lui a été refusé le renouvellement de sa carte professionnelle.

Sur la jonction des requêtes nos 2107196 et 2107197 :

2. Les requêtes de M. A enregistrées sous les nos 2107196 et 2107197, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour refuser à M. A le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a retenu qu'il avait été mis en cause, le 23 mai 2020, en qualité d'auteur de faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le même jour, qu'il avait été mis en cause, le 18 novembre 2017, pour des faits de même nature commis le même jour et qu'il a été condamné, le 28 août 2018, par le tribunal correctionnel de Bobigny, à raison de faits de même nature commis le 19 avril 2018. Elle estimait que ces faits révélaient un comportement difficilement contrôlable, qui n'est pas compatible avec l'exercice d'activités de sécurité privée lesquelles nécessitent une maîtrise de soi et le respect de l'intégrité d'autrui et qu'ils étaient d'autant plus graves qu'ils avaient été commis alors que l'intéressé était titulaire d'une carte professionnelle et par suite, ne pouvait ignorer les obligations déontologiques inhérentes à son activité. Elle en déduisait qu'eu égard à leur caractère grave, répété et récent, les agissements de M. A étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions envisagées.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". L'article L. 612-20 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / ()/ La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2° et 3°. () ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires dans le cadre de l'enquête administrative a été réalisée par deux agents du CNAPS qui disposaient d'une habilitation spéciale pour accéder à ce fichier, accordées respectivement par le préfet de la zone de sécurité et de défense Est, préfet de la région Lorraine, préfet de la Moselle, par un arrêté du 6 novembre 2014 et par le préfet de police de Paris par un arrêté du 27 juillet 2020. Le numéro matricule de ces agents est mentionné sur leur fiche d'habilitation et correspond à celui porté sur l'extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires, consulté par ces derniers les 11 février 2020 et 28 janvier 2021. Dès lors, le moyen tiré de la consultation irrégulière du fichier de traitement des antécédents judiciaires doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 230-8 du code de procédure pénale : " Le traitement des données à caractère personnel est opéré sous le contrôle du procureur de la République territorialement compétent, qui, d'office ou à la demande de la personne concernée, ordonne qu'elles soient effacées, complétées ou rectifiées, notamment en cas de requalification judiciaire, ou qu'elles fassent l'objet d'une mention. () En cas de décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause sont effacées, sauf si le procureur de la République en prescrit le maintien, auquel cas elles font l'objet d'une mention. Lorsque le procureur de la République prescrit le maintien des données à caractère personnel relatives à une personne ayant bénéficié d'une décision de relaxe ou d'acquittement devenue définitive, il en avise la personne concernée. En cas de décision de non-lieu ou de classement sans suite, les données à caractère personnel concernant les personnes mises en cause font l'objet d'une mention, sauf si le procureur de la République ordonne l'effacement des données à caractère personnel. Lorsque les données à caractère personnel relatives à la personne concernée font l'objet d'une mention, elles ne peuvent faire l'objet d'une consultation dans le cadre des enquêtes administratives prévues aux articles L. 114-1 et L. 234-1 à L. 234-3 du code de la sécurité intérieure et à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité. Les décisions du procureur de la République prévues au présent alinéa ordonnant le maintien ou l'effacement des données à caractère personnel ou ordonnant qu'elles fassent l'objet d'une mention sont prises pour des raisons liées à la finalité du fichier au regard de la nature ou des circonstances de commission de l'infraction ou de la personnalité de l'intéressé. () ".

7. M. A soutient que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires concernant les faits qu'il a commis les 18 novembre 2017 et 19 novembre 2018, à raison desquels il a été condamné le 28 août 2018, est irrégulière, dès lors que cette consultation a été proscrite, en vertu des dispositions de l'article 230-8 du code de procédure pénale, par une décision du procureur de la République en date du 2 février 2021. Toutefois, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires le 28 janvier 2021, soit antérieurement à l'intervention de la décision du procureur de la République, le 2 février 2021. Or, il ne résulte pas de l'article 230-8 du code de procédure pénale que l'inscription d'une mention au fichier du traitement des antécédents judiciaires en proscrivant la consultation dans le cadre d'enquêtes administratives revêtirait un effet rétroactif mais fait seulement obstacle à la consultation ultérieure des données en cause dans le cadre d'enquêtes administratives. Ainsi, en se fondant sur les indications figurant au fichier du traitement des antécédents judiciaires concernant M. A le 28 janvier 2021, alors même que cette consultation était antérieure à l'approbation de la délibération attaquée, le CNAPS n'a commis aucune erreur de droit.

8. En troisième lieu, M. A ne conteste pas les faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis les 18 novembre 2017 et 19 avril 2018, dont il a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Bobigny, par un jugement du 28 août 2018. Ainsi, ces faits doivent être regardés comme établis. Eu égard à leur nature et à leur gravité, ces faits suffisent à regarder le comportement de M. A comme incompatible avec l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée, et ce, quand bien même l'intéressé conteste avoir commis les faits du 23 mai 2020 qui lui sont reprochés. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'autorité administrative a estimé que le comportement de M. A était contraire aux exigences posées par les dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2107196

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