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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107642

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107642

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantCHILOT-RAOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2021, Mme G C, épouse A, représentée par Me Chilot-Raoul, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de condamner l'Etat à verser à M. B A une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis par son fils E A du fait de l'absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis par son fils D A du fait de l'absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 13 mars 2019 et que le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 17 février 2020 n'a pas été exécuté ;

- son logement souffre d'humidité, de moisissures et de problèmes d'isolation et est rempli de plomb ;

- ses deux enfants sont malades ;

- elle doit s'acquitter de lourdes factures d'électricité ;

- un congé pour reprise du logement a été délivré et la famille va devoir quitter le logement ;

- elle et sa famille subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence, un préjudice financier consistant en la nécessité de poursuivre le paiement d'un logement coûteux, et un préjudice moral.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Chilot-Raoul, représentant les requérants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du

13 mars 2019, désigné Mme A, née C, comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 17 février 2020, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer son relogement sous astreinte de 450 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, l'intéressée a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 15 mars 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. La requérante au tribunal de condamner l'État à verser une somme de 8 000 euros à chacun des membres du foyer en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. La carence fautive de l'Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante au nom de ses enfants mineurs ainsi que, en tout état de cause, pour son époux, doivent être rejetées.

5. La commission de médiation a reconnu, la décision valant pour quatre personnes, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C, épouse A, au motif d'une " attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ", et donc qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Cependant, en premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le logement occupé par la requérante serait insalubre, cette affirmation n'étant étayée que par des certificats médicaux stéréotypés selon lesquels l'état de santé d'un de ses enfants n'est pas compatible avec le logement actuellement occupé et justifie l'attribution d'urgence d'un logement davantage salubre, des ordonnances médicales et prescriptions d'examens médicaux dénués de tout contexte, le témoignage de la requérante elle-même indiquant que le logement souffre d'humidité, de moisissures et de problèmes d'isolation, et enfin des certificats de surveillance des plombémies chez leurs deux enfants, qui indique un " habitat dégradé " mais également une absence de " symptomatologie clinique actuelle ". En deuxième lieu, il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce logement, d'une superficie de 70 mètres carrés, serait sur-occupé ou pour une autre raison inadapté à la composition familiale. Si un congé pour reprise datant du 4 mars 2021 leur a été notifié, il ne résulte pas de l'instruction qu'une décision de justice aurait prononcé son expulsion. En troisième lieu, il ne résulte pas non plus de l'instruction que le loyer de ce logement serait manifestement inadapté aux ressources du ménage, dès lors qu'il s'élève à 850 euros mensuels charges comprises. En effet, les requérants, qui n'ont produit, en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens, que les avis d'impôt sur les revenus de 2018 et 2019 faisant respectivement apparaître 5 996 et 6 079 euros déclarés, la déclaration des revenus perçus en 2020 faisant apparaître 13 733 euros déclarés (6 163 + 7 570), une attestation de paiement de la CAF pour des prestations à hauteur de 940 euros valant pour le mois de décembre 2020, précisant que le quotient familial est fixé à 206 euros, et une attestation de versement d'une allocation de solidarité spécifique à hauteur de 523 euros pour le mois de janvier 2021, perçoivent mensuellement plus de 1 700 euros soit le double de leur loyer. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le maintien de la requérante dans son logement aurait entraîné des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et autres requérants est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C, épouse A, à Me Chilot-Raoul et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le magistrat désigné

Signé

L. FLa greffière

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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