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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107263

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107263

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRODIER PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, M. A B, représenté par Me Rodier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 1er avril 2021 par laquelle la commune du Blanc-Mesnil a autorisé le recrutement d'un agent contractuel sur un emploi de directeur de la musique et de la danse ;

2°) et de mettre à la charge de la commune du Blanc-Mesnil une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération du 1er avril 2021 méconnaît l'article 6 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- elle méconnaît le 3° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, la commune du Blanc-Mesnil, représentée par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, l'acte attaqué n'étant pas susceptible de recours pour excès de pouvoir ;

- la requête est irrecevable, M. B ne justifiant pas d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire en réplique a été enregistré le 15 mars 2024 pour le compte de M. B, il n'a pas été communiqué.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Poput, substituant Me Bazin et représentant la commune du Blanc-Mesnil.

Une note en délibéré a été enregistrée le 28 mai 2024 pour le compte de la commune du Blanc-Mesnil, elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire du corps des directeurs d'établissements territoriaux d'enseignement artistique, a été recruté par la commune du Blanc-Mesnil à compter du

1er septembre 2015 et exerce les fonctions de directeur du conservatoire municipal. Par une délibération du 1er avril 2021, la commune du Blanc-Mesnil a autorisé le recrutement d'un agent contractuel sur un emploi de directeur de la musique et de la danse. Il s'agit de la décision attaquée.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

2. En premier lieu, la commune du Blanc-Mesnil soutient que la délibération du 1er avril 2021 ne constitue pas un acte susceptible de recours. Toutefois, la délibération autorisant le maire de la commune du Blanc-Mesnil à recruter un agent contractuel sur l'emploi de directeur de la musique et de la danse, qui constitue un préalable obligatoire audit recrutement en application de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984, revêt un caractère décisoire et constitue, ce faisant, un acte susceptible de recours pour excès de pouvoir. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.

3. En second lieu, si un fonctionnaire, en principe, ne justifie pas d'un intérêt à agir contre les mesures d'organisation du service dans lequel il exerce ses fonctions, il en va autrement lorsque cette mesure porte atteinte aux droits qu'il tient de son statut ou aux prérogatives de son corps ainsi que dans l'hypothèse où cette mesure modifie les responsabilités qui lui incombent.

4. En l'espèce, les attributions dévolues à M. B, en qualité de directeur du conservatoire municipal, telles qu'elles ressortent de sa fiche de poste, se recoupent partiellement avec celles attribuées au directeur de la musique et de la danse. Il en va ainsi des missions de promotion des activités culturelles au sein de la commune et du développement des liens avec diverses institutions. Dans ces conditions, M. B justifie d'un intérêt à agir contre la délibération du 1er avril 2021. La fin de non-recevoir soulevée doit donc également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ". Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable du 22 décembre 2019 au 1er mars 2022 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : () 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; () ".

6. En l'espèce, M. B soutient notamment que ni les besoins du service ni la nature des fonctions ne justifient de recruter un agent contractuel sur l'emploi de directeur de la musique et de la danse. La commune du Blanc-Mesnil allègue que le recrutement d'un agent contractuel se justifie par la nature des fonctions dès lors que les " activités dévolues à cet emploi " nécessitent une spécialisation, qu'il existe une pénurie de fonctionnaires et que la durée du contrat de recrutement d'un agent contractuel permet d'offrir à l'agent " une meilleure inscription dans le temps de son action ". D'une part, l'absence de fonctionnaire susceptible d'occuper ledit emploi est relative à la seconde condition de l'article 3-3 précité et n'est donc pas de nature à établir que la nature des fonctions exercées justifie le recrutement d'un agent contractuel. D'autre part, la nécessité de recruter un agent de manière pérenne n'est également pas de nature à justifier le recrutement d'un agent contractuel dès lors que les agents titulaires, par définition, sont recrutés de manière pérenne. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les missions confiées au directeur de la musique et de danse consistent en l'élaboration et la mise en œuvre d'un projet d'établissement pour les deux établissements culturels ainsi que d'un programme d'éducation artistique et d'action culturelle. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ces missions revêtent une spécificité particulière justifiant le recrutement d'un agent contractuel. A cet égard, la commune du Blanc-Mesnil, dans ses écritures en défense, se borne à affirmer la nécessité de recruter un agent spécialisé, sans justifier qu'un agent titulaire ne puisse justifier de ladite spécialisation.

7. Dans ces conditions, la délibération du 1er avril 2021, qui autorise le recrutement d'un agent contractuel sur l'emploi de directeur de la musique et de la danse, méconnaît le 2° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de la délibération du 1er avril 2021.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune du Blanc-Mesnil.

11. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Blanc-Mesnil une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 1er avril 2021 par laquelle la commune du Blanc-Mesnil a autorisé le recrutement d'un agent contractuel sur un emploi de directeur de la musique et de la danse est annulée.

Article 2 : La commune du Blanc-Mesnil versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune du Blanc-Mesnil et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune du Blanc-Mesnil.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Ghazi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La première conseillère,

A. GhaziLe président,

J-C. TruilhéLa greffière,

A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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