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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107696

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107696

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPLACE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 7 juin 2021 et le

15 août 2021, M. C A, représenté par Me Place, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ; en droit, sa demande n'a été appréciée qu'au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans examen de l'article L. 424-3 de ce code ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en ce que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ajouté une condition à cette disposition ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement serait susceptible de constituer ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Girod, substituant Me Place, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 5 février 1993 et entré en France en juin 2018, a été interpellé le 2 avril 2020 pour des faits de violences conjugales. Par un arrêté du 3 avril 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2002973 du 15 juin 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Melun a annulé ces décisions et enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à toute autorité territorialement compétente de réexaminer la situation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. A l'issue de ce réexamen, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un arrêté daté selon cette autorité du 30 avril 2021 et dont M. A demande l'annulation par la requête visée ci-dessus, refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté n°2020-1618 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E B, cheffe du bureau du contentieux, signataire du refus de titre de séjour litigieux, pour signer une telle décision. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise les dispositions des 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, et analyse la situation privée et familiale du requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français implique que le préfet munisse l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, qu'il ait ou non été saisi d'une demande en ce sens, qu'il se prononce sur son droit à un titre de séjour. Par ailleurs, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle.

5. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre du réexamen enjoint par le jugement du 15 juin 2020 mentionné au point 1, l'intéressé a été reçu en entretien le

20 octobre 2020 et a, à cette occasion et ainsi que cela ressort d'un formulaire du même jour qu'il a signé, sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Ainsi, l'intéressé ne démontre pas avoir saisi le préfet d'une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions du 8° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 424-3 de ce code. Dans ces conditions, les circonstances que le préfet n'ait pas visé ces dispositions ni analysé la situation du requérant au regard de celles-ci ne caractérise pas un défaut d'examen ni une erreur de droit. Le requérant ne peut par ailleurs utilement soutenir que le préfet aurait ajouté une condition à cette disposition législative en examinant sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, qui ont la qualité de réfugié, l'autorité administrative s'étant borné, en l'espèce, à tenir compte de cette circonstance dans le cadre de son pouvoir de régularisation. Les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit doivent, par suite, être écartés.

6. En quatrième lieu, au regard des principes rappelés au point 4 et eu égard à ce qui a précédemment été dit au point 5, et quand bien même l'arrêté en litige mentionne que l'intéressé " ne peut se prévaloir de la vie privée et familiale qui justifierait qu'il se voit délivrer un droit au séjour au regard du statut dont bénéficient " sa concubine et les enfants du couple, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement que l'intéressé n'a pas invoqué devant le préfet et que ce dernier n'a pas examiné d'office. Il ne peut pas davantage et utilement soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer, dès lors que cette menace n'est pas au nombre des motifs de la décision en litige. Ces deux moyens doivent donc être écartés comme inopérants.

7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'autre part, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Le requérant se prévaut de sa relation avec une ressortissante également de nationalité ivoirienne, rencontrée au Maroc, à qui le statut de réfugié a été octroyé le 20 novembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et titulaire à ce titre d'une carte de résident valable jusqu'au 18 mai 2030, ainsi que de la circonstance que de cette relation sont nés deux enfants, le 6 mars 2019 puis le 14 juillet 2020, tous deux également reconnus réfugiés par des décisions de l'OFPRA du 28 février 2020 et du 16 décembre 2020. M. A fait valoir que ces circonstances font obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Côte-d'Ivoire. Cependant, en dépit d'une attestation d'hébergement du 26 avril 2021, selon laquelle la famille vivrait ensemble à l'hôtel depuis le 18 mars 2019, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le requérant partagerait avec sa compagne et leurs enfants une communauté de vie stable et actuelle à la date de la décision en litige. Par ailleurs, si le requérant justifie contribuer à l'entretien de ses enfants en versant notamment au dossier de nombreuses factures depuis 2019, ainsi que des preuves de virements bancaires à compter du mois d'octobre 2020 jusqu'à la date de l'arrêté en litige, au bénéfice de leur mère, il ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants, en l'absence de communauté de vie certaine. En outre, le requérant a été interpelé en avril 2020 pour des faits de violences sur sa concubine, laquelle, lors de sa première audition, a déclaré sur procès-verbal devant les services de police que ces violences étaient " habituelles ". Dans ces conditions, le requérant, irrégulièrement entré en France en 2018, sans emploi et dont les parents ainsi que des frères et sœurs résident toujours en Côte-d'Ivoire, n'est pas fondé à soutenir, eu égard aux faits pour lesquels il est défavorablement connu des services de police, à ses conditions de séjour en France et aux liens qu'il entretient avec ses enfants, que la décision qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de ses enfants réfugiés, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'usage de son pouvoir de régularisation. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées aux points 7 et 8 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées et, d'autre part, que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire doivent par suite être rejetées.

En ce qui concerne le pays de destination :

12. Le requérant ne démontre pas que la décision fixant le pays de destination l'exposerait à des risques de traitements inhumains ou dégradants. La circonstance que sa concubine et ses enfants, avec lesquels il n'établit pas constituer une cellule familiale stable, ont la qualité de réfugié n'est pas de nature à faire regarder cette décision comme méconnaissant les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, par suite, être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. D

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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