mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2107371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | DE MARGERIE STANISLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 mai 2021, 9 mai 2022 et 15 décembre 2022, la SARL AAB, représentée par Me de Margerie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-0999 du 29 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à la suspension, pour une période d'un mois, de l'agrément des installations du centre de contrôle technique de véhicules légers AAB ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure contradictoire prévue par l'article R. 323-18 du code de la route et par l'article 13-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes a été méconnue ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- le principe de personnalité des peines a été méconnu ;
- la décision attaquée est infondée en tant qu'elle sanctionne la méconnaissance d'obligations dépourvues de base légale ;
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait ;
- l'ordonnance du juge des référés est irrégulière et a été rendue tardivement.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de Me de Margerie, représentant la SARL AAB.
Une note en délibéré présentée pour la SARL AAB a été enregistrée le 11 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL AAB exploite le centre de contrôle technique de véhicules légers AAB situé 13 avenue de la République dans la commune d'Aubervilliers, qui est rattaché au réseau de contrôle Vivauto Autovision. Les installations de ce centre de contrôle ont fait l'objet à compter du 26 mars 2010 d'un agrément pour le contrôle technique de véhicules légers délivré par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Les services de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Ile-de-France ont effectué le 10 février 2021 une visite de surveillance de l'activité de contrôle exercée par le centre AAB. Tirant les conséquences de cette visite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé la suspension pour une période d'un mois de l'agrément du centre AAB par un arrêté n° 2021-0999 du 29 avril 2021. La SARL AAB demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la procédure de sanction :
2. Aux termes du paragraphe IV de l'article R. 323-14 du code de la route : " IV. - L'agrément des installations de contrôle peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions de bon fonctionnement des installations ou si les prescriptions qui leur sont imposées par la présente section ne sont plus respectées, et après que la personne bénéficiaire de l'agrément et le représentant du réseau de contrôle auquel les installations sont éventuellement rattachées ont pu être entendus et mis à même de présenter des observations écrites ou orales. () ". Aux termes de l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " L'agrément du centre de contrôle peut être retiré ou suspendu pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques couvertes par l'agrément, conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route, par le préfet du département du centre. Les mesures de retrait ou suspension sont notamment applicables en cas de non-respect des articles R. 323-13 à R. 323-17 du code de la route. / Avant toute décision, le préfet informe par écrit l'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du centre, pour tout ou partie des catégories de contrôles, en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. L'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. / Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités l'exploitant du centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le réseau éventuellement concerné avant que la sanction ne soit prononcée. () ".
3. En premier lieu, la SARL AAB soutient que si par une lettre du 3 mars 2021 le préfet de la Seine-Saint-Denis a informé le réseau Vivauto Autovision, auquel est rattaché le centre de contrôle technique AAB, de l'organisation d'une réunion contradictoire dans les locaux de la préfecture le 7 avril 2021, ce réseau n'a pas été invité à participer à cette réunion. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'un représentant du réseau Vivauto Autovision était présent lors de la réunion contradictoire organisée le 7 avril 2021, au cours de laquelle il a d'ailleurs formulé des observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions réglementaires précitées doit être écarté.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que par une correspondance du 3 mars 2021 le préfet de la Seine-Saint-Denis a informé le centre de contrôle technique AAB des manquements constatés par les services de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie lors de leur visite de ce centre effectuée le 10 février 2021, en lui communiquant le rapport établi par ces services le 12 février 2021. Ainsi, le centre AAB a disposé des informations les plus complètes relatives aux manquements constatés. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.
Sur les motifs de la sanction :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " Il est dressé un procès-verbal de chaque contrôle technique. () / Une copie ou un duplicata de ce procès-verbal est archivé par le titulaire de l'agrément de l'installation de contrôle. (). / L'archivage de la copie ou du duplicata ainsi que des éventuels documents associés est réalisé de façon à ce que : / - l'intégrité des documents archivés soit assurée ; / - la traçabilité par rapport au véhicule contrôlé soit assurée ; / - l'ensemble des documents puissent être consultés en permanence (y compris par les services chargés de la surveillance des installations), pendant au moins quatre ans (six ans pour les véhicules de collection). () ". Aux termes du paragraphe 5.3. de l'annexe V de cet arrêté : " Le titulaire de l'agrément de l'installation de contrôle ne doit diffuser un résultat de contrôle à aucune personne ou organisme autre que l'organisme technique central, la direction du réseau auquel il est éventuellement rattaché, les agents de l'administration chargés du contrôle des installations de contrôle, tout organisme désigné à cette fin par le ministre chargé des transports et la personne ayant soumis son véhicule au contrôle technique pour ce qui la concerne. ". Aux termes du paragraphe E de l'annexe III du même arrêté : " () L'outil informatique équipé du logiciel de contrôle et le dispositif permettant l'impression des procès-verbaux ne sont pas directement accessibles au public. / L'installation de contrôle dispose, pour le stockage de l'ensemble des procès-verbaux vierges d'un coffre-fort fixé ou d'un local fermé et sécurisé. () ".
6. D'une part, pour prononcer la sanction en litige le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que les doubles de procès-verbaux des véhicules de collection n'étaient pas conservés dans un lieu fermé et sécurisé. Il résulte des dispositions précitées de l'arrêté du 18 juin 1991 que le centre de contrôle technique doit procéder à un archivage d'une copie ou d'un duplicata du procès-verbal de chaque contrôle technique de véhicule et que, contrairement à ce que soutient la SARL AAB, cet archivage doit être assuré dans un lieu fermé et sécurisé compte tenu des exigences de conservation et de confidentialité attachées aux résultats des contrôles. En outre la société requérante allègue sans l'établir que le centre AAB se serait conformé à son obligation d'archivage des doubles des procès-verbaux des véhicules de collection.
7. D'autre part, pour prononcer la sanction en litige, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que les formulaires servant à établir les procès-verbaux de contrôle n'étaient pas conservés dans un lieu fermé et sécurisé. Si la SARL AAB soutient que pour éviter tout risque de vol de ces documents, le nombre estimé de formulaires de procès-verbaux à utiliser est placé dans le bac de l'imprimante alors que le reste de ces documents est rangé dans la pièce fermée à clef, il a été constaté lors de la visite des installations du centre AAB le 10 février 2021 que des formulaires étaient entreposés dans un endroit accessible au public, ce que le contrôleur responsable du centre a d'ailleurs reconnu lors de la réunion contradictoire organisée le 7 avril 2021, ainsi qu'en atteste le procès-verbal de cette réunion.
8. En revanche, si les dispositions de l'arrêté du 18 juin 1991 fixent des durées différentes de conservation des procès-verbaux de contrôle selon qu'ils se rapportent à des véhicules de collection ou à des véhicules n'appartenant pas à cette catégorie, elles n'exigent pas que ces documents soient archivés séparément, contrairement à ce que relève l'arrêté attaqué.
9. En deuxième lieu, pour prononcer la sanction en litige, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que, en ce qui concerne les compteurs d'exception de niveau 3 traités jusqu'à la fin du mois de décembre 2020, il n'existait aucun justificatif de rappel des véhicules conservé par le centre AAB. La société requérante soutient que les dispositions des points 1.1 et 6.1.5 de l'annexe V de l'arrêté du 18 juin 1991 n'imposent pas de conserver les justificatifs des correspondances adressées par le centre pour rappeler les véhicules concernés par les compteurs d'exception. Toutefois, dès lors que certains compteurs d'exception impliquent un rappel des véhicules, il incombe au centre de contrôle technique de justifier, par tout moyen, du bon accomplissement de cette obligation lui incombant. Aussi, le préfet de la Seine-Saint-Denis a-t-il pu relever, sans imposer une formalité non prévue par les textes, que le centre n'était pas en mesure d'établir que des véhicules devant faire l'objet d'une contre-visite à la suite de compteurs d'exception avaient été effectivement rappelés et qu'il pouvait s'en déduire que le contrôle des véhicules était lacunaire.
10. En troisième lieu, pour prononcer la sanction en litige, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que les contrôles techniques étaient réalisés dans des locaux à l'intérieur desquels la température n'était pas maintenue à un niveau compatible avec les conditions d'utilisation de chaque appareil de mesure. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que lors de la visite de surveillance du 10 février 2021 les services de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Ile-de-France ont constaté que le niveau de température ambiant était inférieur à la température minimale de fonctionnement de l'opacimètre utilisé par le centre. La société AAB ne justifie pas que le centre AAB respecterait les conditions d'utilisation des instruments de contrôle technique des véhicules à défaut pour celui-ci d'être équipé d'un dispositif adapté permettant de maintenir la température au niveau requis, ainsi que le fait valoir le préfet dans son mémoire en défense, alors que les dispositions du paragraphe E de l'annexe III de l'arrêté du 18 juin 1991 déjà mentionné prévoient d'ailleurs que " le bâtiment de contrôle () dispose, si nécessaire, d'un ou plusieurs dispositif (s) permettant le maintien d'une température compatible avec les conditions d'utilisation de chaque appareil ". Enfin, la société requérante ne peut, s'agissant d'une mesure de sanction, utilement exciper de la circonstance que des mesures correctrices auraient été ultérieurement adoptées par elle.
11. En dernier lieu, la SARL AAB soutient que l'arrêté attaqué vise des manquements qui ne peuvent être imputés au centre de contrôle technique AAB dès lors qu'ils ont été commis par des contrôleurs en fonction dans ce centre. Ainsi qu'il est dit au point 1, pour prononcer la mesure de suspension en litige le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les constatations réalisées par les services de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Ile-de-France le 10 février 2021 lors de leur visite de surveillance dans les locaux du centre de contrôle technique AAB. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de visite de surveillance en date du 12 février 2021 que le superviseur a constaté divers manquements imputables au seul centre de contrôle technique ainsi que des manquements commis par les deux contrôleurs en fonction dans ce centre. En outre, les manquements à la réglementation du contrôle technique des véhicules commis par les contrôleurs sont de nature à révéler de sérieuses carences dans l'organisation et le fonctionnement de ce centre et un défaut caractérisé de surveillance de ces contrôleurs. Par suite, il n'est pas établi que le centre de contrôle technique AAB n'aurait pas été sanctionné en proportion de ses propres manquements et le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait le principe de personnalité des peines, selon lequel nul n'est punissable que de son propre fait doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée pouvait être légalement fondée sur les manquement mentionnés ci-dessus, excepté l'absence d'archivage distinct des procès-verbaux de contrôle des deux catégories de véhicules contrôlés, ainsi qu'il est dit au point 8. Il résulte de ces seuls manquements ainsi que de ceux dont la société AAB ne conteste pas le bien-fondé, que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans entacher sa décision des erreurs de droit et des erreurs de fait invoquées, prononcer la suspension de l'agrément dont ce centre était titulaire. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 29 avril 2021 ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL AAB est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL AAB et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le rapporteur,
D. A
La présidente,
J. Jimenez Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026