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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107691

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107691

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantHERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 juin 2021, M. B A, représenté par Me Herrero, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et l'a signalé au système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration et l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;

- elle méconnaît le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 :

- le rapport de M. C,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 28 septembre 1950, fait valoir être entré en France le 20 février 2007 muni d'un visa valable du 20 février jusqu'au 15 mars 2007 et a bénéficié de titres de séjour au titre de son état de santé à compter du 23 novembre 2010, renouvelés jusqu'au 9 janvier 2014. Par un arrêté du 18 novembre 2014, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. La demande d'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement n° 1501931 du tribunal administratif de Montreuil du 18 mai 2015, ensuite confirmé par un arrêt n° 16VE00322 du 26 mai 2016 de la cour administrative d'appel de Versailles. L'intéressé a par la suite demandé à nouveau un titre de séjour à raison de son état de santé. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles M. A a obtenu précédemment un titre de séjour dont il a demandé le renouvellement, et expose les motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré qu'il n'entrait pas dans leurs prévisions, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était en outre pas tenu de motiver spécifiquement sa décision au regard de la circonstance que des titres de séjour sur le fondement de son état de santé lui avaient antérieurement été délivrés. Le moyen tiré d'un défaut de motivation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait, à tort, estimé en compétence lié, en particulier à l'égard de l'avis rendu sur le cas de M. A par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il en résulte que le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'avis du collège de médecins l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas au nombre des actes relevant du champ d'application de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives à son encontre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entaché d'irrégularité dans sa procédure de recueil doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent 11° par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes non contestés de l'arrêté litigieux, que, par un avis du 15 mars 2021 dont le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est approprié le contenu dans la décision en litige, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'un traitement approprié existe dans son pays d'origine.

7. M. A se prévaut de la pose d'une prothèse cochléaire en septembre 2010, rendue nécessaire par une otospongiose ayant entraîné une surdité profonde de l'oreille gauche, implant qui n'existerait pas au Cameroun et nécessiterait une prise en charge par un " milieu hyperspécialisé " et une surveillance environ tous les six mois, notamment pour les réglages du processeur interne de l'appareil. Cependant, s'il ressort des pièces du dossier que l'allocation aux adultes handicapés lui est allouée, qu'un taux d'incapacité supérieur à 80 % lui a été reconnu le 1er mars 2021, et qu'un défaut de suivi de cet implant peut aboutir, selon les éléments médicaux versés, à une " rechute " soit une " surdité complète ", l'intéressé ne démontre pas, en se prévalant de certificats médicaux de praticiens en France, pour certains datant de près de dix ans, se bornant à indiquer de manière stéréotypée que les soins " ne peuvent être effectués dans son pays d'origine " et " justifient sa présence en France pour une durée indéterminée ", que ce suivi ne pourrait, contrairement à ce qu'a retenu le collège des médecins de l'OFII, être dispensé dans son pays d'origine. S'il démontre souffrir également de neutropénie, d'une dépression et d'une hypertension artérielle, et avoir été hospitalisé pour des problèmes digestifs en 2016 et 2017, il ne justifie pas de ce que l'interruption d'éventuels traitements correspondants entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'aucun traitement approprié les concernant ne serait effectivement disponible dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable doit par suite être écarté.

8. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

10. Si M. A soutient qu'il réside régulièrement en France depuis 2007, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie d'aucune attache familiale en France ni d'une quelconque insertion professionnelle et ne démontre pas être dépourvu de tous liens familiaux au Cameroun où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, son épouse et leurs trois enfants. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance, d'une part, des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables et d'ailleurs inopérantes en l'espèce, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour soulevée par M. A au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être écartée.

12. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et ses libertés fondamentales en raison d'un risque pour son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 7, le requérant n'établit pas que son état de santé serait tel qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants au sens de ces stipulations.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés aux points 7 et 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait, en raison de son état de santé ou de sa situation familiale en France, entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevée par M. A au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné doit être écartée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de celles dirigées à l'encontre du signalement dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Iss, premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. C

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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