LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107697

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107697

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 septembre 2021, M. M'Hamed E, représenté par Me Langlois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence, mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dès la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jours de retard ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant cet examen ; par ailleurs, d'enjoindre à cette autorité de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'erreur de droit dès lors que le préfet devait tenir compte de la circulaire du 28 novembre 2012, publiée et donc opposable en application de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, lui donnant droit à un titre de séjour en qualité de parent d'enfants scolarisés ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu la portée de sa compétence ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans son application ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît le huitième alinéa de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 janvier 2023 :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Ben-Saadi, substituant Me Langlois, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 16 février 1972, fait valoir être entré en France le 16 octobre 2018 muni d'un visa de court séjour, avec son épouse et leurs enfants nés en 2006, 2010 et 2016. Il a demandé son admission exceptionnelle au séjour le 15 mars 2019. Par un arrêté du 5 août 2020 dont M. E demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-1515 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration, pour signer les arrêtés refusant un titre de séjour ainsi au demeurant que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays vers lequel sera éloigné un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen dirigé contre la décision portant refus de séjour, tiré de l'incompétence de Mme A, signataire de l'arrêté en litige, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et analyse la situation privée et familiale du requérant. La circonstance que l'arrêté n'indique pas que ses enfants seraient scolarisés en France et que l'un d'entre eux y serait suivi médicalement, que la mère du requérant ainsi que ses frères et sœurs résident en France et sont de nationalité française, ou que son père est décédé, n'entache pas la décision d'insuffisance de motivation, alors même qu'il n'est pas démontré que les services de la préfecture auraient été informés de l'intégralité de ces informations à la date de l'arrêté attaqué. La circonstance que la décision portant refus de séjour ne vise pas les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant n'est pas davantage constitutif d'une insuffisance de motivation. Enfin, la décision en litige analyse la demande de titre de séjour du requérant au regard de son insertion professionnelle en estimant que l'intéressé " ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France et ne justifie d'aucune perspective professionnelle pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ". Elle n'avait pas à retracer l'intégralité de son parcours. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret () ". Aux termes de l'article L. 312-3 de ce code : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. / Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. / Les dispositions du présent article ne peuvent pas faire obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ".

5. En instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à cet article et listés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du

28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de droit commise par le préfet en méconnaissance de cette circulaire doivent donc être écartés comme inopérants.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en rejetant la demande de de titre de séjour de M. E, le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait cru, à tort, en situation de compétence liée alors qu'il dispose d'un pouvoir de régularisation. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu l'étendue de sa compétence et entaché le refus de titre de séjour attaqué d'une erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

8. En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Par ailleurs aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est marié en Algérie le 19 juillet 2005 avec une compatriote, trois enfants étant nés de cette union en 2006, 2010 et 2016 également en Algérie. Cependant, le requérant n'établit ni même n'allègue que son épouse, entrée en France en 2018 avec leurs trois enfants, résiderait régulièrement en France. Ainsi, alors même que le requérant verse les cartes nationales d'identité de son frère, sa sœur, sa mère et un oncle, dont aucun ne le loge d'ailleurs et avec lesquels il ne démontre pas entretenir de liens intenses et qu'il fait valoir que la famille de son épouse réside régulièrement en Belgique, que son père est décédé et que ses enfants sont scolarisés en France, rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale proche se reconstitue dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'insertion professionnelle dont le requérant se prévaut, qui justifie avoir travaillé entre août 2019 et

janvier 2020 en tant qu'agent d'entretien en intérim, ainsi que, postérieurement à l'arrêté en litige, entre octobre 2020 et février 2021 puis entre juillet et septembre 2021 puis entre mai et juillet 2022, demeure récente et faible à la date de l'arrêté en litige, le requérant ne justifiant alors que d'une promesse d'embauche sans emploi stable. Enfin, si le requérant, qui n'a au demeurant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade, justifie qu'un de ses enfants souffre d'asthme, il n'établit pas, par les pièces qu'il verse au dossier, que l'interruption de son traitement entraînerait pour cet enfant des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni même l'absence de possibilité d'accéder effectivement, dans son pays d'origine, à un traitement approprié. Dans ces conditions, le préfet, en refusant à M. E la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas, dans sa décision de refus de titre, porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées aux points 7 à 9. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent, par suite, être écartés.

11. En sixième lieu, le requérant soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'erreurs de fait s'agissant de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ainsi que s'agissant de son insertion professionnelle en France. Cependant, d'une part, si le préfet a considéré que la mère et la fratrie du requérant résident en Algérie alors qu'il ressort des pièces du dossier que, de nationalité française, sa mère, son frère et sa sœur résident en France, il résulte de l'instruction qu'eu égard à ce qui a été précédemment dit au point 10, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif erroné. D'autre part, si le préfet a estimé dans son arrêté que le requérant " ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France et ne justifie d'aucune perspective professionnelle pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ", il doit être regardé ce faisant comme ayant considéré que l'insertion professionnelle du requérant n'est pas suffisante pour qu'il puisse bénéficier d'une mesure de régularisation. A supposer même que le préfet ait considéré que l'intéressé ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France, il résulte de l'instruction que le préfet aurait en tout état de cause pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif entaché d'erreur de fait, eu égard à la faible insertion professionnelle, analysée au point 10, du requérant, lequel est sans emploi stable à la date de l'arrêté en litige. Le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour serait entaché d'erreurs de fait doit, par suite, être écarté.

12. En septième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Ainsi, il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni soutenir que la décision portant refus de séjour, par laquelle le préfet doit être regardé comme ayant examiné l'opportunité d'une mesure de régularisation à la fois au titre de sa vie privée et familiale et en qualité de salarié, en dépit du visa et de la mention de l'article L. 313-14 du code à titre surabondant, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, le requérant ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour, il n'est pas fondé à se prévaloir de son illégalité, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, s'il ressort des dispositions alors applicables du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est pas en situation de compétence liée pour obliger un étranger, s'inscrivant dans l'un ou plusieurs des cas qu'elles visent, à quitter le territoire français, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant ou se serait senti en situation de compétence liée pour édicter une obligation de quitter le territoire français. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision serait sur ce point entachée d'erreur de droit.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

18. En premier lieu, le requérant ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre, il ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " () II. ' L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation () ".

20. Dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions précitées, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation, ce que le requérant n'établit pas avoir sollicité. En outre, si M. E se prévaut du contexte sanitaire, il n'établit pas qu'à la date de la décision attaquée, les voyages entre la France et son pays d'origine étaient impossibles. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent ainsi être écartés.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

23. En premier lieu, le requérant ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre, il ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

24. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné d'office doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

26. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

27. Il ne ressort pas des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que M. E aurait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ni que sa présence sur le territoire français serait susceptible de constituer une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, nonobstant le caractère récent de l'entrée en France de M. E à la date de l'arrêté en litige, le préfet, en édictant à son encontre une interdiction de retour et en en fixant la durée à deux ans, a inexactement appliqué les dispositions précitées au point 26. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à son encontre, la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans édictée à l'encontre de M. E doit être annulée.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

29. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination, n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré au requérant, ni que sa situation soit réexaminée. Ces conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.

30. En revanche, ce jugement, dès lors qu'il annule la décision portant interdiction de retour édictée à l'encontre de M. E, implique nécessairement l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'agir en ce sens dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant, admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 août 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant qu'il édicte à l'encontre de M. E une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 5 août 2020 annulée, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. M'Hamed E, à Me Langlois et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. B, magistrat honoraire, faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. C

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions